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Diango Cissoko aura gagné son pari en tant que Premier ministre de la transition. Vaille que vaille, grâce aux appuis militaires de pays amis européens, américains et africains, l’intégrité du territoire national est acquise, sous réserve de l’instauration d’un exercice quotidien de la souveraineté malienne sur sa totalité. A la faveur d’un accord de paix rondement négocié entre le gouvernement malien et les groupes armés, l’élection présidentielle pluraliste a permis de doter le pays d’un Président investi d’une ample légitimité populaire. Diango Cissoko pourra sortir par la grande porte, laissant l’épineuse question de la crise du nord à son successeur que le Président IBK ne tardera pas à dévoiler. Le nouvel élu et seul Capitaine du bateau Mali ne dispose que de deux mois (60 jours selon l’accord préliminaire de paix signé à Ouagadougou le 18 juin 2013, sous la conduite de l’émissaire du président, Tiébilé Dramé) pour ouvrir les pourparlers inclusifs de paix. Ainsi l’élection présidentielle venant dans la feuille de route de la transition, comme la seconde mission confiée au gouvernement de Diango Cissoko, est devenue par la force des choses une essence pour le parachèvement de la première mission, en l’occurrence, la reconquête de l’intégrité territoriale.

Des moments forts et critiques de cette transition ont été marqués par les soubresauts d’un retour nécessaire à l’ordre constitutionnel, après le coup d’Etat du 22 mars 2012, à l’origine de cette transition. L’histoire retiendra que le respect de l’ordre constitutionnel est demeuré une quête perpétuelle de la transition, les militaires ayant continué à jouer dans le système, des rôles politiques, frisant l’étouffement de la diversité des opinions et la liberté d’expression. Aussi la réelle soumission de l’autorité militaire au pouvoir civil n’a pu être apparente qu’après la signature de « l’accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix ». Ainsi lorsqu’il a été question de retour des militaires maliens à Kidal, l’armée s’est montrée totalement favorable à cette décision politique, dans le processus de laquelle elle avait été du reste associée. Le ministre de la défense et des Anciens Combattants, le Général Yamoussa Camara indiquait clairement à cet effet que l’armée restait derrière le pouvoir civil et se conformait aux ordres des autorités civiles. Le gouvernement de la transition venait de faire un pas de géant dans ce domaine, après d’énormes efforts de réconciliation entre les différents corps de l’armée dont les bérets rouges et les bérets verts. L’abrogation du décret portant nomination du Capitaine Amadou Aya Sanogo en qualité de Président du Comité militaire de Suivi de la Réforme des Forces de Défense et de Sécurité, deux mois après sa demande de pardon pour avoir perpétré un coup d’Etat, en dit long sur le progrès réalisé par la transition dans le retour à l’ordre constitutionnel.

Le nerfs de la guerre

Un autre pas de géant des autorités de la transition a été confirmé à la conférence de pays donateurs, le mercredi 15 mai à Bruxelles pour aider le Mali à relancer son économie et ses institutions après la guerre. Notre pays aura recueilli quelque 3,25 milliards d’euros dont les décaissements ont commencé à renflouer les caisses de l’Etat avec près de 60 milliards de FCFA de l’Union européenne, tombés dans les caisses du trésor public. Ce début de semaine, le ministre des Finances Abdel Karim Konaté disait sa satisfaction à la presse. Pas de problème de liquidité, tous les mandats de 2012 ont été payés et ceux de 2013 sont en cours de traitement. Le compte BDM de l’effort de guerre affiche 3,025 milliards de FCFA, sans compter 1,5 milliard donné par les miniers qui souhaitent que leur aide aille aux actions humanitaires et non à l’action militaire. Aucune dépense n’a été effectuée sur ces fonds, indiquait le ministre des Finances.

Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, recevant le jeudi 29 août, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Mali, Bert Koenders, chef de la Mission de stabilisation au Mali (MINUSMA), le point sur les avancées politiques au Mali, en particulier le processus de dialogue et de réconciliation qui doit s’engager conformément à l’accord de Ouagadougou, était au centre de leur préoccupation. Ils ont discuté des enjeux du développement au Mali, qui restent très importants pour que la population malienne puisse bénéficier rapidement de progrès concrets de ses conditions de vie.

L’après transition déjà

Des projections dans l’après transition ? La classe politique malienne ne s’en prive pas, fermant déjà la parenthèse de cette période enrichissante d’expériences. En témoigne cette envolée d’un homme politique malien lors de la dernière rencontre avec le ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de l’Aménagement du territoire, Moussa Sinko Coulibaly : « Il nous faudra donc du temps pour résoudre ces problèmes, qui ne relèvent plus d’une équipe de Transition empêtrée dans des histoires de marchés et autres. Vous avez assez fait. Laissez nous avec notre nouveau Président, c’est à lui de prendre les dispositions idoines pour une bonne organisation de ces législatives », soulignait Djiguiba Kéita PPR, secrétaire général du Parena.

B. Daou

Le Républicain du 30 Août 2013