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De tous les horizons, boudhistes, chrétiens, musulmans, scientifiques croient reconnaître les signes de la fin des temps. Les grandes forêts disparaissent, le désert avance, la pollution nous enveloppe, la terre tremble, l’eau se raréfie… Sommes-nous proches de la fin du monde?

Au fond d’une vallée de Savoie environnée de collines recouvertes de forêts de pins sont nichés d’imposants bâtiments crépis de blanc : c’est la Chartreuse de Saint-Hugon, monastère fondé au XIIe siècle. Aujourd’hui, après deux siècles d’abandon, ce lieu a été rendu à la spiritualité : il abrite la communauté bouddhiste de Karma Ling. C’est dans ce beau domaine isolé en pleine nature que, récemment, des personnalités appartenant à diverses religions -chrétienne, tibétaine et musulmane soufie- se sont réunies.

Fait insolite : à ce rassemblement de sages venus d’horizons différents se sont joints des représentants du WWF, cet organisme de protection de l’environnemnet. Pour quelle raison? Parce qu’une même préoccupation, grave et urgente, rapproche religieux et écologistes. Tous, par la simple observation du monde ou par l’interprétation des textes sacrés, ont décelé que nous assistons… à la fin des temps. Mais quels en sont les signes?

“Nous sommes tous dans l’éprouvette”

Pour les écologistes, l’homme s’est mis en danger ; et il commence tout juste à s’en apercevoir. Si l’histoire humaine était ramenée à une année, explique Laurent de Bartillat, “c’est au début Décembre que commence l’ère chrétienne, et le 29 Décembre que Louis XVI monte sur le trône. A cette époque, l’énergie à la disposition de l’homme n’est que le produit de son propre travail musculaire et des animaux de trait. Toute l’histoire mécanique se passe dans les deux derniers jours”.

Avec les conséquences que l’on sait : déforestation, stérilisation des sols, pollution de l’air et des nappes d’eau souterraines, dérèglement climatique et extinction massive d’espèces animales. Alors même que la population humaine a doublé ces quarante dernières années, et que les villes recouvrent la terre.

Comme le déclarait l’astro-physicien Hubert Reeves au journal “Le Monde”, le réchauffement climatique est une expérience à surveiller avec d’autant plus de vigilance que “nous sommes, nous, dans l’éprouvette, avec nos enfants et nos petits-enfants ”…

L’Islam voit lui aussi clairement, dans cette accélération de l’histoire, un signe de la fin des temps, ainsi que l’explique Eric Geoffroy, l’un des intervenants du colloque. Nous ne savons plus profiter du temps. Or, a dit le prophète, “l’Heure n’aura pas lieu tant que le temps ne se sera pas contracté, au point que l’année passera comme un mois, le mois comme une semaine, la semaine comme un jour, le jour comme une heure ; et l’heure s’écoulera aussi vite qu’un tison enflammé met à se consumer”.

Serions-nous entrés dans “l’Age noir”?

Un autre signe annoncé serait les tremblements de terre en pays musulmans ; et il est inévitable de penser aux séismes en Algérie, en Iran, en Indonésie, en Turquie. D’autres récits évoquent des tempêtes, des cyclones et des “saisons trompeuses”. Et quelques paroles évocatrices – “lorsque tu verras les gardiens de bestiaux rivaliser dans la construction de maisons hautes” -font évidemment référence, dans l’esprit de nombreux musulmans, à l’histoire des Etats-Unis.

Pour Sofia Stril-Rever, spécialiste du bouddhisme, notre époque cadre avec “l’Age noir”, le déclin, tel qu’il est décrit dans l’Abhidharma, un traité de cosmologie. Un tel âge est marqué par la montée en puissance de cinq “dégénérescences” : la propagation de “visons erronées”, une montée de la haine et de la violence, des catastrophes naturelles et des famines, une durée de vie “réduite à dix années”, enfin, une dégénérescence des êtres frappés de maladies nouvelles et incurables.

Combat entre les forces du Bien et la Bête…

Les chrétiens, eux, s’appuient sur l’Apocalypse de Saint Jean, qui décrit un combat entre les forces du Bien et celles du Mal, symbolisées par la Bête. Mais, précise le philosophe Frédéric Lenoir, à la fin des fins, “tout se termine bien ! Il y a récréation d’un monde, qui est fondé sur l’amour total de Dieu et de l’humanité ”.

Ecologistes et religieux tombent d’accord : la fin du monde n’est plus, comme on la concevait autrefois, un châtiment aboutissant à une destruction totale. Elle est une menace, en toile de fond, qui doit amener une rapide prise de conscience. Si nous ne changeons pas nos comportements, nous mourrons. Mais nous avons la liberté de choisir, de protéger la vie, et de rebâtir le monde sur des bases nouvelles…

“Si tu as des graines, plante-les !”

Nous sommes aujourd’hui aux trois quarts de la nuit”. Certes, nous nous enfonçons dans la noirceur des ténèbres de notre époque, mais nous nous rapprochons en même temps de la lumière du jour ! ”, estime le Cheikh Khaled Bentounès, maître de la confrérie soufie Alawiya. D’autres participants du colloque de Karma Ling ont quant à eux, cité cette magnifique parole d’espoir du Prophète Mahomet : “Si tu vois la fin des temps arriver, et que tu as des graines au creux de la main, plante-les ! ”.

Sources : Frédéric Lenoir : “Entretiens sur la fin des temps”

10 Septembre 2008