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Entre commentaires, supputations et allégations, le gouvernement poursuit la mise en œuvre de son projet Initiative Riz. Pour plus de réussite, il a pris certaines mesures. Le point.

L’Initiative Riz fait couler beaucoup d’encre et de salive. Le projet gouvernemental, qui se veut une réponse structurelle aux répercussions, ici au Mali, de l’exceptionnelle conjoncture économique qui frappe le monde entier, continue de nourrir diverses polémiques, supputations et allégations.

Il suscite également de nombreuses interrogations, notamment sur sa faisabilité, y compris en haut lieu. Et pourtant, ce projet continue son petit bonhomme de chemin. Car le gouvernement y croit dur comme fer et compte le mener à son terme. Et pour cela, il a ses raisons.

La première est que tous les ingrédients du succès sont réunis. En premier lieu, la disponibilité financière. Le gouvernement affirme avoir pré financé l’achat des équipements agricoles pour un montant de 701 millions de Fcfa.

En outre, sur la prévision initiale dont le montant est de plus de 10 milliards, l’Etat a déjà mobilisé plus la moitié. Pour leur part, les banques et autres institutions financières, qui avaient promis d’accompagner le gouvernement pour la mise en œuvre de l’Initiative, elles seraient en train de s’acquitter, contrairement à certaines allégations.

Ainsi, la BNDA (Banque nationale de développement agricole), chef de file du pool bancaire constitué à cet effet, a versé déjà plus de 6 milliards et demi pour l’achat d’intrants agricoles et le financement d’institutions de micro finance. Les autres membres du pool ont réuni 12,625 milliards dont près de 6 milliards sont destinés au financement des producteurs qui n’ont pas accès au crédit bancaire.

12 milliards pour financer les engrais

A propos de ces 12 milliards, beaucoup de choses ont été dites, en particulier que l’Etat aurait passé un marché de gré à gré. En réalité, selon des sources proches du dossier, cette somme a effectivement fait l’objet d’un marché tellement jugé régulier par les autorités que les contrats de passation ont été signés par le ministre des finances et son homologue de l’agriculture.

Cette double signature a été rendue nécessaire pour garantir l’accompagnement du pool bancaire. Ledit marché avec la société Togouna avait pour objet la fourniture de 26 965 tonnes d’engrais aux producteurs. Ceux-ci se chargeront d’une partie du remboursement, l’autre étant prise en charge par l’Etat qui subventionne à hauteur de près de 6 milliards.

La deuxième raison de l’optimisme du gouvernement est la disponibilité des stocks d’engrais. Le 26 juin dernier, une commission comprenant le coordinateur de la cellule technique Initiative et les premiers responsables de l’Office du Niger et de la BNDA, a tenu une réunion d’évaluation avec les principaux fournisseurs d’engrais (AMEROPA, Yara Mali, COPHYMA, Togouna et partenaire agricole, Faso Jigi).

Au cours de cette réunion, les participants ont fait le point de la situation. Il en ressort qu’à cette date déjà, 5 000 tonnes d’urée étaient disponibles à Bamako, 15 000 tonnes d’urée au port de Dakar, et autant étaient attendues pour le 12 juillet dans la même ville.

En outre, à Bamako, était également disponible la matière première pour la fabrication et la livraison par Togouna de 800 tonnes d’engrais « Nyéléni » par jour.

Après la réunion, les ministres des finances, et de l’agriculture ont pu constater la disponibilité de ces stocks dans les entrepôts de la société.

La troisième raison est que suite aux requêtes de financement que l’Etat a faites auprès de pays comme la France, les Pays-Bas, le Canada, les Etats-Unis ou l’Allemagne, et d’institutions internationales telles que la BAD, la Banque mondiale ou la BOAD, certains Etats et institutions se sont annoncés pour l’accompagnement financier de l’Initiative.

Ainsi, le Canada a promis 5 millions de dollars canadiens, les Pays-Bas, 1,5 million d’€, la Grèce, environ 200 millions de Fcfa, la FAO, 500 000 USD, la BAD, près de 2 millions d’unités de compte.

40 milliards d’économie grâce aux réductions

La quatrième raison est que l’Etat a pris certaines mesures tendant à faciliter la mise en oeuvre de l’Initiative. Il y a tout d’abord les décisions d’exonérer les taxes à l’importation de certains produits pour les rendre accessibles aux consommateurs.

Il s’agit, par exemple, de produits de consommation courante comme le riz et les hydrocarbures. Cette mesure fiscale a occasionné une baisse notable des recettes douanières, un manque à gagner que l’Etat a décidé de combler en adoptant d’autres mesures.

L’une d’elles est le redéploiement de certains crédits budgétaires et la réduction des dépenses publiques pour financer en partie la production agricole. Par ce biais, l’Etat espère engranger plus de 40 milliards de Fcfa. Ces mesures de réduction concernent aussi bien les dépenses en investissement (équipements, transferts, subventions…) qu’en fonctionnement (déplacements, transports, etc.).

Cependant, certains postes de dépenses échappent aux mesures de réduction. Il s’agit notamment des dépenses liées aux personnels, aux communications, et à l’énergie.

De manière générale, certains départements dits sensibles sont privilégiés : l’éducation (bourses, frais de formation et d’examens, matériels didactiques, etc.), la santé (achat de médicaments et d’équipements sanitaires…), la sécurité intérieure, la défense, et les affaires étrangères.

CHEICK TANDINA

24 Juillet 2008