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Grâce à cette réduction, les banques pourront accéder aux ressources de la banque centrale. Mais joueront-elles à leur tour le jeu en répercutant la baisse sur la clientèle ?

Depuis le 16 mars dernier, la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao) a baissé de 25 points ses taux directeurs ainsi que le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidité ramenée de 3% à 2,75%. Quant aux taux d’intérêt du guichet de prêt marginal, il est désormais fixé à 3,75% contre 4% précédemment. Il faut dire que cette nouvelle orientation vise à consolider la détente aux niveaux des institutions bancaires primaires afin de soutenir la croissance des économies de l’Uemoa en améliorant les conditions de financements de cette croissance. Il faut noter que l’un des mécanismes importants de transmission de la politique monétaire à la banque centrale, est que justement les établissements de crédits ajustent leurs taux lorsque les taux de la Banque centrale sont à la baisse.

Cette baisse est donc un indicatif très pertinent pour les banques puisque les ressources de la banque centrale auxquelles elles accèdent sont devenues moins chères. En effet, le rôle essentiel d’une banque centrale est d’intervenir dans la formation des anticipations. Les acteurs de l’économie peuvent avoir des horizons différents et la banque centrale doit y être attentive. Et la Bceao à travers le comité de politique monétaire s’attèle à cette exercice chaque année.

Ainsi cette baisse du taux directeur de 25 points ainsi que le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidité ramenée de 3% à 2,75% et taux d’intérêt du guichet de prêt marginal, désormais fixé à 3,75% contre 4% précédemment, est un changement qui permet à tous les acteurs économiques de faire des calculs économiques sur des taux d’intérêt en baisse.

Cela peut également changer les perspectives sur les investissements. Cette décroissance des taux d’intérêts permettra aussi et surtout d’abaisser le coût de refinancement pour les banques qui se financent auprès de la banque centrale lors de leurs opérations financières. Le coût est réduit aussi pour les pays ayant recours, pour leur système financier, aux aides financières d’urgence.

La baisse des taux d’intérêt va réduire tous les coûts de façon significative. Pour le directeur des activités bancaires et du Financement des Economies, Al Aminou Lô, au-delà de la crise malienne, les questions liées à la participation des Etats dans les entreprises, au renforcement de la convergence des politiques macro-économiques ont été des préoccupations majeurs du comité de politique monétaire en 2012. « Cette baisse des taux directeurs et taux d’intérêts sont des mesures salutaires destinées principalement à rassurer les opérateurs économiques et autres investisseurs d’une part, et les gouvernements d’autre part, dans leurs efforts pour soutenir les activités économiques et sauvegarder les emplois, de plus en plus menacés par les crises aussi bien sous régional qu’international.

Il faut souligner que la BCEAO avait déjà initié, une politique plus soutenue de mise à disposition de liquidités adéquates à travers le marché monétaire, notamment pour certaines banques dont les liquidités pouvaient, sous peu, être affectées négativement par la diminution des dépôts et, surtout, par la baisse substantielle des transferts des émigrés », a développé l’expert. Selon le spécialiste des questions bancaires, la Bceao a toujours su rester vigilante face à l’évolution économie de l’espace Uemoa. « La nouvelle politique monétaire de la BCEAO privilégie les interventions sur le marché monétaire au détriment du refinancement direct des banques, et exclut désormais les avances aux trésors publics nationaux. D’où l’importance des marchés monétaires et interbancaires.

La baisse de 25 points des taux directeurs, combinée à la diminution des coefficients de réserves obligatoires, constitue une décision de haute portée et à double détente. Ces mesures devraient bénéficier tant aux opérateurs économiques qu’aux banques, de façon immédiate. Elles constituent également un début de fléchissement progressif des taux directeurs et d’aménagement de la politique monétaire », expliquera t-il. Le taux d’intérêt bancaire de 8 à 11%. Sur le plan opérationnel, cette baisse doit avoir des incidences directes sur les taux d’intérêts pratiqués par les banques.

Les taux d’intérêt des institutions bancaires aux niveaux de l’espace Uemoa s’établissent entre 8 à 11% selon les pays et les banques. obligation légale. Un expert des finances de notre pays estime que la baisse sur les taux des emprunts est automatique si les termes et conditions stipulés dans la convention de prêt et expliqués supra, le prévoient. « Dans ce cas, c’est une obligation légale, mais apparemment, peu de banques semblent l’appliquer lorsqu’il s’agit de baisse.

Cela étant, les banques devraient pouvoir le faire volontairement, mais ceci va dépendre en grande partie de la structure et du coût moyen de leurs ressources, de la qualité de leur portefeuille et de la structure de leur Produit net bancaire. La norme veut que ces revenus sur opérations et services bancaires couvrent la majeure partie des frais généraux d’une banque. Selon leurs niveaux, le coût moyen des ressources et la concurrence bancaire, une banque disposerait de plus ou moins de marge de manœuvre pour baisser ses taux. La concurrence a déjà poussé plusieurs banques à baisser leurs taux d’intérêt débiteur », développe t-il Certaines banques disposent d’outils informatiques performants de gestion bancaire, et surtout de trésorerie.

De tels outils, dont toutes les banques ne semblent malheureusement pas disposer, permettent d’évaluer avec précision l’impact des évolutions des taux directeurs et conditions de banque, sur le coût moyen des ressources (fonds propres, dépôts, facilités de marchés monétaires et interbancaires, autres emprunts auprès de correspondants, etc.) et de la trésorerie. « Plus le niveau des fonds propres et des dépôts à vue (ressources gratuites) sont élevés, moins le coût moyen des ressources est élevé. Le processus en cours, d’augmentation des fonds propres pour se conformer aux nouveaux minima réglementaires fixés par la BCEAO, devrait contribuer à la baisse du coût moyen des ressources », indiquera t-il.

Certains responsables de banques de la sous-région soutiennent que cette répercussion ne peut être automatique pour toutes les banques mais dépend surtout de plusieurs facteurs. « Pour les nouveaux engagements, notamment les bénéficiaires de prêts à moyen terme, cette répercussion devrait être assez sensible sans pour autant être automatique, car tout dépend essentiellement du coût moyen des ressources des banques. Par contre, sur les engagements en cours, qui sont de loin les plus importants, car s’agissant de tous les encours à court, moyen ou long terme, la répercussion de la baisse pourrait se heurter à des contraintes d’ordre technique et juridique », indique un banquier.

Les conventions de crédit, sur le plan juridique, font l’objet de clauses plus ou moins claires et spécifiques quant aux intérêts débiteurs et aux commissions sur facilités bancaires. Si la clause indique un taux fixe sur la durée d’un prêt à moyen ou long terme, la banque n’est légalement pas tenue de répercuter la baisse. Par contre, dans le cas où la clause précise que le taux débiteur est indexé aux conditions BCEAO, la banque est tenue de modifier. Cependant, de façon générale, les banques ont tendance à n’appliquer l’indexation que lorsque les taux directeurs de référence augmentent, mais pas l’inverse. Comme les clients ne prennent pas toujours la peine d’obtenir une copie de leurs conventions de prêts, certaines banques ne se donnent pas toujours la peine de répercuter les nouveaux taux en baisse.

Le Comité de politique monétaire prévoit pour l’année 2013, une poursuite du regain de l’activité économique avec un taux de croissance réel projeté à plus 6%. Toutefois, la matérialisation de ces perspectives de croissance repose sur le maintien d’une discipline budgétaire renforcée, la bonne exécution des programmes économiques et financiers appuyés par les partenaires extérieurs et l’accroissement substantiel des investissements publics et privés.

Une baisse progressive de l’inflation a été amorcée depuis 2012 avec une variation en glissement annuel de l’indice harmonisé des prix à la consommation. Les prévisions d’inflation à moyen terme demeurent en phase avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi dans l’Union avec un taux d’inflation projeté à 1,5% en glissement annuel au quatrième trimestre 2013.

D. DJIRE


70è session du Conseil des ministres de la CEDEAO : Des conclusions satisfaisantes

Le forum a examiné et approuvé plusieurs rapports y compris le rapport intérimaire 2013

Les travaux de la 70ème session ordinaire du Conseil des ministres de la CEDEAO se sont achevés vendredi dernier à Abidjan à base de conclusions satisfaisantes. Le conseil a examiné et adopté le rapport intérimaire 2013 présenté par président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo. Ce rapport souligne que l’Afrique de l’Ouest a enregistré un taux de croissance positif, la classant parmi les régions les plus performantes du continent avec des projections de PIB de l’ordre de 7%, contre 6,6% en 2012.

Ce dynamisme de l’économie régionale s’explique principalement par la consolidation de la croissance des grandes économies de la zone CEDEAO comme le Nigéria (7,2%), la Côte d’Ivoire (8%), le Ghana (6,9%) et le Sénégal (4%). D’autres Etats membres devraient également enregistrer des taux de croissance significatifs, notamment la Sierra Leone (17,1%), la Gambie (8,9%), le Libéria (7,5%), le Burkina Faso (7%), la Guinée (4,5%) et la Guinée-Bissau (4,2%), ajoute le rapport.

Concernant l’intégration économique, le président de la Commission a salué les efforts accomplis pour harmoniser les politiques économiques et financières des Etats de la CEDEAO dans le cadre du mécanisme de surveillance multilatérale de l’organisation et de la mise en œuvre de la feuille de route définie pour le programme de la monnaie unique.

Celle-ci doit conduire, rappelle-t-on, à la mise en place de la seconde zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) et à la création de la monnaie unique de la CEDEAO à l’horizon 2020. Le rapport intérimaire a été adopté par le Conseil. Il évoque la mise en œuvre du programme de travail de la Communauté, la mise en place de l’union douanière, la finalisation du tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO, les négociations liées aux accords de partenariat économique.

Le Conseil a examiné et adopté le rapport sur l’état d’exécution des tâches assignées à la Commission par sa 69ème session de même que le rapport du contrôleur financier portant sur l’exercice 2012 et celui de la 13ème réunion du Comité de l’administration et des finances (CAF), qui s’est tenue du 17 au 19 juin 2013 dans la capitale économique ivoirienne. Ont aussi été examinés et adoptés le rapport du comité d’audit et le projet d’ordre du jour de la 43ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, prévue les 17 et 18 juillet 2013 à Abuja, au Nigéria.

Au sujet du mémorandum de la Commission de la CEDEAO sur l’augmentation de neuf à quinze du nombre des commissaires, le Conseil a demandé au président de le réexaminer en tenant compte de ses observations. Le Conseil des ministres de la CEDEAO a souligné la dynamique impulsée par la volonté des Etats de l’organisation d’accélérer la réalisation de tous ces chantiers à fort potentiel intégrateur, ce qui atteste d’une ambition commune d’obtenir des avancées conséquentes sur le chemin de l’intégration et de la construction du marché communautaire.

Les recommandations devraient aider à approfondir le processus d’intégration régionale. Les responsables de la CEDEAO se sont félicités des efforts entrepris au plan national par chacun des Etats membres et encouragent la Commission à accélérer ses actions en vue de la finalisation du TEC. «Les mesures et stratégies proposées pour atteindre une convergence macroéconomique entre nos États dépendront de nos efforts en cours visant notamment la levée des barrières tarifaires et non tarifaires, ainsi que l’harmonisation de nos politiques budgétaires et fiscales» a ajoutera le ministre de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Aly Coulibaly.

Le conseil a salué la récente signature à Ouagadougou, au Burkina Faso, de l’accord entre l’exécutif malien et les associations touarègues, encourageant les acteurs de la crise au Mali à respecter et appliquer les dispositions dudit traité pour une tenue apaisée des élections sur «l’ensemble du territoire» national. Il s’est également s’est félicité de l’évolution positive de la situation en Guinée-Bissau et encouragé les autorités nationales de ce pays à poursuivre les efforts en vue de la restauration d’un climat de paix et de démocratie.

Synthèse F. MAÏGA

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25è Assemblée générale d’Ecobank : Priorités aux financements productifs

La 25ème assemblée générale ordinaire du Groupe Ecobank ou Ecobank transnational incorporated, suivie d’une assemblée générale extraordinaire s’est tenue jeudi dernier à Lomé au Togo. Les travaux ont été suivis d’une conférence de presse conjointement animée par le président et le directeur général du Groupe, Kolapo Lawson et Thierry Tanoh.

Les questions des journalistes ont essentiellement porté sur la stratégie de la banque dans les domaines agricole et commercial, les difficultés constatées dans l’utilisation des cartes magnétiques de Ecobank, la promotion des femmes dans le Conseil d’administration de l’institution. Par rapport à l’agriculture, les conférenciers ont expliqué que leur structure est déjà impliquée dans le financement de certains produits agricoles comme le café, le cacao ou le coton.

Mais, étant donné que le secteur est un secteur à risque, la nouvelle stratégie de l’institution sera désormais axée sur le financement des entreprises de transformation agricole. En ce qui concerne les cartes magnétiques, ils ont souligné que la situation a été corrigée. Les cartes sont aujourd’hui de bien meilleure qualité. L’autre stratégie est de financer le commerce intra – africain, de capitaliser et créer en Afrique un point d’entrée pour les investisseurs, la banque étant une expérience unique en Afrique, une Banque panafricaine, dotée d’une plate forme essentielle.

Une position à renforcer selon eux. Il s’agit aussi pour eux, de construire un pôle de banque de grande entreprise et d’investissement de classe internationale orienté vers l’Afrique subsaharienne exclusivement, une région qui offre d’importantes opportunités d’affaires dans de nombreux secteurs. A moyen terme, Ecobank envisage de devenir le numéro un de la Banque de détail en Afrique Subsaharienne.

En matière d’investissement, elle envisage de consolider ses actifs, d’optimiser sa croissance et de rentabiliser ses activités. Pour ce qui est de la promotion des femmes dans l’instance dirigeante de la Banque, les conférenciers ont décidé d’en tenir compte.

F. M.

Essor du 26 Juin 2013