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A cause des assauts répétés des tronçonneuses et des chasseurs, la forêt classée de Filamana (cercle de Yanfolila) est en train de disparaître.

Située à 350 km au sud de Bamako, la Commune rurale de Filamana dans la région de Sikasso et distante de 95 km de Yanfolila, chef-lieu de cercle, dispose de l’une des plus grandes forêts classées de l’Afrique de l’Ouest de part les arbres et les gibiers qui s’y trouvent.

Seulement voilà : cette forêt classée de 557 000 hectares, qui a fait la fierté des Maliens en général et des populations de la Commune de Koussan en particulier, est plus que jamais menacée dans son existence du fait de l’action des tronçonneuses et des chasseurs qui font aujourd’hui la loi au vu et au su de tout le monde.

En visitant aujourd’hui le couvert végétal, l’on ne peut avoir qu’un pincement au cœur. Les arbres centenaires sont abattus. Pis, plusieurs espèces animales ont disparu comme les gazelles, les kobs, les antilopes, les singes, les cynocéphales et même les sangliers.

A cette liste se greffent les feux de brousse. Qu’il s’agisse des coupeurs de bois ou des chasseurs, ils sont tous munis de permis de chasse ou de coupe de bois dûment signés à Bamako, Sikasso et ailleurs pour venir décimer la forêt classée de Filamana avec des machines et des fusils de portée d’un kilomètre. Le hic, c’est que la Commune ne tire aucun profit.

Mais, mieux vaut tard que jamais, dit-on. Les représentants des 16 villages qui forment la Commune rurale de Filamana, les représentants de l’Association pour le développement de la Commune de Koussan (ADC-Koussan) à Bamako, Sikasso et à Yanfolila se sont fixés rendez-vous le 8 avril dernier à Filamana pour parler de la protection de l’environnement et de l’éducation.

Un vivier à préserver

A en croire Yaya Sangaré, personne ressource de l’ADC, « la rencontre visait à tirer la sonnette d’alarme pour mettre le holà sur ce qui se passe. Mais aussi amener les populations de Filamana à prendre conscience du danger qui plane sur la faune et la flore de la localité afin que chacun puisse jouer sa partition pour la sauvegarde de la forêt classée ».

Nul n’ignore que le désert a fini de consumer près des 3/4 du territoire national et si l’on ne prend garde, la porte du désert s’ouvrira bientôt à Filamana. « Nous avons hérité ce paradis terrestre de nos ancêtres. Et nous voulons le léguer à notre postérité. Il est inconcevable que la forêt classée de Filamana soit bradée par des gens sans morale, ni foi », s’est indigné Souleymane Sidibé du Projet des plantes aquatiques.

Il est établi qu’au Mali, la seule localité qui puisse organiser l’éco-tourisme demeure la Commune de Filamana qui attire présentement bon nombre de touristes. Ce qui aurait des retombées positives sur la Commune. Ce qui fera dire à Issa Camara, directeur régional de l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho) de Koulikoro que « si l’on mettait en valeur la forêt classée de Filamana, elle pourrait mobiliser 100 000 visiteurs et générer 120 emplois permanents ».

A la fin des travaux, d’importantes recommandations ont été adoptées. Il s’agit de la construction de 10 campements dans la forêt classée, de 100 miradors, le surcreusement de 200 mares, la réalisation dans la Commune par le ministère de l’Artisanat et du Tourisme de 500 km de piste touristique.

De plus, les participants ont recommandé la vérification systématique de tous les permis de coupe et de chasse, l’implication de la population dans la gestion de la forêt, la multiplication du nombre des agents des eaux et forêts, la délimitation et la clôture de la forêt par les autorités compétentes.

Mohamed Daou
(envoyé spécial)

11 avril 2007.