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Le voyage à Filamana des députés élus de la circonscription électorale de Yanfolila a été l’occasion, pour ces derniers, de s’exprimer sur un dossier délicat : celui de la protection de la forêt classée de Filamana.

En visite de courtoisie à Filamana, le 23 mars 2008, les députés de la circonscription électorale de Yanfolila honorés par la présence de deux membres du gouvernement : Tiémoko Sangaré (Agriculture) et Ndiaye Bah (Artisanat et Tourisme) ont mis leur séjour à profit pour visiter la forêt classée de la localité.

Située à 355 km au sud de Bamako, la Commune rurale de Filamana dans la région de Sikasso, distante de 95 km de Yanfolila, chef-lieu de cercle, dispose de l’une des plus grandes forêts classées de l’Afrique de l’Ouest de par les arbres et les gibiers qui s’y trouvent.

Cependant, cette forêt de 57 500 hectares, qui a fait la fierté des Maliens en général et des populations de la Commune de Koussan en particulier, est sérieusement menacée à cause des assauts répétés des tronçonneuses et des chasseurs.

En visitant aujourd’hui le couvert végétal, l’on ne peut avoir qu’un sentiment de frustration : des arbres centenaires sont abattus, des espèces animales comme les gazelles, les kobs, les antilopes, les singes, les cynocéphales et les sangliers ont disparu.

A ce tableau sombre s’ajoutent les feux de brousse. « Nous avons hérité ce paradis terrestre de nos ancêtres. Et nous voulons le léguer à notre postérité. Il est inconcevable que la forêt classée de Filamana soit bradée par des gens sans foi, ni loi », nous confiait l’année dernière Souleymane Sidibé du projet des plantes aquatiques.

Ce cri de cœur semble aujourd’hui être entendu. L’honorable Yaya Sangaré a démontré dans son intervention comme lors de ses rencontres avec Tiémoko Sangaré et Ndiaye Bah son attachement à la protection de la forêt classée de Filamana.

Le projet a été jugé intéressant pour ne pas dire séduisant par les ministres. Aux termes de la visite, les deux membres du gouvernement se sont engagés à apporter leur concours pour sauver la forêt classée de Filamana.

Le ministre de l’Artisanat et du Tourisme a promis de se concerter avec ses collègues de l’Agriculture, de l’Environnement et de l’Assainissement afin de prendre des dispositions relatives à la délimitation et à la clôture du couvert végétal, à la construction de campements, à la réalisation de pistes touristiques. En somme, tout ce qu’il faut pour ériger la forêt classée de Filamana en parc zoologique. Ce qui est l’un des vœux chers aux Filamanais.

En avril 2007, les représentants des 16 villages qui forment la Commune de Filamana et les représentants de l’Association pour le développement de la Commune de Koussan (ADC-Koussan) à Bamako, Sikasso et à Yanfolila se sont concertés à Filamana sur ce dossier.

« La rencontre visait à tirer la sonnette d’alarme pour mettre le holà à ce qui se passe. Mais aussi amener les populations à prendre conscience du danger qui plane sur la faune et la flore de la localité afin que chacun puisse jouer sa partition pour sauvegarder la forêt classée », disait Yaya Sangaré, personne ressource de l’ADC.

Il est établi qu’au Mali, la seule localité qui puisse organiser l’éco-tourisme demeure Filamana. « Nul n’ignore que le désert a fini de consumer près de 3/4 du territoire national et si l’on ne prend garde, la porte du désert s’ouvrira bientôt à Filamana », avertissait Lamine Sangaré, membre de l’ADC-Koussan.

Les recommandations de la rencontre d’avril 2007 sur la forêt classée de Filamana ont trait à la construction de 10 campements, de 100 miradors, le surcreusement de 200 mares, la réalisation par le ministère de l’Artisanat et du Tourisme de 500 km de piste touristique, la délimitation et la clôture de la forêt par les autorités compétentes.

Une fois la forêt revalorisée, elle pourrait mobiliser 100 000 visiteurs et générer une centaine d’emplois permanents.

Mohamed Daou

(envoyé spécial)

02 avril 2008.