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L’Etat est censé garder une certaine neutralité face à tous les courants politiques en compétition sur l’échiquier national. Même si une formation politique semble jouir d’une certaine ascendance dans le fonctionnement des pouvoirs publics, l’éthique politique veut que l’Etat renonce à apporter son onction à un parti politique dans le cadre de son fonctionnement.

En marge du festival ou simplement la mission organisée par un département ministériel, le ministre a procédé à l’installation de la section de son parti ». Cette phrase revient, de plus en plus, dans les commentaires de reportages de nos confrères de l’ORTM. Elle traduit la préoccupation à faire, en violation de l’éthique politique, d’une pierre deux coups. Le phénomène est aujourd’hui très accentué. Ceci, au point où certains ministres de la République considèrent leurs missions comme un échec lorsqu’ils n’arrivent pas à rencontrer telle ou telle section du parti au cours de leurs sorties à l’intérieur du pays.

Le président du Congrès national d’initiative démocratique (CNID- Faso Yiriwa Ton), Me Mountaga Tall, n’a pas hésité à crier haro sur ce phénomène, le jeudi dernier, à la faveur de la présentation des vœux du parti du soleil levant à la presse. « Des cadres du PDES échouent le plus souvent dans leurs tentatives de débauchage de nos militants au nom et par les moyens de l’Etat « .

Il est en effet malsain qu’en marge d’une manifestation organisée par l’Etat avec ses moyens, les membres de la délégation officielle descendent dans l’arène politique ; qui pour tenir telle réunion de section ou de sous-section de tel ou tel parti. La course de pirogue de Mopti marquant la célébration du Cinquantenaire dans la région avait permis de tenir la conférence de la Coordination PDES. D’autres exemples peuvent être cités.

Le Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES) s’est, en effet, particulièrement singularisé dans le débauchage. La plupart de ses cadres qui ont une expérience politique avérée sont des transfuges du CNID. Ceux-ci, avec à leur tête le ministre N’Diaye Bah, ne cachent pas leur désir de faire rallier à leur cause leurs « anciens camarades« . A eux s’ajoute l’ex-député URD, Tidiane Guindo qui fait, de guerre lasse, des pieds et des mains pour attirer certains députés du parti de Soumaïla Cissé.

Combien de députés et autres élus d’autres formations politiques ont été approchés ? Nul ne saurait le dire. Si, à travers ces pressions et promesses politiciennes de débauchages, l’éthique politique est déjà sérieusement en souffrance, le fait de mettre à contribution les avantages que procure l’Etat pour parvenir à ses fins est plus que désobligeant. Il s’agit de manœuvres qui sont à la limite de la décence. Politiquement parlant. Elles vicient la concurrence entre les acteurs politiques dans leurs efforts à convaincre, à force d’arguments, les potentiels électeurs à adhérer à leur cause.

Le phénomène de la transhumance politique qui en découle est si inquiétant pour la santé de la démocratie malienne que le Comité d’appui aux réformes institutionnelles (CARI) du ministre Daba Diawara a dû le proscrire formellement dans ses propositions. « L’élu qui changera de parti politique au cours de sa mission perdra de ce seul fait son mandat « . Telle est la solution proposée pour sécuriser les partis politiques dans leur rôle d’animation du débat citoyen tant au niveau de l’Hémicycle qu’à celui des collectivités locales.

C’est dans ce sens que le président de la Convention sociale démocrate, Mamadou Sangaré dit Blaise, était monté sur ses grands chevaux, le samedi dernier, pour marteler que « la transhumance politique est la plaie qui risque de tuer la démocratie malienne ».

L’Etat doit veiller donc à ce que toutes les forces politiques s’expriment librement sans qu’aucune d’entre elles ne soit menacée d’extinction. Des menaces entretenues par d’autres courants politiques du fait de leur trop grande accointance avec les pouvoirs publics.

Ce sont ces menaces qui ont poussé le leader du CNID-FYT à courageusement brandir un véritable carton jaune aux responsables du PDES. Et, puisqu’Ahmed Diane Séméga, Jeamille Bittar, N’Diaye Bah, Djibril Tall et les autres proclament n’agir qu’au nom du président de la République, celui-ci est, alors, interpellé. A lui de s’assumer en démontrant qu’il est effectivement au-dessus de la mêlée partisane.


Bruno D SEGBEDJI

djitosegbedji@yahoo.fr

18 Janvier 2011