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Résume

Dans ma société malienne, traditionnellement, l’adoption des enfants était une richesse. Aujourd’hui, elle devient un fardeau et la plupart des enfants adoptés en payent le prix. Moi, j’ai vécue trois adoptions. L’une d’entre elles est un épisode inoubliable de ma vie et détermine mes choix. Avec ma caméra, je questionne l’adoption traditionnelle tout en partageant ma douleur et mes espoirs avec d’autres Walidenw.


Note de la réalisatrice

Quand j’arrivais dans le cinéma en 2006, c’était juste par curiosité. J’ai d’abord fais deux résidences d’écriture cinématographique avec le réseau Africadoc qui organise dans presque toute la sous région, des résidences d’écriture en documentaire. Ensuite, en 2008 je suis allée à Saint Louis du Sénégal pour un Master2 en réalisation de documentaire de création.

Et je me suis rendue compte que le cinéma est un moyen d’expression extraordinaire qui dépasse les cultures, les couleurs et accessible à toutes les couches sans exclusion.

Aussi, au Mali, nous sommes beaucoup plus dans les représentations, les symboles et je me rends compte qu’avec le cinéma surtout documentaire, je peux parler des réalités qui m’entourent, de ma société tout en respectant ses valeurs.

Pour un premier film, je ne suis pas allé loin, j’ai fouillé en moi et trouvé ce qui m’habitait depuis longtemps et qui pouvait aussi concerner toute la société malienne.
C’est alors que j’ai choisie de traiter de l’adoption traditionnelle des enfants, plus précisément des maltraitances dont beaucoup d’enfants adoptés sont victimes.

’Waliden, enfant d’autrui de 52 mn finalisé en février 2009, révèle avant tout un cinéma du réel et par conséquent il n’est que le reflet d’un aspect de l’adoption traditionnelle telle qu’elle est perçue et pratiquée aujourd’hui au Mali, je ne filme qu’à partir de mon questionnement et mon regard personnel.

D’abord le titre ’’Waliden’’ est suggestif et incitatif. En le décomposant, le préfixe WALI joint à toute chose signifie ’’qui appartient a l’autre’’, et DEN signifie ‘’enfant’’. Le concept Waliden est plus souvent employé non seulement pour parler de l’enfant de l’autre mais avec une affection intérieure exprimant la pitié, la compassion.

Au niveau cinématographique, mon intention de départ était de faire un film sur l’adoption traditionnelle des enfants sans pour autant faire de jugement.
Malgré, je suis directement concernée par la question, je crois avoir réussi prendre la bonne distance. Je filme avant tout, la parole qui dit comment l’adoption traditionnelle peut jouer sur l’enfance et même sur toute la vie.

Car, comme le dit un proverbe malien «quand on fait quelque chose à un mourant, il meurt avec, mais quand on le fait à un enfant, il grandit avec». Pour dire que ces personnes qui ont été à un moment où à un autre de leur enfance maltraitées par leurs parents adoptifs, portent presque toute leur vie des séquelles.

Ce qui me semble aussi nécessaire et important à souligner, c’est la façon dont deux lieux du film (ville et campagne) se confrontent, dialoguent ou s’interpellent sur la question de l’adoption traditionnelle pour montrer le changement qui s’opère au Mali.

Le décalage entre ces deux lieux se sent dans le rythme du filmage, les ambiances sonores, et les décors qui diffèrent selon qu’on soit en ville (Bamako) ou au village (N’Goa).

Le choix de narration avec la voix off est une manière de m’impliquer tout en restant distante. C’est donc ma voix off qui fait avancer le propos du film et fait le lien entre les différents personnages du film tout en racontant mon histoire à la première personne.

Le but du film est de parler d’un problème social qui concerne un grand nombre de gens sans m’exposer ni exposer mes personnages, sans critiquer la pratique de l’adoption ni la dévaloriser mais d’interpeller la conscience collective sur ce qui ne va pas dans l’adoption traditionnelle des enfants.

Pour ce qui est de la production, depuis à l’état embryonnaire, le film a été accompagné par une boite de production sénégalaise ’’Karoninka Production’’ qui par la suite a obtenu une coproduction avec une boite française ’’les Films d’un Jour’’. Ensemble, elles ont conjugué leurs efforts pour produire le film.

Comme toute œuvre, ce film s’est réalisé avec des difficultés mais du moment où j’ai pu surmonter ces difficultés, je remercie le bon Dieu.

Les conditions de production étaient très limitées. L’aide financière de la Coopération suisse au Mali, une aide qui est arrivée au bon moment, le CNCM qui m’a donné tout le matériel de tournage et le soutien financier du CNC de France, de l’OIF m’ont beaucoup servi pour réaliser ce film. Quant à l’ORTM, elle a été d’un soutien indispensable, du moment où il m’a accompagné depuis l’écriture jusqu’à ce moment de promotion.
La réalisatrice est la personne visible sinon la réalisation d’un film est d’abord un travail d’équipe.

Ainsi, mon équipe de tournage était composée de Yiriyé Sabo, un technicien de son malien, de Aldo Lee, un cameraman Sud Africain résidant en France et le montage a été assuré par Yaël Bitton, une Française. J’ai été assistée par Fabary Coly du Sénégal et par Aboubacar Gakou, un jeune scénariste, stagiaire au CNCM avec lequel j’ai fait une résidence d’écriture et beaucoup d’autres projets de cinéma.

Actuellement, le film est co-distribué par les Films d’un Jour et Karoninaka. Il est édité en DVD par les Editions L’Harmattan Vidéo. Il a déjà fait l’objet de diffusion dans des télévisions comme RTS par le biais de CFI qui a préacheté le film. TV Rennes35 en France et d’autres chaînes françaises locales également ont déjà diffusé le film, l’ORTM choisira le bon moment pour lui pour montrer le film certainement après la sortie officielle.

Le film est déjà déposé dans de nombreux festivals internationaux et j’ai l’espoir qu’il plaira au public.

Je remercie toutes les structures, les personnes, et les professionnels du cinéma qui m’ont soutenue car il y a des moments stagnants où l’on est quasiment à bout de souffle, c’est en ces moments que le soutien moral devient d’une importance indispensable dans ce métier.

11 MAI 2009