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La délégation générale aux élections a présenté le week-end dernier aux partis politiques et à la presse, le fichier électoral des élections communales du 26 avril prochain.

Notre fichier électoral, de part le processus de sa conception, est une référence dans la sous région. Cependant, il comporte des lacunes, qui sont sources d’inquiétudes. Le délégué général aux Elections, Col Siaka Sangaré, a l’habitude de dire que si l’on ne fait pas attention « les morts risqueront d’élire un jour les vivants ».

En réalité, le fichier électoral du Mali comporte sans doute des anomalies qui faussent tous les calculs au cours d’une élection. Le fichier électoral est l’ensemble des listes électorales, enrichi par des informations relatives aux bureaux de votes et aux cartes électorales.

Après l’exposé du Délégué général aux Elections sur le fichier électoral de 2009, presque la quasi-totalité des représentants des partis politiques présents ont approuvé le travail remarquable de la DGE. Mais la qualité du fichier électoral de 2009 n’occulte pas le fait qu’il a en son sein des milliers électeurs fictifs, des électeurs décédés, des électeurs inscrits plusieurs fois.

Ceci est une réalité qui fait naturellement que notre fichier électoral, après 18 ans de démocratie, pose des problèmes à l’Etat malien. Ces anomalies augmentent considérablement le coût des élections, et fausse quasiment les données du taux de participation des populations aux différents scrutins. En 2007, le fichier électoral comportait plus de 5 millions d’électeurs contre près de 7 millions en 2009 pour une population d’un peu plus de 12 millions. C’est impensable.

Pour assainir le fichier électoral après les élections de 2007, la Délégation générale aux Elections a fait une étude (et non un rapport comme l’ont fait croire certains partis politiques) pour améliorer la qualité du fichier électoral. L’étude révèle toutes les observations soulignées plus haut, et fait des recommandations qui devraient être appliquées à la révision des listes électorales de fin 2008.

Les recommandations indiquent en substance que pour améliorer le fichier électoral, il faut, entre autre, radier provisoirement tous les noms figurant sur les cartes d’électeurs non retirées. Cela aura l’avantage de soustraire du fichier électoral tous les noms fictifs, les personnes décédées et celles inscrites plus d’une fois.

Le processus a fait son chemin. L’étude a été approuvée par le ministère de l’administration territoriale et des collectivités locales, qui a même fait une lettre circulaire pour son application.

Le département a aussi envoyé sur le terrain des équipes pour sensibiliser et faire comprendre la décision aux commissions administratives. Cela s’est passé avant la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Mais dès leur prise de fonction, les membres de la CENI ont été saisis par la DGE.

Au cours de leur rencontre avec la DGE, la nouvelle CENI à laquelle les recommandations de l’étude ont été présentées, n’a vu aucun obstacle à l’application des dites recommandations. Elle aurait même donné son feu vert. Mais le hic c’est que, le Délégué général aux Elections l’a même reconnu, la DGE a omis de rencontrer les partis politiques.

Et quand la CENI s’en est aperçu plus tard, il aurait demandé l’arrêt du processus d’amélioration de la qualité du fichier électoral où du moins l’arrêt de l’application des recommandations issues de l’étude de la DGE. C’est, certes, inadmissible de poser un acte concernant les élections sans associer les partis politiques. Mais il est aussi clair que l’amélioration de la qualité du fichier électoral n’est ni à l’avantage des seuls partis politiques, ni contre un quelconque parti politique.


Alors,
l’on s’est demandé si l’erreur de la DGE de ne pas associer les partis politiques à cette étude pouvait justifier le blocage de ce projet d’amélioration de la qualité du fichier électoral. Il n’y a pas de doute qu’un bon fichier électoral participe à l’organisation d’une élection transparente, gage d’une paix durable et de la stabilité. Un fichier électoral fiable est un outil de renforcement de la démocratie. Cet outil ne doit pas être « la chose » d’aucune institution, d’aucun groupe de pression, encore moins des partis politiques.

En tous les cas la fiabilité du fichier électoral, que réclament aujourd’hui certains partis politiques, ne serait pas possible tant que les morts vont continuer à avoir un droit de vote, tant que les gens pourront s’inscrire sans la présentation d’une fiche de radiation où retirer des cartes d’électeurs dont ils ne sont pas les titulaires. Le fichier électoral de 2009, malgré sa fiabilité, comporte malheureusement des lacunes à cause surtout d’une incompréhension entre la DGE et les partis politiques.

Après 2009, les regards seront vite tournés vers le RAVEC (Recensement administratif à vocation d’état civil) qui semble donné des assurances et des avantages pour améliorer le fichier électoral. Que cela soit avant 2012.


I. Maïga

06 Avril 2009