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Tirant les leçons de la conduite de l’ancien Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP), le partenaire financier, l’Association Internationale pour le Développement (AID) a pris des précautions qui lui permettent à tout moment d’amener l’Etat malien à lui rembourser les fonds détournés. En ligne de mire, des cadres corrompus au sommet de l’Etat.

« Si l’Association découvre à un moment quelconque qu’un montant du financement a servi à payer une dépense non autorisée, le bénéficiaire (l’Etat malien NDLR) doit, promptement et dès notification, rembourser un montant égal à celui dudit paiement à l’Association. Les montants remboursés sur sa demande sont annulés« . C’est en clair l’engagement pris par nos autorités pour obtenir le financement par l’AID du CSLP nouvelle génération.

L’Association Internationale pour le Développement (AID), est sans doute au parfum de l’échec de la première phase du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté( CSLP). C’est donc avec toutes les précautions requises qu’elle s’est engagée à Washington, le 12 mars 2007, à financer le premier crédit de la deuxième phase de la lutte contre la pauvreté au Mali pour un montant de plus de 22 millards de nos francs.

Un projet de loi relatif à ce crédit à été voté par l’Assemblée nationale la semaine dernière.

En même temps, la lumière a été faite sur l’échec de la première phase du programme. Celle-ci n’a pas atteint ses objectifs, comme l’atteste le rapport de la Commission des Finances, de l’économie, du Plan et de la Promotion du Secteur Privé de l’Assemblée nationale.

Faisant l’état des lieux de la pauvreté au Mali, la commission parlementaire qui a travaillé sur le projet de loi tire la sonnette d’alarme en affirmant que la pauvreté est devenue un phénomène généralisé avec un taux de plus de 63%. Pire, 21% de la population totale vit dans l’extrême pauvreté.

Mais cette commission, bien qu’adoptant la langue de bois, reconnaît limpact négarif de la corruption dans les  » problèmes de gestion publique« .

Officiellement le Gouvernement malien, en évaluant la première génération du CSLP, n’a pas tout dit sur les raisons de l’échec de celui-ci. C’est le rapport de la commission parlementaire qui révèle que « l’objectif de croissance de 6,7% pendant la période 2002-2005 n’a pas été atteint, le taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) réel ayant été de 5,2% ».

Il est clair qu’un tel discours n’a pas été tenu à Washington devant les responsables de l’Association. Cette dernière entend de toutes les façons protéger les 22,86 milliards de F CFA qu’elle prête au Mali, même si ce dernier lui assure que tout va bien.

Le bailleur a indiqué qu’il se reserve le droit d’éxiger les montants alloués, immédiatement, s’il constatait à un moment ou à un autre que celui ci a été détourné de sa destination initiale.

En réalité, cette mesure montre que l’Association internationale sait que la mauvaise gestion des finances publiques est une cause de l’échec dans la mise en oeuvre de la lutte contre la pauvreté au Mali.

Par ailleurs, les données officielles qui sont citées par le pouvoir comme signe de progrès, surtout pour les secteurs prioritaires comme la santé et l’éducation sont parcellaires et figuratives. Ainsi, si au niveau de l’éducation de base, le pays a connu un accroissement du taux brut de scolarisation de 9,6 points, le Gouvernement reste silencieux quant à l’impossibilité d’atteindre les objectifs de l’éducation pour tous.

Ce n’est pas un hasard si le Mali a reculé lors du dernier classement du PNUD sur l’indice du développement humain durable. Pourtant, l’évaluation officielle du CSLP tranche d’avec le constat de l’agence onusienne. L’État affirme sans réserve qu’ « au niveau de la santé, l’extension de la couverture vaccinale des enfants d’un an a été forte sur la durée et la proportion de la population et la population vivant dans un rayon de cinq kilomètres d’un centre de santé fonctionnel est passé de 44% en 2002 à 50% en 2005« .

On est en droit de se demander si la seconde phase de la politique nationale de réduction de la pauvreté va échapper à la corruption. Les conditionnalités du nouveau prêt remboursable sur une période de 40 ans seront-elles suffisantes pour mettre le pays à l’abri de détournements massifs des fonds mis à la disposition de la lutte contre la pauvreté au Mali.

Soumaila T. Diarra.

Boukary Daou

29 octobre 2007.