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L’ONG Oxfam vient de tirer la sonnette d’alarme : les agriculteurs africains sont écrasés par les subventions et les privatisations. En fait, ils font les frais d’une part, des subventions accordées aux producteurs occidentaux par leurs gouvernements, et d’autre part des programmes de privatisation préconisés par les donateurs comme la Banque mondiale.

Intervenant à la veille d’une conférence de haut niveau à l’organisation mondiale du commerce (OMC), cette alerte se présente comme du pain béni pour les agriculteurs africains, notamment ceux qui produisent le coton.

Dans un rapport d’Oxfam publié le 15 mars dernier, intitulé «Comment les agriculteurs sont exclus du marché du coton : le coût des réformes de la Banque mondiale au Mali», le processus de privatisation du secteur coton dans ce pays, et le nouveau mécanisme de fixation des prix, sont passés au crible.

On comprend aisément à partir de là, en quoi ce processus a précarisé davantage les conditions d’existence des producteurs maliens, les deuxièmes en Afrique subsaharienne après les Burkinabè. Le taux de pauvreté sera ainsi accru de 5%. «Les trois millions de producteurs de coton du Mali ont été écrasés par le coton américain subventionné et ils doivent maintenant s’inquiéter des politiques de privatisation de la Banque mondiale», a déclaré Céline Charveriat, responsable de la campagne Make Trade Fair d’Oxfam.

La solution préconisée par Oxfam passe par la mise sur pied d’un fonds de soutien, qui est appelé à agir comme un mécanisme de stabilisation des prix. Il peut permettre de protéger les producteurs en les aidant à mieux gérer les risques.

Au bout, la sécurité alimentaire, le développement rural, la santé et l’édu-cation seraient améliorer. Il y a ici un plaidoyer pour mettre fin à la discrimination dont sont victimes les producteurs de coton africains, qui non, seulement ne bénéficient pas des négociations internationales à l’OMC, mais aussi subissent les conséquences fâcheuses des subventions et du dumping américains.

Selon un communiqué d’Oxfam, qui rapporte les nouvelles analyses de l’écono-miste Daniel Sumner, de l’Université Davis de Californie, entre 2000 et 2005, les producteurs de coton américains auraient perdu 663 dollars par are cultivé, soit près de 10 milliards de dollars au total, s’ils n’avaient pas bénéficié des paiements anticycliques et des prêts à la commercialisation.

Au lieu de pertes, les producteurs de coton américains ont engrangé un bénéfice moyen de 127 dollars par are, soit 1.44 milliards de dollars au total.

O.Keïta

30 mars 2007.