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Les émissaires de l’ONU ont appelé les acteurs de la crise à aller vers des pourparlers inclusifs dans les plus brefs délais

jpg_une-2622.jpgLes 15 émissaires du Conseil de sécurité des Nations Unies ont bouclé lundi un séjour de deux jours dans notre pays. Un séjour plutôt bien rempli, selon l’ambassadeur Gérard Araud, représentant la France au Conseil de sécurité qui, avec ses 14 collègues, a rencontré les autorités, la société civile et les groupes armés. Sur le terrain, ils ont pu toucher du doigt les réalités locales.

Cette visite technique de haut niveau intervient sept mois après le déploiement de la Minusma, active dans le Septentrion depuis le mois de juillet. Selon Gérard Araud, les membres du Conseil de sécurité sont venus dans notre pays parce qu’ils souhaitent appuyer « la mise en place dès que possible d’un dialogue national inclusif pour une solution durable au nord». Une solution qui ne peut-être que « malienne, décidée par les Maliens, et pour le Mali » a-t-il précisé à la sortie d’une audience que le chef de l’Etat a accordée à cette délégation dimanche soir.

Le bouquet final de ce voyage qui a conduit les visiteurs de marque à Mopti, au contact des populations, a été la conférence de presse animée lundi en fin d’après-midi par Gérard Araud et Banté Mangaral, représentant permanent adjoint du Tchad auprès de l’ONU, en présence de Albert Koenders, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali et premier responsable de la Minusma. Les autres membres du Conseil de sécurité étaient également présents à la conférence de presse qui a réuni une trentaine de journalistes. Ils ont livré leurs impressions sur cette mission de supervision. Impressions qui peuvent se résumer en ces mots : volonté, disponibilité et courage.

Gerard Araud a confirmé que les membres du Conseil ont rencontré au cours de ce voyage tous les groupes armés dont certains ont fait spécialement le déplacement à partir de Ouagadougou. « Nous avons constaté la volonté d’aller de l’avant », s’est-il réjoui. « Nous avons constaté un sentiment d’urgence parce qu’il y a des risques de radicalisation au sein des groupes », analysera-t-il. Par ailleurs, le diplomate français s’est dit « largement rassuré par le président de la République » qui a « une volonté d’aller de l’avant et d’éviter les erreurs du passé ».

Ce sentiment de satisfaction est bétonné par un document signé du Premier ministre qui trace les grandes lignes du processus de réconciliation. C’est pourquoi, le représentant français dira que la mission quitte notre pays « impressionnée par la dignité et la disponibilité du peuple malien ». Il est convaincu qu’il existe « une volonté de parvenir une véritable réconciliation entre les Maliens ».

Revenant sur l’objectif principal de cette mission, première du genre depuis l’éclatement de la crise, Gerard Araud a précisé qu’ils étaient là pour aider à « rendre le Mali au Maliens et faire en sorte que le Mali n’ait plus besoin des Nations Unies. » Cela passe notamment par la formation de l’Armée malienne, dit-il, saluant au passage le travail remarquable de la Minusma et la Mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM).

DANS L’ESPRIT DES ACCORDS DE OUAGADOUGOU. Répondant à une question sur la disponibilité d’un chronogramme de rencontres entre les différentes parties, le diplomate français a fait comprendre que cette activité ne relevait pas de sa compétence. « C’est une affaire de Maliens. Les autorités maliennes nous ont dit qu’elles allaient nous présenter une feuille de route. Nous ne sommes pas ici pour donner des leçons, mais pour dire comment aller de l’avant et comment nous pouvons vous soutenir ».

Comme dans toute négociation, Gerard Araud prévoit un commencement difficile. Au début des pourparlers, dit-il, tout le monde pose des demandes maximalistes. « Je ne peux pas présager de ce qui va se passer. De tous les côtés, tous se placent dans le cadre de la souveraineté du Mali et tous veulent négocier. Les négociations doivent se passer sans pré-conditions et tout doit se passer dans le cadre des accords de Ouagadougou, notamment le sujet du cantonnement qui doit se poursuivre», a expliqué le chef de la mission onusienne qui précise à ce propos que le désarmement des mouvements rebelles est une nécessité absolue. « Il ne peut y avoir un Mali sans désarmer. C’est une évidence. L’accord de Ouagadougou dit cantonnement, désarmement et négociations», a-t-il rappelé.

Les négociations se passeront à Bamako ou ailleurs ? Sur la question, l’ambassadeur a levé toute équivoque : « Ce n’est pas nous qui décidons ». Il a rappelé à ce sujet que l’Algérie a lancé une initiative et que le président de la République Ibrahim Boubacar Keita est d’accord. L’aboutissement des négociations doit se faire à Bamako, ajoute Gerard Araud. « Le sort du Mali doit se régler à Bamako et l’accord final se fera à Bamako et seulement à Bamako», a- t-il souligné.

Les membres du Conseil de sécurité qui ont quitté notre pays dans la soirée ont appelé les acteurs de la crise à aller vers des pourparlers inclusifs dans les plus brefs délais. L’accompagnement des Nations-Unies ne fera pas défaut, ont-ils assuré dans un communiqué. Dans le même document, le Conseil constate « une volonté manifeste de la part de tous les acteurs maliens de trouver une solution durable à la crise récurrente dans notre pays et réitère son entière disponibilité pour soutenir les efforts des autorités ».

Les émissaires du Conseil de sécurité des Nations Unies ont « félicité les parties pour les avancées enregistrées dans la mise en œuvre de l’accord » en particulier les discussions qui ont abouti à des avancées concrètes : libération de sites, de quelques prisonniers, début du processus de cantonnement…

Le communiqué a néanmoins noté « un certain ralentissement dans le processus » même si les émissaires sont « encouragés du fait qu’il y ait une volonté d’aller de l’avant ». Exhortant les parties à entamer des discussions inclusives en vue d’une solution durable sans préalables, les 15 membres du Conseil ont souligné l’urgence « de lancer ces discussions dans les plus brefs délais et avec un calendrier précis ». Ce cadre politique, jugent-t-ils, est nécessaire pour consolider les acquis sécuritaires ; pour stimuler le processus de cantonnement et enfin aboutir à un véritable processus de DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion).

« Nous devons rester vigilants, surtout dans un contexte de défis asymétriques. L’absence d’un cadre politique inclusif risque d’être exploitée par des « fauteurs de trouble » ajoute le communiqué dans lequel le Conseil de sécurité encourage le gouvernement à « continuer à déployer l’administration particulièrement au nord, afin de rétablir les services sociaux de base ».

A. M. CISSE

L’Essor du 5 Février 2014