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Le Comité d’Appui aux Réformes Institutionnelles (CARI) a été mis en place pour conduire, jusqu’à terme, les réformes constitutionnelles suggérées par le président de la République, Amadou Toumani Touré. Dans ce sens, il faut se féliciter, tout de suite, de l’expertise avérée des membres du CARI. Des juristes, administrateurs et constitutionnalistes de grande renommée, à l’image du ministre Daba Diawara, du Pr. Makan Moussa Sissoko, ont travaillé au sein de ce Comité pour rendre public, le 19 avril 2010, un rapport fouillé.

Seulement, depuis plus de deux mois que ce rapport est rendu public, le ministre Daba Diawara et ses amis se sont emmurés dans un mutisme assourdissant qui n’a point sa raison d’être. Il faut rappeler que la Commission de réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali, l’ancêtre du CARI, toujours présidée par Daba Diawara avait, en octobre 2008, publié 233 propositions de réformes. La publication de ces propositions était couplée avec une conférence de presse pour en expliquer, à la nation, les contours exacts.

Mais, concernant les réformes proprement dites, le ministre Daba Diawara n’a pas encore daigné organiser, ne serait-ce qu’un petit point de presse, pour mieux édifier, non seulement les hommes de médias, mais toute la nation sur les réformes proposées. Pas un seul débat n’est encore organisé entre les acteurs politiques sur les points saillants des innovations suggérées. Plusieurs formations politiques naviguent dans un flou total par rapport aux positions à adopter concernant lesdites propositions.

A titre d’exemple, l’ADEMA était, selon certaines sources, pendant longtemps hésitante quant à la mise en place du Sénat, avant de se positionner en faveur de cette institution. Histoire de se conformer au vœu, plusieurs fois renouvelé, d’Oumarou Ag Ibrahim Haïdara (actuel président du Haut Conseil des Collectivités) de transformer « son » institution en Sénat.

Il faut noter que, selon l’agenda annoncé par le président de la République, le référendum sur cette révision constitutionnelle doit intervenir avant la fin de cette année. C’est-à-dire dans six petits mois. Ainsi, à théoriquement six mois d’une échéance référendaire devant modifier profondément l’architecture institutionnelle du Mali, le CARI, considéré comme maître d’oeuvre de ces réformes, les formations politiques, la société civile, les médias semblent totalement effacés.

Le président du CARI lui-même semble avoir d’autres chats à fouetter que la noble mission que l’Etat lui a confiée. C’est, là aussi, le prix à payer pour avoir confié cette mission à un chef de parti. A la tête du Parti de l’Indépendance, de la Démocratie et de la Solidarité (PIDS), le ministre Daba Diawara, avec sa compétence avérée pour piloter le toilettage de la Constitution du 25 février 1992, peine à se libérer de ses activités politiques.

En effet, en ce moment où les discussions pour faire venir le PIDS dans la grande famille RDA, se poursuivent avec détermination, il est aisé de comprendre que le ministre Diawara est plus que sollicité par ses activités politiques. A ce rythme, l’on se demande si le référendum promis par le président de la République pourra se tenir avant la fin de l’année. Le laps de temps qui reste devant nous suffira-t-il pour sensibiliser les populations aux réformes à engager ?

Surtout que les formations politiques commencent par se positionner, plus pour la présidentielle de 2012 qui arrive à grands pas, avec des formations politiques en chantier comme le PDES-MC des Ahmed Diané Séméga et autres N’Diaye Bah, transfuge du CNID, le parti Yéléma de Moussa Mara et bien d’autres. A ces événements, il faudra ajouter la possibilité d’élections communales partielles, de reprise du Congrès de l’AMM, etc. Tout compte fait, Daba Diawara et ses amis doivent prendre toutes leurs responsabilités pour sortir rapidement de la léthargie dans laquelle le CARI semble sombrer. Et le plus tôt serait le mieux.

Bruno SEGBEDJI

21 Juin 2010.