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Le Conseil des ministres du jeudi 5 février a adopté un projet de décret relatif à la répartition de l’aide financière de l’Etat aux partis politiques. Cette année, le montant s’élève à 1 milliard 201 millions 530 mille 822 FCFA. A la suite de l’examen des dossiers fournis par 62 partis, les vérifications effectuées par la Section des Comptes de la Cour Suprême ont conclu à la régularité et à la sincérité des comptes de 30 partis politiques, éligibles au financement public.

Le montant à allouer à ces partis se chiffre à la somme de 1 milliard 35 millions de FCFA environ. La répartition de cette somme entre les partis concernés se fait sur la base des critères fixés par la loi notamment la Charte des partis.

Ainsi, pour prétendre à l’aide, un parti politique doit satisfaire à certaines exigences au nombre desquelles la justification de la tenue régulière des instances statutaires, la justification d’un compte dont la moralité et la sincérité sont établies par la Section des Comptes de la Cour Suprême, la justification de la provenance de ses ressources financières et de leur utilisation et la participation aux dernières élections législatives ou communales.

L’aide, dont le montant représente 0,25% des recettes fiscales, est répartie entre les partis éligibles selon une clé qui fait intervenir la participation aux élections (15%), le nombre de députés (40%), le nombre de conseillers communaux (35%) et le nombre de femmes élues (10%).

Le tableau ci-dessous donne les montants réels obtenus par chacun des 30 partis politiques éligibles. Les indications et autres précisions sur la base desquelles ce montant a été légalement partagé s’y trouvent également.

Sans grande surprise, c’est le mastodonte de la classe politique, l’ADEMA – PASJ qui enlève la part du lion soit 356, 9 millions de nos francs. Il est suivi de loin par l’URD de Soumaïla Cissé avec 203,8 millions de FCFA. Ce dernier est également loin devant le RPM d’IBK qui se voit attribuer 115,1 millions de FCFA.

Ce trio est de très loin devant les autres : MPR (57,9 millions de FCFA), CNID (52,03 millions de FCFA), PARENA (44,6 millions de FCFA), SADI (26,9 millions de FCFA), MIRIA (17,2 millions de FCFA), BDIA (14 millions de FCFA) PCR (13,2 millions de FCFA) CDS (12,7 millions de FCFA)…

La grande majorité des partis éligibles oscillent entre 6 et 8 millions de FCFA.

Certains d’entre eux n’ont aucun député ni conseillers communaux. D’autres ont en revanche entre deux et trente conseillers au maximum.

Les partis perdants

Parmi les 32 formations politiques non retenues par la Section administrative de la Cour Suprême pour non justification d’un compte dont la moralité et la sincérité sont établies figurent en bonne place l’US-RDA du Dr Badra Alou Macalou, ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine, le PSP de l’ancien ministre Oumar Hammadoun Dicko, président de la Commission d’organisation des festivités commémoratives du 50ème anniversaire de l’indépendance du Mali, l’UDD de Me Hassane Barry, tout nouvel ambassadeur du Mali en Guinée Conakry et l’UMM du Pr. Amadou Touré, ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Le premier responsable du parti de l’Indépendance est plus engagé dans l’action gouvernementale que dans l‘animation de son parti, en voie de déclin. Il vient ainsi de faire perdre à sa formation politique une véritable aubaine puisque avec ses dizaines de conseillers et son unique député à l’Assemblée nationale, en l’occurrence Sandy Haïdara de Tombouctou, fils aîné du premier président de l’Assemblée nationale du Mali, Mahamane Alssane Haïdara, l’US-RDA aurait pu bénéficier d’une quinzaine voire d’une vingtaine de millions de nos francs.

Maintenant que le scrutin communal est annoncé pour le 26 avril, il va falloir que le ministre Macalou puise dans ses maigres ressources pour faire participer le parti aux élections à un niveau acceptable.

Le Dr Macalou ne devrait jamais oublier qu’il est membre du gouvernement à cause du parti de l’Indépendance et que si celui-ci disparaît, il disparaîtrait politiquement avec lui.

Le PSP, considéré comme le plus vieux parti du Mali, déjà très affaibli, pourrait davantage l’être dans la mesure où il ne siège pas au gouvernement et ses comptes n’ont pas été jugés sincères pour bénéficier de l’aide publique.

Son président, Oumar Hammadoun Dicko ne travaille pas pour faire revivre cette formation politique qui a au moins deux élus à l’Hémicycle et plusieurs dizaines de conseillers.

Lui, également fait perdre au PSP un avantage certain qu’il ne pourra pas compenser. Il s’active à trouver un Bureau et des indemnités pour les membres de sa commission d’organisation plutôt que de remettre son parti au travail.

Le troisième, Me Hassane Barry, qui vient de présenter ses lettres d’accréditation à l’homme fort de Conakry était à la recherche d’un poste bien avant les élections générales de 2007. Il avait donc soutenu à fond le président sortant, ATT et s’attendait à un portefeuille ministériel qui n’est pas tombé.


Déçu, il s’est beaucoup plaint d’autant plusque son parti a engrangé trois députés à Koutiala.

Depuis, il a délaissé le parti pour s’adonner à un lobbying qui a fini par marcher : le voici promu ambassade du Mali en Guinée. Entre-temps, le parti a connu des dysfonctionnements graves et n’a pas pu rédiger un rapport convainquant pour la Section Administrative de la Cour Suprême. Ce qui pourrait entraver davantage la bonne marche du parti, plus que jamais désargenté à la veille des communales 2009.

L’UMP du Pr. Amadou Touré, ministre en charge des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique n’est pas également éligible au financement public des partis. Le Pr. Touré étant l’homme à tout faire de son parti est submergé par la gestion de l’école au détriment de sa formation politique qui a fait de lui ministre du gouvernement Modibo Sidibé.

Chahana TAKIOU

09 Février 2009