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Depuis plusieurs années, le Département fédéral des affaires étrangères suisse a fait plus que collaborer avec les membres du Réseau de plaidoyer pour la Paix, la Sécurité et le Développement au nord Mali (rampe de lancement de l’actuel MNLA). L’argent du contribuable suisse a largement contribué à financer les activités occultes des rebelles touaregs.

Dans les colonnes de nos confrères de «ATS/Newsnet», la porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Carole Wälti, a tout d’abord affirmé que «la médiation de la CEDEAO et la Suisse ont co-organisé, fin juillet, une réunion des indépendantistes maliens du MNLA». Elle a ensuite déclaré que «…le DFAE soutient la médiation du Burkina Faso dans le cadre du mandat de la CEDEAO et a des contacts dans ce cadre avec les parties au conflit, y compris le MNLA, dans un but de réconciliation nationale».

Avant de continuer que «la Suisse est engagée depuis plusieurs années dans la promotion de la stabilité et de la consolidation de la paix et de la coopération au développement au Mali». Mme Wälti a conclu que «depuis l’éclatement des violences en janvier, Berne a répondu positivement aux demandes du gouvernement malien et du MNLA de se mettre au service d’un retour aussi rapide que possible à la paix et à la stabilité dans ces régions». Voici le côté court du discours de la porte-parole.

Côté jardin, la réalité est tout autre. Dans les coulisses de la Coopération suisse (DDC), à Bamako, une dame très dynamique nommée Carole Mottet s’est toujours battue depuis plusieurs années comme un beau diable pour financer les activités qu’elle savait pourtant occultes du Réseau de plaidoyer pour la paix, la sécurité et le développement au nord Mali (certains Touaregs du milieu ont souligné sa liaison avec le député de Bourem, Ibrahim Mohamed Ag Assaleh). Lors d’une des nombreuses rencontres, tenues au CCIB et qui servaient de justificatif aux millions de Francs suisses reçus, le Réseau n’a produit aucun document.

De plus, aucune trace des dépenses n’a été produite. Certains diplomates basés à Bamako avec qui nous nous sommes entretenus se demandés comment la Suisse pouvaient continuer «à financer un Réseau qui n’avait pas d’objectifs avoués» Pendant ce temps le principal ténors du Réseau, à savoir le député Alghabass Ag Intallah, continuaient, dans un manifeste qu’on lui a fait signer sans qu’il n’en sache le contenu, à faire croire à l’opinion nationale et internationale que «le Réseau était avant tout l’expression vivace d’une prise de conscience collective des communautés du nord qui le composent sur la nécessité de conjuguer leurs efforts afin d’aplanir le déséquilibre entre le Nord et le Sud de notre pays et raffermir davantage notre Unité nationale maintes fois mise à l’épreuve».

Pour rouler plus de bailleurs de fonds dans la farine, il s’est entouré de plusieurs cadres du nord dignes de foie. Au fait ce n’étaient que des pots de fleurs pour embellir le projet qu’il avait derrière la tête.

Mais, avec la multiplication de réunions secrètes, grâce à l’appui de l’argent suisse dans la région de Kidal, nous avons, début 2010, tenté de joindre Mme Carole Mottet pour nous entretenir avec elle sur le sujet. En vain. Le feuilleton entre elle et ses amis du réseau, lui, a continué et a abouti, fin 2010, à la création du MNA (Mouvement national de l’Azawad) toujours dirigé par Alghabass Ag Intallah ainsi qu’à l’achat d’un important stock d’armes.

Quelques mois plus tard, le conflit libyen éclate et Iyad Aghaly reprend le maquis. Il entre en contact avec le MNA pour en être le Secrétaire général. Les membres du MNA déclinent l’offre et créent rapidement le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad). Très remonté, Iyad crée, à son tour, le mouvement Ansar Dine avec l’aide financière des fondamentalistes du Quatar et d’AQMI. Il s’équipe militairement ensuite grâce au soutien de ses associés venus de Libye comme le Colonel Mohamed Ag Najim.

Avec la puissance de feu qu’a fait parlé Iyad, lors des attaques d’Adiel Hoc et de Tessalit, le fondateur du Réseau de plaidoyer pour la paix, la sécurité et le développement au nord Mali, du MNA et du MNLA, Alghabas Ag Intallah, s’est enfui d’abord à Borj El Moctar (frontière algérienne) puis a changé de veste. Il est l’actuel représentant officiel des islamistes d’Ansar Dine d’Iyad Ag Aghaly dans les négociations internationales.

Plusieurs autres anciens cofondateurs du MNLA l’ont rejoint tels que Cheick Haoussa, Ahmada Ag Bibi…Cependant, Alghabas n’a pas perdu le contact avec ses anciens alliés du Réseau. Et Carole Mottet, selon nos sources, continue à épauler le MNLA qui a été battu à plate couture par les islamistes et chassé en hors du Mali. Elle a été vue plusieurs fois à Ouagadougou, dans l’hôtel où loge tout l’Etat major du MNLA.

Pendant ce temps sur le site de la Coopération suisse, on continue d’afficher à la DDC (Direction du Développement et de la Coopération) ceci : «La division Programme de politique de paix en Afrique de l’Ouest soutient le Réseau (Réseau de plaidoyer pour la paix, la sécurité et le développement au nord Mali), né d’une initiative des communautés du Nord Mali à l’occasion du Forum de Kidal de novembre 2009, dans sa stratégie de soutien à la formation d’espaces de dialogue politique autour des enjeux de paix et de sécurité au Mali et dans la sous-région…

Le Réseau entend agir à un double niveau : au sein des communautés du Nord, afin de les sensibiliser et les équiper pour faire face aux défis liés aux conflits et à l’insécurité, ainsi qu’au niveau national par un dialogue avec les autorités et acteurs au plan national (processus multi-track)…».

Sur le même site on retrouve le seul et unique document produit par le Réseau et signé par un certain Alghabas Ag Intallah, à Kidal, le 3 novembre 2009. On peut y lire que «la principale ambition du Réseau est de donner aux populations un moyen sans précédent d’influer sur le cours de leur destin et d’être un interlocuteur vigilant de l’Etat pour un réel décollage du Nord du Mali». Assurément, le «décollage du Nord du Mali n’est pas pour demain». Avec ces slogans, les Suisses continueront à payer plus d’impôts pour financer de façon direct ou indirect le MNLA. Avec la bénédiction de la Carole Holding.

A suivre.

Paul Mben

23 Août 2012