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Les révélations de Oumar Mariko sur sa conversation avec le président déchu de la Transition, Bah N’Daw, inspirent des sentiments mitigés. Sous réserve de l’authenticité de l’entretien téléphonique, on est partagé entre la compassion pour un vieux colonel-major naufragé au sommet de l’Etat dont les larmes ont le goût pathétique de la naïveté. Le second sentiment découle de ce constat : on ne sait si Bah N’Daw chiale pour le Mali (fort peu probable) ou l’humiliation subie (un peu de cela), à moins que le vieux paysan, devenu président, ne pleure pour le sevrage brutal des 150 millions/mensuel qui lui tombaient entre les mains, une manne aussi inattendue qu’une pluie diluvienne en janvier au Sahel.

Dans ses rêves les plus fous, cet homme à la carrière militaire sans relief n’avait imaginé un pays et ses ressources lui tomber dans les bras, comme un fruit mûr. C’est parce que Bah N’Daw a vécu de peu pendant sa carrière et encore plus chichement à la retraite qu’il devait montrer le chemin de la vertu plutôt que de poursuivre la voie du braquage des maigres ressources de l’Etat érigée par IBK en mode de gouvernance. Le “Noceur de Sébénicoro” a augmenté les fonds spéciaux du Président de la République de 300%, concédant les mêmes faveurs au Premier ministre et au Président de l’assemblée nationale. Le premier geste attendu d’un régime issu d’un coup d’Etat contre IBK était un signal symbolique fort sur de telles gabegies en divisant par 2 au moins ce pillage via les fonds spéciaux, de nos maigres sous. Apparemment, l’ancien président de la Transition s’en est bien accommodé et ses explications calamiteuses n’y changent rien. Les 50 millions envoyés à Ménaka (on ne sait d’ailleurs pourquoi et pour qui), s’ils doivent être une dépense courante, il fallait les inscrire dans le budget d’Etat. Tout aussi saugrenu est l’argument de “l’intéressement” du vice-président dans les 100 millions restants. Le vice-président fait partie de l’architecture de la Transition, il n’a pas à recevoir des subsides entre deux portes du président de la Transition, mais une notification claire d’une dotation budgétaire dont l’emploi engagé lui et son cabinet. Pour rire de ce théâtre d’ombre, on peut dire que Bah N’Daw prenait vraiment Assimi pour son enfant et à la manière des vieux pères, filait un coup de main au Petit, selon son humeur.

Si BA N’daw a gardé intact les 150 millions/mensuel mis en place par IBK, il n’y a aucune raison de penser que le Premier ministre ait été plus vertueux avec cette scandaleuse prodigalité qui autorise à flamber légalement en toute opacité des montants aussi élevés.

L’incompréhension devient totale quand le président d’un CNT aussi inutile que coûteux dans sa configuration actuelle, peut aussi claquer les sous du contribuable malien, pour avoir une idée de sa propre importance. Quel pays !

Le CNSP et la Transition se sont sentis si bien dans les bottes de IBK que les Maliens ont tôt fait de mépriser les proclamations patriotiques des colonels et de leurs alliés pour insincérité. La “Rectification” du 24 Mai 2021 a encore l’opportunité de mettre fin à cette course folle à l’argent et au lucre. Aucun dirigeant ne remobilisera ce pays avec des discours creux et démagogiques relayés par des pitres et des saltimbanques, mais les Maliens sans hésitation ni murmure suivront les hommes et femmes qui peuvent s’illustrer par l’exemple. Pour l’heure, il y a bien loin de la coupe aux lèvres.

Sambou Diarra

Source: L’Aube