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En 1907, l’Etat a institué une Loi de finance­ment des partis politiques, dans le but de les aider à assumer leur responsabilité de formation politique, d’éducation civique, de mobilisation, d’éveil des consciences et de sensibi­lisation des citoyens. Mais aujourd’hui, le constat est amer et décevant.

Ces missions n’ont pas été remplies, car les responsa­bles de partis ne songent le plus souvent qu’à leurs intérêts. D’ailleurs, cet argent est devenu la principale cause de la multipli­cation des partis politiques. Car, une fois en leur possession, certains responsables politiques le détournent à d’autres fins. Ce qui a créé les frustrations et scissions constatées çà et là, depuis l’instauration de cette loi.

Or, dans un Etat démocratique, un parti est censé animer la vie politique. Il ne s’agit pas, pour ce parti, de se présenter seulement aux élections générales, mais d’aider la population à bien cerner et comprendre les contours et concepts d’une démocratie. Malheureusement telle n’a pas été le cas, au vu des guerres entre les différents responsables du mouvement démocratique de 1991, qui avaient failli mettre fin au processus démocratique chèrement acquis, le 26 mars 1991.

Rappelons que lors de ces événements douloureux de 1991, seules les associations Adema et CNID, l’UNTM et l’AEEM avaient mené la lutte, accompagnées par une certaine frange de l’armée, pour conduire le peuple malien à la démocratie. Plus tard, l’Adema et le CNID se sont convertis en partis politiques, suivis d’autres partis, comme l’USRDA, le PSP… Mais au lieu de s’intéresser au peuple, les politiciens sont finalement tombés dans des querelles de personnes et d’intérêts.

Ainsi, d’une petite poignée de partis, le pays s’est retrouvé aujourd’hui à 104 partis politiques officiels. Or, tous les spécialistes et observateurs politiques sont unanimes pour dire que le Mali n’a pas besoin d’un nombre aussi pléthorique. Car il n’y a pas 104 programmes de société. D’ailleurs tous les partis politiques en ont pratiquement les mêmes. Le reste n’est qu’illusion.

Ainsi, certains responsables, non contents de n’avoir pas été associés à la distribution de ces fonds alloués, ont tout simplement décidé de claquer la porte et de créer leur propre parti. Et chacun aspire à ce financement public, car se considérant comme un vrai parti politique.

Certains partis politiques ne disposent même pas de sièges, qui se limitent uniquement au grin à la famille, ou à la seule personne du fondateur. D’autres n’ont jamais organisé des conférences, ni de congrès de renouvellement. D’où le désintérêt des électeurs pour les votes, car, une fois leurs buts atteints, les politiciens les oublient ou les méprisent le plus souvent.

C’est alors que les partis candidats pensent à organiser des semaines, ateliers et conférences sur les concepts et rôles des partis politiques. Et même là ce n’est pas à l’intention du citoyen lambda, mais des secrétaires généraux ou cadres des partis politiques. Or, une élection se prépare avant et après.

Alors, comment com­prendre que l’Etat attribue de l’argent à des partis politiques qui n’arrivent même pas à en justifier les dépenses? C’est dire que le financement public de ces partis politiques n’a aucun impact sur les populations. Ce qui est encore plus triste, c’est lorsque des responsables réclament, à cor et à cri, ce financement, alors qu’ils n’ont pu obtenir ni conseiller municipal, ni maire, ni député, encore moins se présen­ter à l’élection présidentielle.

Or, la vocation d’un parti politique c’est d’oeuvrer en vue d’accéder au pouvoir, par la voie des urnes. Sur les 104 partis politiques officiels, seuls 5 à 10 partis peuvent prétendre au finance­ment public, vu les derniers résultats obtenus lors des législatives. Même là aussi, il faut un contrôle rigoureux, au bout duquel bien de partis seront disqualifiés.

Donc c’est un gâchis énorme de continuer à « distri­buer » l’argent du contribuable malien à des partis politiques qui se soucient si peu des aspirations profondes des populations. Tant que l’Etat continuera à financer ces partis d’autres partis- champignons pousseront. Et à l’allure où vont les choses, chaque quartier, famille, ou individu créera son parti politique, pour prétendre à l’aide publique.

De 1997 à nos jours, 3 301 879 F CFA ont été distribués aux partis, politiques. Une fortune répartie entre l’Adema, le RPM, le CNID, le Parena, l’URD, l’USRDA, le Sadi, le BDIA, le MPR, l’UDD, le RND, le PDR, le RAMAT, le PSP, le PIDS, le PDJ, le MlRIA, le RDT, le BARA, le FAMA, le PEI, le RDS, l’UFDP, le MADL…

La section des Comptes de la Cour suprême doit désormais vérifier rigoureusement la moralité des dépenses relatives à ce financement, en vue de détecter les faux bilans présentés par certains partis politiques.

Il s’agira de contrôler un parti politique, pour juger s’il est en mesure de justifier la tenue régulière de ses instances de direction, s’il dispose d’un siège et d’un compte bancaire, s’il tient un inventaire annuel de ses biens, s’il justifie la provenance de ses ressources financières et s’il participe aux élections générales.

Si une telle « croisade » était entreprise par la Cour suprême, beaucoup de partis politiques risquent de se fusionner dans ceux qui sont solidement implantés, et plus crédibles.

Sadou BOCOUM

09 août 2007.