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des.jpgAlbert est donc passé la chercher et ils sont allés prendre une chambre dans un hôtel loin de leur secteur là-bas, ils se livrèrent au vice qui les avait poussés l’un vers l’autre ; tout le week-end ils jouirent intensément d’un amour illégal. Et le week-end s’acheva. Le dimanche après-midi ils quittèrent l’hôtel.

Albert avait pris l’habitude de revenir de ses vraies missions avec des fruits, des légumes ou des tubercules selon les spécialités agricoles de la région parcourue. Comme il avait tout calculé, Albert se rendit au marché du soir Zâabre Daga. Laissant sa compagne du week-end dans la voiture, il se dirigea d’un pas dégagé vers l’endroit des fruits et des légumes.

Ce marché étant éloigné de son domicile, Albert était assuré de ne pas faire une rencontre inopportune donc catastrophique avec son épouse. Celle-ci, à ce qu’il croyait, ne fréquentait jamais Zâabre Daga.

Pendant qu’il discutait avec la vendeuse sur le prix des tubercules d’ignames, il leva instantanément la tête : ses yeux s’accrochèrent aux yeux de son épouse qui de l’autre côté des étals, le regardait avec curiosité. Ce regard-là glaça Albert. Il vit que sa femme faisait mine de venir vers lui.

Il ne discuta plus avec la vendeuse. Il paya et oubliant de prendre les jetons qu’elle lui devait, il s’éloigna cette fois d’un pas moins dégagé car après avoir serré les dents, il serrait maintenant les fesses pour s’empêcher de détaler. La surprise et l’étonnement l’avaient carrément dépassé. Ce n’est qu’après avoir déposé sa copine chez elle, qu’il retrouva un peu de calme.

C’est alors qu’il se rendit compte de l’absurdité de son comportement. En fuyant ainsi, il s’était accusé lui-même. Devant l’énormité de sa gaffe et la violente scène qui l’attendait à la maison, Albert décida donc de changer de stratégie : «Aujourd’hui-là, on va voir qui est qui !».

Aussi lorsqu’ils se retrouvèrent face à face, elle lui demanda si ce n’était pas bien lui qu’elle avait vu au marché et qui s’en est allé comme si on le pourchassait. Albert s’excusa et expliqua que sur place il avait piqué une diarrhée et que s’il faisait une minute de plus la chose-là allait sortir en plein marché. Son épouse lui lança un drôle de regard avant de lui faire ce reproche : « Ah bon, c’est comme ça que tu fais ? Chaque fois que tu reviens de tes missions, c’est à Zâabre Daga que tu vas acheter ce que tu nous envoies-là » ?.

Du tic au tac, Albert lui répondit que le séminaire pour lequel il avait voyagé s’étant prolongé plus que de raison, il n’avait pas pu passer au marché local et pour ne pas rentrer les mains vides… Et la question vint : « Et celle qui était assise dans ta voiture, c’était qui ? » Albert l’a reçue comme un marteau mais en homme qui avait bien préparé son affaire, il lui expliqua qu’elle est la sœur du préfet de l’endroit où il était et que celui-ci, un ancien ami, lui avait demandé de la ramener à Ouaga, c’est tout.

Madame répondit «Woooh» puis se leva pour se rendre dans la cuisine. Albert respira profondément d’aise. Il venait de l’échapper bel !

Mais mon gars, si tu crois que tes explications ont convaincu ton épouse, c’est que tu ne t’y connais en rien sur la question. Demande à nous autres et nous t’expliquerons qu’à partir de maintenant, tu es surveillé et ta liberté est en danger ! La honte t’attend.

Sacré Chédou OUEDRAOGO | Sidwaya

17 juillet 2007