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Une étoffe de très grande qualité venue d’on ne sait où a inondé les marchés de la capitale. Elle s’arrache à un prix défiant toute concurrence.

jpg_ramadan-2.jpgUn tissu s’arrache au Grand marché de Bamako. Sa brillance est incontestable, il s’apparente fort au bazin riche, le mètre se vend à la relativement modique somme de 3000 Fcfa. Les Bamakois ont simplement baptisé le nouveau venu “ bazin de 3000 Fcfa ”. Il a miraculeusement fait son apparition sur les marchés de la capitale, voilà seulement 3 semaines. Et la nouvelle s’est répandue dans la ville comme une traînée de poudre. Depuis, le rush prend des allures de ruée vers l’or.

Au Grand marché de Bamako, l’affluence autour de cette étoffe ne se dément pas. Les étalagistes s’en sont abondamment approvisionnés. Les teinturières et les vendeuses de bazin déjà teint, même les vendeurs ambulants, n’ont pas voulu laisser passer cette aubaine. Nos teinturières ont ajouté leur touche à l’éclat de l’étoffe en y apposant différents motifs et couleurs. Dans la capitale, les commentaires vont bon train, chacun y ajoutant sa pincée de sel. Cependant, l’origine et la qualité de ce tissu suscitent beaucoup de questions sans réponse convaincante.

Qui est l’importateur ce tissu ? Ce bazin est-il vraiment riche ? Pourquoi est-il vendu à 3000 Fcfa le mètre alors que les produits analogues ou similaires coûtent sur le même marché entre 5000 et 6000 Fcfa le mètre ? Selon certains vendeurs que nous avons interrogés, la qualité de l’étoffe ne fait l’ombre d’aucun doute. Selon eux, le tissu aurait souffert de mévente contraignant l’importateur à le mettre en solde. Ils avancent le nom de certains barons du bazin comme Gagny Lah et Boubacar Yara comme maîtres d’œuvre de cette entreprise. Ces derniers se sont fendus, chacun de son côté, d’un communiqué radiophonique pour dénoncer tout lien avec ce bazin. Ce mystère a maintenu l’étoffe au centre d’une grosse polémique dans la capitale. D’un côté il y a ceux qui croient dur comme fer qu’il s’agit bel et bien de bazin riche.

De l’autre, les sceptiques soutiennent tout le contraire. Au stade actuel, il est impossible de connaître le vrai importateur du tissu. Oumar Diaby, étalagiste et vendeur de bazin au grand marché de Bamako, n’en a cure. “Riche ou pas riche, ce bazin s’écoule facilement. Je peux sans doute dire que c’est la révélation de ce mois de Ramadan. Personnellement je pense que c’est du vrai bazin riche, car il est plus brillant que le moins riche qui est vendu entre 2000 et 2500 Fcfa ”, explique ce jeune commerçant qui avoue tirer son épingle du jeu. De son point de vue, la vraie version de l’histoire est que l’importateur en question avait commandé du vrai bazin riche à une usine de l’étranger, malheureusement le bazin fabriqué par l’usine était de qualité un peu inférieure au vrai bazin riche (vendu entre 5000 à 6000 Fcfa). L’importateur ayant importé une grande quantité de ce tissu aurait décidé de solder le stock à 3000 Fcfa le mètre.

Mme Tenintao Tata Labita, une teinture à Kalabancoro, note que ce bazin a grandement soulagé les chefs de familles. “ Avec une bonne teinture, le tissu n’a rien à envier au bazin riche. Pour cette fête, j’ai reçu beaucoup de commandes du Sénégal et de Guinée pour ce tissu. Vous savez, le mois de Ramadan est dispendieux, c’est très difficile pour les chefs de familles de joindre les deux bouts. Mais ce bazin a été un soulagement dans nos familles. C’est également la bonne affaire pour nous teinturière ”, détaille-t-elle. Cependant, le bazin venu de Chine continue également de faire le bonheur des familles à faible bourse. Depuis quelques années, ce tissu s’est imposé sur le marché de l’habillement dans notre pays. Vendue à 1000 Fcfa le mètre, l’étoffe est très éclatante quand on la teint. Même elle s’éteint à la lessive. Néanmoins elle continue d’attirer les amoureux de bazin riche qui ne possèdent pas les moyens de leurs envies. À présent, l’angoisse s’est déplacée du côté des ateliers de couture. Là, le climat est particulièrement tendu.

On y croise des clientes qui menacent, d’autres qui râlent. Dans cette atmosphère de fête, le bazin n’est pas le seul centre d’intérêt de nos compatriotes. Chez les femmes, l’heure est aux préparatifs de l’incontournable repas copieux à présenter le jour de la fête. Pour la circonstance, les marchés de la place et même ceux des quartiers périphériques sont pris d’assaut. Des vendeurs de volailles (poulet, pintade) très prisées par les gourmets, aux commerçantes de légumes frais, en passant par les détaillantes d’épices, c’est la grande bousculade et les interminables marchandages. La volaille est très sollicitée en ce mois de jeûne. Le poulet frit ou rôti dans de nombreuses familles aisées entre immanquablement dans le menu du repas de rupture de jeûne ou du festin de fête. Les points de vente de volailles des différents marchés de la capitale sont investis par une clientèle de plus en plus exigeante.

Cédé, il y a deux mois entre 1250 à 1500 Fcfa, le poulet coûte aujourd’hui de 2750 à 3000 Fcfa, la pintade de 3000 à 3500 Fcfa. Et comme on peut s’en douter, ce mois finira comme il a commencé dans la ferveur, le zèle et la frénésie dépensière. Tout le monde est tourné vers les préparatifs de la fête et les spéculateurs savent que c’est le temps des bonnes affaires. Dans les jours qui suivront, ce sera le retour à la normale et la fin d’une saison faste. La vie reprendra son cours normal et nos spéculateurs se tourneront vers la grande affaire à venir : la rentrée des classes.

Doussou Djiré

L’Essor du 08 Septembre 2010.