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La Saint-Sylvestre célébrée chaque année est entrée dans la culture des Maliens. Au départ, une fête chrétienne qui annonce l’avènement du nouvel an, elle est devenue si populaire qu’elle ne laisse pas bon nombre de nos compatriotes, pourtant pratiquant la réligion du Prophète Mahomet (PSL) indifférents. Si la Saint-Sylvestre est un moment de réjouissance, pour autant il y a lieu de faire attention à l’usage des pétards, aux accidents de la circulation et aux cas de trahison dont seront victimes les noceurs.

Après Noël le 25 décembre, les Maliens penseront à la Tabaski annoncée par certains pour le 30 décembre prochain. Cette fête préoccupe généralement les chefs de familles, eux qui doivent se procurer un bélier à immoler en souvenir du sacrifice d’Abraham. Bien qu’on dise que ce sacrifice n’est pas obligatoire, si on n’a pas les moyens, au Mali, et particulièrement à Bamako, avoir un bélier est devenu un défi à relever. Il ne s’agit plus d’avoir un bélier, mais celui qu’on achète doit faire l’objet de commentaires de la part des voisins. C’est pourquoi gare à un chef de famille qui amène un mouton qui ne vaut pas celui du voisin colocataire. Où est donc la foi?

Pendant que des chefs de familles se préoccupent de l’achat de bélier pour la Tabaski, des compatriotes pensent à la Saint Sylvestre prévue le 21 décembre. Pour réussir une bonne fête, malgré les difficultés financières du moment, les préparatifs vont bon train, notamment à Bamako. Certains se battent pour achèter de nouveaux habits pour des sorties qu’ils voudraient inoubliables. D’autres cotisent pour préparer des plats, parce qu’ils recevront des amis, des collaborateurs de service et autres invités de marque. D’autres encore préféreront se contenter des promenades nocturnes à moto, en voiture à travers la ville pour célébrer leur fête. Malgré l’extrême pauvreté, chacun voudrait passer une bonne fête.

Néanmoins, si la Saint-Sylvestre est devenue une fête populaire qui intéresse tous les âges et les sexes, il n’en demeure pas moins que sa célébration est de plus en plus endeuillée. Les accidents de circulation sont fréquents, soldés parfois par des carnages. C’est pourquoi certains terminent leur fête dans une morgue ou à l’urgence d’un des centres hospitaliers de la ville. Parmi les raisons de ces accidents, on peut citer la conduite d’engins en état d’ébriété, la méconnaissance du code de la route, des chauffeurs qui ne possèdent pas de permis de conduire.

Sans compter également des parents qui ont donné des motos “Jakarta” à leurs enfants en guise de cadeaux. Malheureusement, certains d’entre eux seront obligés de passer dans une morgue, le 1er janvier, pour recupérer le corps de leurs enfants morts dans des accidents de la circulation la nuit. Soit, parce qu’ils ont été renversés par des automobilistes, soit pour n’avoir pu maîtriser leurs engins à deux roues qui roulent vite. Que dire donc si le cadeau devient engin de la mort?

Dans la plupart des cas, des parents sont responsables de ces accidents eux qui mettent leurs voitures à la disposition de leurs enfants, sachant qu’ils ne savent pas conduire, qu’ils n’ont pas de permis. Or, l’objectif de tout le monde (parents et autorités) doit être l’objectif zéro accident la nuit du 31 décembre 2006 qui suivra la tabaski. Il le faut quand on sait que le pays a été si endeuillé cette année par des accidents sur nos routes que le président de la République a été obligé de rompre le silence et d’interpeller les autorités chargées de la sécurité routière.

Par ailleurs, en ce qui concerne les frasques des noceurs, il y en aura la nuit du 31 décembre prochain, car certains se verront plaqués par leurs petites amies à qui ils ont pourtant tout acheté. Puisque dans la plupart des cas, celui qui n’a rien payé sera préféré à l’autre qui a tout payé (tresses, habillement, chaussures…) pour la sortie. Et généralement le jeune plaqué n’hésite pas à reprendre tous ses cadeaux à la copine qui s’expose à une humiliation si celui avec qui elle est sortie ne remboursait pas.

Qu’à cela ne tienne, l’un des défis à relever également reste les incendies à éviter. Cela est d’autant plus nécessaire que l’expérience a prouvé que l’usage des pétards a toujours posé problème. Chacun se souvient de l’incendie de l’espace culturel « Yanga ». Or, avec les enfants qui s’en mêlent, il est à craindre des accidents avant ou pendant la nuit du 31 décembre. Si les pétards pétaient à minuit pour annoncer l’avènement du nouvel an et signer la mort de l’année qui s’achève, aujourd’hui, ils sont devenus des jouets pour enfants.

Du reste, ces pièces d’artifice sont de tous les prix et de toutes les qualités. On peut en trouver jusqu’à 1500Fcfa l’unité. Le hic, c’est que les enfants en font un usage abusif et désordonné. Comme c’est le cas actuellement aux Halles de Bamako où se tient la Rue Marchande. Il faut redouter des cas d’incendie, les dégâts seront énormes eu égard au fait que les stands ne sont pas distants les uns des autres.

Parfois, ils les lancent pour effrayer des passants, voire de vieilles personnes qui se rendent à la mosquée. Un pétard allumé peut tomber dans la corbeille d’une ménagère sur la route du marché ou entre les jambes d’un passant qui paniquerait parce qu’il ne s’y attendait pas. Comme pour dire qu’en plus de l’incendie, le pétard peut provoquer une crise cardiaque chez certaines personnes surprises par le bruit de sa déflagration.

Là aussi, les parents doivent être interpellés, eux qui donnent de l’argent à leurs enfants pour l’achat des pétards. Leur responsabilité serait engagée si l’utilisation d’un pétard occasionnait un accident, voire un incendie chez un voisin. Il apparaît nécessaire que les parents prennent des dispositions pour contrôler leurs enfants pour qu’il n’y ait pas de dégâts suite à l’usage intempestif et désordonné des pétards par ceux-ci. Tous doivent se donner la main pour que sa célébration ne cause pas de tort à autrui. Il y va de l’implication de toutes et de tous.

Dans tous les cas, pour parer à toutes les éventualités, le gouvernement béninois a pris l’année dernière une décision interdisant l’importation, la commercialisation et l’usage des pétards sur toute l’étendue du pays. Les parents qui en donneraient à leurs enfants s’exposeraient à des sanctions, tout comme le commerçant qui serait à la base de l’introduction des pétards sur le territoire.

Quand est-ce que le Mali fera comme ce pays, si l’on sait que l’utilisation des pétards est dangereuse?

Oumar SIDIBE

22 décembre 2006.