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Après neuf ans de services à la Cour pénale internationale (CPI) en tant que procureure, la Gambienne Fatou Bensouda passe le témoin au Britannique Karim Khan. Ce dernier, connu pour être un spécialiste de la Justice internationale, aura de nombreux défis à relever surtout qu’il arrive au moment où la CPI fait l’objet de nombreuses critiques. Car, il faut le dire, sous Fatou Bensouda, la CPI a connu plus de bas que de hauts et ce, au regard des revers judiciaires retentissants qu’elle a enregistrés et qui ont  failli même entamer sa crédibilité. Tout commence en 2014, lorsqu’accusés de crimes contre l’humanité, l’actuel président du Kenya, Uhuru Kenyatta et son colistier, poursuivis par la CPI, ont fini par être acquittés du fait de l’incapacité du bureau du procureur à apporter des preuves devant permettre l’ouverture d’un procès et ce, alors même qu’environ 1300 personnes ont péri au lendemain de la présidentielle de 2007. S’ensuit plus tard l’acquittement du président du Mouvement de libération du Congo (MLC), Jean Pierre Bemba, alors poursuivi pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Révulsé, l’ancien seigneur de guerre congolais n’a  pas hésité à réclamer plus de  68 millions d’euros en guise d’indemnisation et de dommages et intérêts à la CPI pour tant d’années passées en prison. Et ce n’est pas tout. Car, après plusieurs années d’investigations, le bureau du procureur n’a pas réussi à prouver la culpabilité de l’ancien président Laurent Gbagbo et son homme-lige Charles Blé Goudé dans la crise post-électorale de 2010-2011, en Côte d’Ivoire, qui a coûté la vie à plus de 3000 personnes. Tant et si bien que ces deux personnalités, à la surprise générale, ont fini par être acquittées et s’apprêtent même à retourner au bercail et ce, après  environ une décennie derrière les barreaux. 

On se demande si son successeur arrivera à restaurer la confiance  entre la Cour et le continent africain

Qu’est-ce qui peut expliquer ces échecs récurrents qui n’honorent pas la CPI et dont certains n’hésitent pas à dire qu’elle s’acharne sur les Africains et ferme obstinément les yeux sur les dérives des dirigeants occidentaux ? Vrai ou faux ? Difficile de répondre à cette question. Pour le moins, on sait seulement que sous le magistère de Bensouda, la CPI a beaucoup enquêté en Afrique, notamment en Centrafrique, au Mali, en Guinée, au Soudan et en Libye. La méfiance entre elle et l’Afrique était telle que certains pays, en 2016 et 2017, n’avaient pas hésité à claquer la porte en se retirant du statut de Rôme. Il s’agit, pour ne pas les nommer, de la Gambie dont est originaire Fatou Bensouda, du Burundi et de l’Afrique du Sud. Sans oublier que d’autres pays sont en embuscade. C’est dire si le mandat de Fatou Bensouda a été marqué par une forte opposition africaine à la CPI. Si fait que l’on se demande si son successeur arrivera à restaurer la confiance  entre la Cour et le continent africain. Il y a d’autant plus intérêt que la juridiction internationale avait aussi maille à partir avec les Etats-Unis lorsqu’elle a annoncé sa volonté d’enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés commis en Afghanistan, en Israël  et en Cisjordanie. Très remonté, le président américain d’alors, Donald Trump, avait interdit de voyage et gelé les avoirs de la procureure aux USA. C’est dire à quel point les défis qui attendent le nouveau procureur de la CPI sont immenses. Il se doit donc de mettre le pied à l’étrier s’il veut réussir l’ouverture de la CPI au reste du monde. 

Boundi OUOBA 

Source: Lepays.bf