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Le 31 juillet est déclaré Journée panafricaine des femmes. La rubrique « Cahier culture » rend ici hommage à l’Africaine en général et à la Malienne en particulier. Retour sur « Finzan », un film que Cheick Oumar Cissoko leur a dédié.

De « Nyamanton » à « Finzan », en passant par « Guimba », « La Genèse » et « Battu », la filmographie de Cheick Oumar Sissoko offre une diversité de visages de femmes. C’est Saran, mère de 3 enfants, analphabète et bonne à tout faire.

C’est Nanyuma, paysanne voulant échapper au mariage forcé. C’est Fili, jeune fille non excisée qui doit se confronter à la coutume villageoise. C’est Salla Niang qui porte la bonne parole grâce à son expérience de la vie.

Cheick Oumar Sissoko a dédié son film « Finzan » à la femme africaine. A travers lui, il rend hommage à la femme qui lutte. Il prend aussi partie pour la défense des droits de la femme.

Un virulent hommage à la femme qui lutte. « Nous enfantons le monde. Il nous violente. Nous créons la vie. Elle nous est refusée. Nous produisons les vivres mangés à notre insu. Nous créons la richesse. Elle est utilisée contre nous ».

Ces phrases sont de Nanyuma, personnage principal de « Finzan ». Dans ces cris lancés, il met le doigt sur l’inégalité de participation des femmes à la définition des structures politiques et économiques et au processus de production. En effet, il s’agit de l’impossibilité des femmes d’accéder à la propriété foncière et de l’incertitude des droits de jouissance des terres alors que les femmes participent de plus en plus à la sécurité alimentaire, depuis les grandes sécheresses de 1973 et de 1984.

Dans le film, les femmes prennent position contre les autorités qui veulent acheter le mil à bas prix. L’une d’entre elles lance : « Dugutigi, les femmes veulent parler ! Nous savons que vous ne nous aimez pas ! Beaucoup de ces femmes ont trimé comme bonnes dans les villes pour vous autres qui croyez avoir le monde.

Ton ami crâne avec un boubou qui coûte près de 200 000 francs gagnés sur la misère des pauvres. Nous n’avons pas ça en cinq ans. Aussi on ne se tuera plus pour des gens comme vous ».

Les Maliennes ont augmenté les activités agricoles personnelles pour combler le déficit alimentaire de la famille. On assiste ainsi à une transformation du travail féminin se traduisant par une accentuation de la présence des femmes dans la production alimentaire et le renforcement de leur rôle de pourvoyeuses de la famille.

Mais, de façon générale, au Mali, la coutume reconnaît aux chefs de famille le droit de gérer la terre et tous les autres utilisateurs dont les femmes doivent se contenter d’un droit d’accès.

Au sein de la famille, l’exploitation collective des terres permet difficilement aux individus, hommes et femmes, de cultiver personnellement la terre. Toutefois, dans ce contexte peu propice à l’exploitation individuelle de la terre, les femmes sont défavorisées pour négocier l’obtention de parcelles. Les relations hommes/femmes s’avèrent donc un facteur essentiel dans l’analyse de l’accès des femmes aux terres agricoles et aux autres ressources naturelles.

A cela, il faut retenir que les Maliennes souffrent de leur faible degré d’éducation et d’alphabétisation. L’éducation traditionnelle constitue dans une certaine mesure un frein à la scolarisation des filles.

Amadou Sidibé

24 Juillet 2008