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La flambée du prix du blé sur le marché mondial a eu raison de la structure du poids du pain. De 400 grammes, le gros pain tombe à 300 grammes, pendant que la baguette perd 50 grammes de son poids initial de 200 grammes. Les prix, par contre, restent inchangés : 250 Fcfa pour le gros pain et 125 Fcfa pour la baguette. Ainsi en a décidé le cadre de concertation des acteurs de la filière pain du Mali (CCFP).

L’information a été donnée vendredi à la faveur d’un point de presse que le CCFP a organisée, à la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM). Le président du cadre Mamadou Lamine Haïdara, son collègue Vincent Caravello, Sidi Danioko de la Compagnie malienne pour le développement de la culture du blé (CMDB) et El Hadj Mamadou Diallo de l’Association malienne pour la qualité (AMAQ) se sont efforcés durant cette rencontre, d’expliquer au mieux cette décision.

FACTEURS EXOGÈNES :

Selon le premier responsable CCFP, l’accord découle d’une longue et laborieuse négociation qui aurait duré six mois. D’abord, il fallait réunir l’ensemble des intervenants de la filière au sein d’une structure de dialogue à l’interne, avant de rencontrer les autres partenaires : les associations de consommateurs et l’État. Les discussions ont abouti à la création du cadre de concertation.

Les échanges sur la flambée du prix du blé sur le marché ont abouti à l’élaboration d’un mémorandum qui a été déposé sur la table du gouvernement. Ce document d’une dizaine de pages fait un bref rappel du contexte mondial de la situation du blé.

Il apparaît que de juillet 2006 à mai 2007, le prix du blé a enregistré une hausse de plus de 40 % du fait du dérèglement climatique qui a affecté les exploitations agricoles des pays exportateurs en Europe, en Amérique et en Asie et de l’augmentation de la population mondiale.

Le changement progressif des habitudes alimentaires, l’utilisation dans les pays exportateurs d’une partie de la production dans la production de biocarburant, le renchérissement des coûts du fret (lié au l’augmentation du prix du pétrole) et l’alerte sur les stocks de sécurité ayant atteint leur niveau le plus bas depuis 1977 sont, entre autres, raisons avancées pour expliquer la hausse du prix du blé.

Ces facteurs exogènes ont contribué à raréfier l’offre en blé sur le marché mondial, avec pour conséquence une hausse des prix de 21 % sur le marché. La flambée s’est accentuée en juillet passé, atteignant 61 %. Cette augmentation en flèche aurait, assurent les intervenants, entraîné un manque de 3 milliards Fcfa sur les comptes d’exploitation des Grands Moulins du Mali, la seule meunerie de notre pays.

Menacée de cessation d’activité, celle-ci a informé ses partenaires de sa volonté d’augmenter le prix du sac de 50 kg de farine actuellement cédé à 15 750 Fcfa. Pour suivre l’accroissement des cours, les GGM doivent vendre le même sac à 16 666 Fcfa, l’unité. Les GGM ont été priés de surseoir à toute augmentation en attendant une solution concertée.

PRODUIT STRATEGIQUE :

Pour le patron du cadre, le scénario proposé par le gouvernement n’est qu’une solution palliative, elle ne saurait être la solution finale. « Nous avons accepté cette proposition du gouvernement contre notre gré. Parce que nous avons conscience que le problème ne se limite pas à notre seule frontière. Nous osons croire que la crise actuelle du blé est conjoncturelle. Même si les perspectives présagent une crise structurelle« , a t-il ajouté.

Vincent Caravello soulignera que le pain est un produit stratégique, voir même dangereux. Les boulangers, assure-t-il, ont conscience qu’il n’est pas aisé pour le gouvernement d’accepter l’augmentation du prix, même si la réalité économique l’exige. Mais le temps presse, une décision est nécessaire.

Cette mesure, constate-t-il, suscite un certain nombre d’inquiétudes, notamment le risque de perte de poids du pain à la sortie du four. Car, à la cuisson le pain perd du poids du fait de l’évaporation. Par ailleurs, la mesure ne concerne que la structure du prix. Le problème de la fourniture du marché demeure entier.

Or si rien n’est fait dans ce sens, la chaîne de production de la farine au niveau des GGM sera pénalisée, entraînant une diminution des comptes d’exploitation des moulins de 30 %. C’est encore le consommateur qui sera alors pénalisé car, il y aura moins de pain chez le boutiquier.

Les acteurs de la filière avaient, par conséquent, opté pour une augmentation des prix qui devaient passer de 125 à 150 Fcfa pour le pain de 200 grammes et de 250 à 300 Fcfa pour le gros pain de 400 g. Le gouvernement n’a pas donné son aval à cette option.

Signalons que la proposition finalement adoptée est le résultat du travail d’un comité interministériel chargé de statuer sur la situation et de faire des propositions au gouvernement. Mais, au moment où nous rédigions notre article, celui-ci attendait les instructions du Premier ministre sur la conduite à tenir.

Alors, affaire à suivre.

A.O. DIALLO- L’Essor


20 août 2007.