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Pourquoi, dès le lendemain de la libération de deux humanitaires espagnols, contre une rançon de 8 millions d’euros, AQMI a-t-il voulu aussitôt frapper un grand coup en Mauritanie, notamment à travers une tentative d’attentat-suicide, dans la nuit de mardi à mercredi contre une caserne proche de la frontière mauritano-malienne ?

Pourquoi aussi, au lendemain de cet incident, Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) choisit-il ce moment pour exécuter un otage algérien qu’ils détenaient depuis l’embuscade tendue aux GGF à Tinzaouatine et qui avait coûté la vie à onze éléments de ce corps à la fin du mois de juin dernier ?

De façon évidente, la Mauritanie et l’Algérie sont des cibles particulières de la centrale terroriste. En ce qui concerne la Mauritanie, les groupes armés devenus maîtres de la large bande sahélo-saharienne, entendent venger sept de leurs compagnons, abattus le 22 juillet dernier lors de l’intervention contre une de leurs bases par des troupes d’élites françaises, avec l’assistance de l’armée mauritanienne, pour une tentative avortée de libération d’un otage français, Michel Germaneau, finalement exécuté par AQMI. Quant au pays de Bouteflika, AQMI lui reproche la préparation d’une grande opération que l’armée algérienne s’apprêtait à engager pour la libération de l’otage exécuté en représailles.

La stratégie du harcèlement pour mieux semer la terreur est apparemment bien enclenchée du côté de la branche africaine d’AQMI, qui entend faire payer à ces deux pays leurs diverses tentatives pour entraver le développement du business combien florissant de prise d’otages occidentaux. Un avertissement sérieux qui, prouve, s’il en est encore besoin, que cette branche d’Al Qaeda n’est pas encore disposée à arrêter son activité favorite car les rançons rapportent gros.

On entre, alors, dans un cercle vicieux qui nous ramène au topo du verre à moitié vide, donc à moitié plein car d’une part, le paiement de rançon sauve des vies et rend heureux des millions de personnes, mais d’autre part cela encourage cette pratique dans laquelle se spécialisent des caïds comme Oumar le Sahraoui, qui parcourent, enlèvent les gens pour aller ensuite les monnayer chez les terroristes comme une vulgaire marchandise.

En réalité, c’est un réseau organisé, avec ceux qui organisent le rapt, ceux qui sont chargés de « planquer » la marchandise et enfin ceux gèrent les transactions pour encaisser la rançon. Une chaîne inhumaine voit ainsi, en peu de temps, sa sale besogne récompensée par une pluie de millions d’euros. Par ce procédé, elle se dote davantage de moyens de destruction et d’enrôlement de combattants, augmentant ainsi sa capacité de nuisance.

De toute façon, l’Europe pense s’en tirer à si bon compte, en interdisant à ses ressortissants de se promener dans la zone de prédilection d’AQMI. Elle se barricade et se contente de promettre une assistance aux pays africains vivant sous la menace directe d’AQMI.

Il est bon de rappeler que, bien des années auparavant, les Etats-Unis avaient repéré par satellite des mouvements suspects dans la bande sahélo-saharienne. Après études et analyses, ils ont alerté tous les pays concernés. C’était le bon moment pour démanteler les bases terroristes. Mais actuellement, AQMI est comme un géant à mille têtes.

Personne ne sait vraiment pas où le frapper pour l’anéantir car Al Qaeda, profitant des tergiversations et dissonances entre les Etats, est parvenu à centraliser les activités de toutes les bandes évoluant dans la zone. En assurant une jonction avec le Front Polisario, les bandits armés du nord Mali, les rebelles du Niger, les trafiquants et bandes armées du désert, etc. D’ailleurs tout, sauf l’islam. Dans ces conditions, faut-il continuer à payer des rançons pour être à l’abri des menaces terroristes ?

Amadou Bamba NIANG

30 Aout 2010