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Il a fallu que le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales Kafougouna Koné tape du point sur la table : «La DGE est sans cesse confrontée à des blocages … Chaque année nous sommes obligés de passer un marché de gré à gré avec Tata-groupe informatique pour qu’il puisse insérer ces listes … cela devient de la mer à boire pour l’État.

Si la DGE n’arrive pas à exploiter le fichier électoral pour la simple raison que Tata se trouve absent du Mali au moment des élections, le pays serait inévitablement pris en otage. Ce qui n’est pas acceptable». Depuis cette sortie mémorable du ministre Kafougouna Koné, lors d’une interview accordée à un confrère de la place, rien n’a plus été comme avant.

Tata groupe informatique est accusé d’avoir conçu le logiciel du fichier électoral en y programmant des verrous qui empêchent la DGE d’effectuer des travaux lui revenant de droit. Le problème est que ces agents de l’État ne peuvent pas exploiter le logiciel sans passer par cette société à laquelle l’État a déboursé près de 5 milliards pour la conception du même logiciel.

Pour des besoins de mise à jour du fichier électoral, chaque fois que des travaux doivent être effectués, Tata groupe obtient de l’État, la signature d’un marché de gré à gré coûtant chaque année des centaines de millions pour l’État malien.

Pour sortir du cercle vicieux, la DGE avait demandé la refonte du fichier électoral si la société ne veut pas montrer le secret de ses verrous. Mais pour celle-ci, les verrous en question sont des codes-sources relevant de sa propriété intellectuelle.

Un marché a été lancé visant à trouver sur place quelqu’un d’autre pour faire un logiciel qui sera ouvert pour l’exploitation. Tata a soumissionné ainsi que trois autres sociétés. Tata était le plus disant avec près de 1 milliard de francs Cfa.

Les autres étaient autour de 350 millions de francs Cfa. Le contexte et les raisons mêmes de ce marché faisaient que Tata groupe ne devait pas être en bonne posture dans cette course. Compte tenu des blocages cycliques que cette société inflige à la DGE pour l’exploitation du fichier électoral.

Ainsi Tata-groupe a-t-il senti qu’il n’aura peut-être pas le marché qu’il s’est précipité chez le Premier ministre pour lui brandir l’épouvantail en lui faisant croire que les sociétés qui étaient sur le point d’avoir le marché ne pourront jamais l’exécuter comme il faut.

Faut-il comprendre que Tata groupe a voulu faire croire qu’en dehors de lui il n’existe pas d’autres compétences à mesure de concevoir un logiciel ? Le Premier ministre effrayé a estimé qu’à partir du moment où Tata pense qu’avec ce qui est proposé par les autres soumissionnaires, personne ne pourrait faire le travail, mieux valait alors ne pas prendre de risque.

Compte tenu de cette prise de position du Premier ministre le marché de refonte du fichier a été annulé. Mais la mise à jour du fichier électoral demeurait une obligation.

Un marché a été lancé à cet effet. Dans ses notes techniques, la DGE a demandé à ce que celui qui s’adjuge le marché, lui réserve la possibilité d’entrer dans son fichier.

Une manière pour la DGE d’amener Tata à déverrouiller le logiciel que l’État lui a fait faire en
2002 pour un comput de 5 milliards de nos francs. Pour ce marché de révision des listes électorales, Tata groupe était moins disant.

Mais il n’était pas prêt à souscrire à la condition de déverrouillage.
Autrement dit, la société ne voulait pas permettre à la DGE d’entrer dans son fichier.

Ce refus de la société avait amener l’Administration à vouloir acheter le programme-source. Selon le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, Kafougouna Koné, «... Tata m’avait parlé de 1,2 milliards de francs Cfa s’il devait nous vendre son programme-source. J’ai décliné son offre, pour la simple raison que je ne pouvais pas saisir le gouvernement d’une requête de 1,2 milliard pour ce dossier encore qui a déjà coûté la bagatelle de 5 milliards à l’État malien. Ce n’est pas possible.  »

Après l’annulation de la refonte, la Direction générale du marché public a donné son avis concernant le marché de mise à jour du fichier. Pour lui, la DGE doit négocier avec Tata groupe parce que chaque année celui-ci fait le travail de mise à jour par le marché de gré à gré.

Faut-il pour autant rester dans ce cercle vicieux ? Kafougouna Koné dit non ! Chaque année un marché pour Tata, c’est inacceptable. Dès lors les choses ont changé.

Sortir des sentiers battus

Les plus hauts responsables de l’État garants de la souveraineté nationale ont pris leur responsabilité. Selon des personnes que nous avons rencontrées et qui sont directement impliquées dans la gestion du fichier électoral, «ni Tata groupe ni aucune société informatique ne constitue plus un obstacle à la gestion autonome du fichier par la Délégation générale aux élections».

Pour s’en convaincre, l’élection législative partielle devant se dérouler à Sikasso pour pourvoir le siège vacant d’une député décédée devra fournir la preuve. En clair, la refonte du fichier est bel et bien en cours.

Et selon un expert qui a la main à la pâte, «la confection du fichier électoral est maîtrisée, les délais aussi. Bientôt vous aurez votre nouvelle carte électorale …», nous affirme t-il à l’aise.

Aujourd’hui, la bibliothèque nationale qui loge le fichier électoral est le théâtre de cette grande mutation qui voit les gouvernants prendre leurs responsabilités face à une situation incertaine.

Il s’agit de contourner les blocages-verrouillages de Tata-groupe en réalisant un nouveau logiciel. Cette autonomie de gestion commence par la confection des listes de Sikasso qui est déjà en cours pour les élections à venir.

Ce n’est donc plus qu’une question de jour pour que la configuration des bureaux de vote de cette localité soit dégagée. A cet effet la DGE prépare des consultations avec les autorités administratives et locales de Sikasso.

«C’est un logiciel bien performant qui est en cours d’élaboration avec les compétences étatiques à travers la DGE», nous a-t-on affirmé. Des compétences sont venues de divers services, notamment des Banques pour faire de ce rêve une réalité.

Après le test sur les électeurs de Sikasso, le processus sera immédiatement étendu aux autres localités du pays. Pour moins de 100 millions, les travaux en cours comportent l’élaboration d’un guide de procédure pour une bonne gestion du fichier par la DGE en toute autonomie.

Désormais sans dépendre de quelqu’un, la DGE va être à mesure de mettre à jour le fichier en insérant dans les listes électorales les tableaux d’inscriptions (jeunes ayant atteint la majorité électorale de 18 ans) et les tableaux de radiation (ceux qui ne peuvent pas voter parce que décédés ou frappés par certaines mesures judiciaires).

La répartition des électeurs au niveau des bureaux de vote, et la personnalisation des cartes d’électeurs ne constituent plus un casse-tête pour la DGE. Selon notre interlocuteur, «le dossier Tata groupe est clos, plus de souci pour le fichier électoral».

Boukary Daou

Un travail sous haute surveillance

Bibliothèque nationale : c’est là que se déroule actuellement tout le travail d’élaboration du logiciel du fichier électoral. Les diverses compétences en provenance de plusieurs structures étatiques sont à la tâche pour relever ce qu’est désormais un défi pour la DGE.

Mardi 30 août et hier mercredi, nous nous sommes rendus sur place avec l’intention de voir le déroulement de l’immense travail confié à ces agents et éventuellement prendre des images. Peine perdue, nous n’avons pas été autorisé à accéder à la salle.

Car l’endroit est placé sous haute surveillance. En effet des hommes en tenue, courtois mais rigoureux veillent sur les lieux. Nous avons été gentiment mais fermement éconduit. Cependant, notre insistance nous a conduit dans le bureau d’un colonel qui est le grand chef des lieux. Cet officier, très courtois, nous a cependant indiqué qu’il n’a reçu aucune instruction pour nous laisser prendre des photos.

1er septembre 2005.