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Il avait déjà la fâcheuse réputation d’être un homme sans étoffe, mais de là à apparaitre aujourd’hui comme un esclave, une véritable marionnette entre les mains de l’ex-junte qui dirige, en réalité, le Mali, il y a lieu de se poser la question de savoir ce qui a pu bien arriver à notre cher « président mal aimé », Dioncounda Traoré.

Depuis le coup d’Etat ignoble du 22 mars 2012, lâchement entériné par la majorité de la classe politique significative qui estimait avoir tiré profit de la chose, Dioncounda Traoré s’est manifesté comme étant un homme prêt au « sacrifice ultime pour sauver le Mali« . Ainsi, avec son investiture, le 12 avril 2012, soit six jours après la signature de l’Accord-cadre qui a permis le retour à l’ordre constitutionnel, le président Dioncounda passe de compromis à compromission.

Il a assisté faiblement à la hâblerie du premier gouvernement Cheick Modibo Diarra imposé à lui par ce dernier au nom d’un soi-disant « pleins pouvoirs« , un titre ronflant, creux qui voulait simplement dire que Cheick Modibo Diarra, un Premier ministre de crise, possède du même pouvoir qu’un Premier ministre en temps normal.

Dans la quête du pouvoir, qui était devenue une obsession pour eux, c’est-à-dire à Cheick Modibo Diarra et à l’ex-junte, le président Dioncounda était devenu un homme encombrant. Son agression de façon facile, le 21 mai 2012 jusque dans son bureau au Palais de Koulouba, par des badauds infiltrés par des militaires habillés en tenues civiles au cours d’une marche savamment planifiée et surtout financée par Kati était une façon de se débarrasser définitivement de lui. Il avait été laissé pour mort après l’agression. Bien que cela n’ait pas été le cas, le président Dioncounda en est sorti grièvement blesser jusqu’une évacuation sanitaire s’en est suivi à Paris.

Au cours de son absence, d’autres se la coulaient douce à Bamako et se prenaient comme le centre des intérêts dans l’exercice d’un pouvoir centralisé entre leurs mains. Il a fallu que les partis politiques significatifs regroupés au sein du FDR tirent la sonnette d’alarme en interpellant la CEDEAO face à l’immobilisme du gouvernement. Résultat : A l’issue du sommet des chefs d’Etat membres du groupe de contact de la CEDEAO, tenu à Ouaga le 7 juin 2012, le Mali est sommé d’engager des concertations avec l’ensemble des forces vives de la nation en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale, crédible et capable à même de faire face à la double crise sécuritaire et institutionnelle que connait le pays depuis le malheureux coup d’Etat du 22 mars 2012, et par la suite organiser des élections crédibles.

Un fait nouveau dans le communiqué final de la CEDEAO : C’est le président Dioncounda qui doit mener les consultations pour la formation du gouvernement d’union nationale et non le chef du gouvernement comme d’habitude. Un cinglant désaveu pour le « Premier ministre de pleins pouvoirs » qu’était Cheick Modibo Diarra dont les partisans sont demeurés très actifs contre le président Dioncounda. Ils sont allés jusqu’à vouloir faire des sacrifices sataniques afin que Dioncounda ne puisse pas conduire la transition.

L’opération de l’immolation de bœufs devant l’Assemblée nationale, suivie de la récitation de la sourate « Yassin » pour sceller son sort (envouter) par Yéréwolo ton ou encore de la présence d’une haute autorité de la transition au cimetière de Ségou à 3 heures du matin en disent long sur la volonté de certains de nuire au président Dioncounda par des moyens occultes. Pour la formation d’un gouvernement d’union nationale, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra a continué à défier le président Dioncounda en soutenant qu’il n’est pas question pour lui de démissionner dans la mesure où il ne savait pas à qui remettre sa démission.

Résultat : il est arrivé, non seulement, à se maintenir à la tête du gouvernement malgré son inaptitude et son inadaptation à ce poste, aussi, il est parvenu à sauver la tête de beaucoup de ses protégés. Mieux, il a même fait augmenter le quota de l’ex-junte par l’arrivée d’un troisième colonel, en plus d’un général dans le gouvernement. Tout cela, avec l’influence du Haut conseil islamique avec qui il a conclu un marché. La suite est un secret de polichinelle, surtout avec la création d’un ministre des Affaires religieuses et du culte, une première dans l’histoire du Mali.

La superpuissance du Premier ministre Cheick Modibo Diarra ne s’arrête pas là. Pour la publication de la liste des membres du gouvernement, il a osé falsifier le décret présidentiel (un fait passible de poursuite judiciaire). Toute chose qui est à la base de la cacophonie qui a régné autour du gouvernement. N’a-t-on pas vu un décret additionnel permettant d’intégrer d’un nouveau ministre ?

Sans compter la fausse guéguerre d’un autre ministre a mené contre un autre autour d’un département qu’il voulait vaille que vaille gérer pour des raisons inavouées. Malgré tout, le président Dioncounda continu de croire naïvement à son Premier ministre. Pour la petite histoire, lors du tout premier Conseil des ministres du 24 août 2012 Dioncounda est apparu comme un courtisan devant son Premier ministre. Il a prononcé au moins une dizaine de fois, le nom de son Premier ministre dans son mot de bienvenu aux ministres. Le plus souvent avec des phrases dignes d’un griot telle que « Restez soudés derrière Cheick Modibo Diarra, avec lui le Mali va gagner » ou que sais-je encore.

Le dernier acte de mépris que l’ex-navigateur interplanétaire de la NASA a posé à l’encontre du président Dioncounda est la modification du discours qu’il devait lire lors de la 67ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New-York, le 27 septembre dernier. Ainsi, on a beau ne pas aimer Cheick Modibo Diarra à cause de ses mille défauts, force est de reconnaitre qu’il demeure un homme fort devant un président faible comme Dioncounda Traoré.

Face à la pression de la CEDEAO et de la communauté internationale notamment la France et les Etats-Unis d’Amérique, le capitaine Amadou Haya Sanogo, celui-là même qui a pris la lourde responsabilité de prendre la tête d’un malheureux coup d’Etat du 22 mars 2012, a abandonné ses désirs. Cependant, il continue de dicter sa volonté au président Dioncounda Traoré qui obéît. Les récentes promotions des pro-putschs au sein de la police qui continuent de couler beaucoup d’encres et de salives constituent autant de preuves que le président Dioncounda est une véritable marionnette entre les mains de l’ex-junte.

Pour tout, il est un homme possédé. C’est pourquoi, il passe de compromis à compromission. La tentative d’assassinat dont il a fait l’objet le 21 mai 2012 lui a fait perdre la raison en plus de son envoûtement par des détracteurs qui estiment avoir scellé son sort à travers l’immolation d’un bœuf, suivie la lecture de la sourate « Yassin ». Selon des indiscrétions, le président Dioncounda ne doit son salut, aujourd’hui qu’à l’écharpe blanche qu’il porte permanemment au cou.

Alassane DIARRA

03 Octobre 2012