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web-44.jpgLes préparatifs de la fête, un événement majeur pour toute la population, musulmane ou non, vont bon train. La fête signifie, évidemment, des dépenses pour se faire beau, pour bien manger, pour faire plaisir aux enfants, pour partager avec les parents. Les marchés, les salons de beauté, les ateliers de couture baignent dans la fièvre de la proximité de la fête et sont pris d’assaut par une foule, en majorité féminine.

Mais la frénésie des préparatifs ne rime pas forcément avec de gros achats. « Cette année, c’est tout sauf un marché« , résume d’une voix terne un vendeur d’habits. La mévente, suppose-t-il, tient à la coïncidence de la fête avec la rentrée scolaire. Nombre de personnes, parents d’élèves doivent se plier en quatre pour faire face à l’avalanche de dépenses « obligatoires« .

LE PLEIN DE COMMANDES

Bafing Coulibaly vend du prêt-à-porter. Son échoppe s’appuie contre le mur d’enceinte d’un service public en face de la Maison des artisans. Sa clientèle composée essentiellement de femmes et de jeunes filles, des étudiantes et des élèves, est peu nombreuse cette année. Lui aussi explique la morosité par la collision de la fête et de l’ouverture des classes. Bafing désespère de voir arriver des clients de l’intérieur, adeptes des achats en gros.

Fatoumata Berthé, elle, propose du bazin teint de moyenne qualité. Elle vend ses étoffes au coeur du Grand marché depuis 7 ans. Les prix qu’elle pratique varient entre 4000 et 9000 Fcfa. « En réalité le bazin est vendu à tout moment de l’année mais surtout durant le mois qui précède le carême. Ce mois est la période des mariages et les gens achètent le bazin pour ces événements« , explique-t-elle. Fatoumata a des relations d’affaires au Burkina et au Sénégal. Ces clients lancent, eux, leurs commandes principalement à l’occasion des deux principales fêtes musulmanes (l’Aïd El Fitr et l’Aïd El Kebir la « Grande fête »). Fatoumata explique également que 3 ou 4 jours, voire une semaine avant la fête, les achats du bazin se raréfient. Parce que les tailleurs qui ont déjà fait le plein de commandes, n’acceptent plus d’habits à coudre. A la veille de la fête, le marché appartient donc aux vendeurs de prêt-à-porter, fait-elle remarquer.

Mère de 3 enfants, Mariam n’entend pas multiplier les dépenses, seulement une semaine après les achats de la rentrée des classes. Elle explique que les vêtements et les coiffures de la reprise des classes, peuvent servir pour la fête. « Je ne suis pas prête à acheter quoi que ce soit, les achats de fournitures scolaires m’ont dépouillée« , renchérit Yoro Konaté, vendeur de moustiquaires et père de famille.

Dramane Traoré, lui, a une toute autre explication du fait que les acheteurs ne dévalisent pas les échoppes d’habits. Il met en cause les dégâts causés par les inondations durant l’hivernage qui s’achève, en donnant l’exemple de son village natal. Il redoute les conséquences néfastes d’un arrêt précoce des pluies au moment où les cultures de céréales en ont le plus besoin. Entre les sollicitations des parents du village et la nécessité d’assurer la subsistance de la famille, il reste peu de place pour les emplettes à l’occasion de la fête. « Tout chef de famille a besoin d’assurer l’autosuffisance alimentaire qui est prioritaire« , souligne-t-il dans un vocabulaire très « officiel » et en insistant sur la conjoncture difficile actuelle.

Issa qui vend des chaussures, confirme combien les temps sont durs. Il jure qu’il a de la peine, en ce moment, à réunir une recette journalière de 10.000 Fcfa. Une situation inhabituelle pour quelqu’un qui empochait ses 80.000 Fcfa quotidiens à l’approche des fêtes.

« MESURES D’URGENCE »

« Efficace beauté » est l’un des hauts lieux de la coquetterie dans la capitale. Bouya Fadiga, l’un des gérants de cette boutique de cosmétiques, explique que, traditionnellement, à l’approche des fêtes, il emploie pas moins de 9 personnes pour faire face à l’affluence des clientes. Les préposés à la vente sont 5 en ce moment. Pourtant, souligne Bouya, la « Petite fête » occasionne d’ordinaire beaucoup d’achats car pour la fête de la Tabaski, présentée comme plus importante, les gens sont beaucoup plus préoccupés par l’achat du mouton.
Le commerçant oublie un moment ses soucis pour parler « boutique ». A l’approche des fêtes, relève-t-il, les produits les plus prisés sont les parfums. « Quand on s’habille bien, on aime être parfumé et sentir bon« , commente-t-il. Les produits éclaircissants et les défrisants marchent bien aussi, ajoute Bouya. A.S. s’apprête justement à acheter un défrisant pour les cheveux. Elle recourt à ce produit pour amoindrir ses frais car, explique-t-elle, elle doit acheter le complément des fournitures scolaires de ses enfants.

Même les coiffeuses se plaignent de la faible affluence. Tina, une coiffeuse d’origine ivoirienne, rapporte que d’habitude à une semaine de la fête, son équipe n’accepte jamais certains modèles comme le rasta, les tissages compliqués. Uniquement à cause du temps que ces modèles exigent. La coiffeuse « impose » alors à ses clientes les plaqués, les tissages simples, les gros grains qui sont, à la fois, rapides à exécuter et rentables. Cette année, aucune « mesures d’urgence » n’a été édictée car les clientes n’ont pas été nombreuses. « J’espère que le 31 décembre sera meilleur. Pour cette fête, on ne voit rien encore« , indique la coiffeuse avec une moue éloquente.

La galère n’est pas pour les tailleurs. Ils se frottent les mains, sont assaillis par les clients désireux d’enfiler du neuf le jour de la fête. Les ateliers de couture bruissent actuellement du cliquetis des machines et de la musique d’ambiance. Les tailleurs alignent les nuits blanches pour respecter les délais de livraison. Jusqu’à la fête de la Tabaski, nombre d’ateliers refusent les commances. La plupart des étoffes qui leur sont confiées est du bazin. Les clients qui veulent de la broderie de qualité supérieure, doivent apporter leur tissu à temps pour être satisfaits, explique le tailleur.

Hadeye TRAORE | Essor

11 octobre 2007