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Laya Diarra, journaliste : «Si les politiques avaient pris leurs responsabilités, on n’en serait pas là»

A vrai dire, la célébration de la fête de l’indépendance intervient cette année dans des conditions qui ne sont pas du tout enviables. Parce que le pays traverse une crise sans précédent, avec l’occupation des trois régions du Nord et d’une partie de la région de Mopti. Ce problème du Nord découle d’une situation due au fait que toutes les rébellions ont été mal gérées par les autorités. Les questions que posent ces Islamistes n’étonnent pas les Maliens. Il faut se poser la question de savoir si ceux qui sont dans cette rébellion sont tous des Maliens. Je crois que la réponse est sans équivoque. Parce que, parmi les assaillants, il y a des Pakistanais, des Afghans, des gens qui viennent d’un peu partout.

Les rares Maliens qui y sont sont venus de Libye. Il y en a parmi eux qui ne connaissent même pas le Mali. Je crois que les Maliens commencent à désespérer des assurances données par le Capitaine Amadou Haya Sanogo après la chute du régime d’ATT, qu’on accuse même d’être complice de ces gens. Depuis six mois, le pays est coupé en deux. Les populations souffrent, à Bamako pratiquement rien ne bouge. Et les assaillants sont en train de se livrer aux pires exactions, avec des amputations, lapidations, viols, vols, toutes choses qui interpellent la conscience collective.

Aujourd’hui, les Maliens doivent se donner la main et s’entendre, les politiques particulièrement. Tout le problème c’est eux. Parce que, s’ils avaient pris leurs responsabilités, s’ils s’étaient mis ensemble, je crois qu’on n’en serait pas là.

Ibrahim Traoré, agent comptable : «Je crois que le temps est venu de passer aux actes»

On a beaucoup parlé. On a beaucoup entendu «le Mali est Un et Indivisible». Je crois que le temps est venu de passer aux actes. Il faut que le Président intérimaire, Dioncounda Traoré, et l’ensemble de nos autorités s’investissent pour que nos armes bloquées dans les ports de la sous-région puissent être livrées à notre armée, afin qu’elle puisse faire face à ses missions. A mon avis, ce n’est pas la peine de parler d’indépendance cette année. Le pays est sous occupation. Nous avons nos frères et nos sœurs qui souffrent, qui nous attendent. Donc, la priorité doit être de leur venir en aide.

Sibiri Mariko, juriste : «Cette année, il n’y a pas lieu de fêter le 22 septembre»

Ces derniers temps, le 22 septembre commence à perdre son sens. Cette année, il n’y a pas lieu de fêter l’indépendance du pays. Puisqu’il y a une bonne partie du territoire qui est occupée. Il serait inadmissible que fêtions dans ces conditions. Nous devons tous avoir une pensée pieuse pour les populations de ces régions du Nord, qui souffrent des pires exactions. L’engouement que nous avions, la joie que nous avions pour le 22 septembre, je pense que sincèrement l’anniversaire de notre indépendance ne suscite plus cet intérêt. S’agissant de la reconquête, c’est vrai, les autorités sont en train de faire beaucoup de choses, mais je crois qu’il faut aller plus vite.

Je profite de cette occasion pour leur demander de s’investir davantage pour la récupération des régions du Nord tombées dans les mains des groupes armés. Je demande aux occupants de cesser les exactions et de chercher à négocier avec les autorités maliennes, pour qu’on puisse sortir de cette situation qui n’a que trop duré.

Hamidou Sinayoko, garagiste : «L’ancienne classe politique a trahi l’armée»

Le Mali vie une situation inédite. Personne ne pouvait imaginer que notre pays pouvait tomber aussi bas. Pour moi, le Mali n’est plus indépendant depuis la chute de Ménaka, le 17 janvier 2012. Donc, on ne doit pas parler de fête anniversaire avant la reconquête de nos régions du Nord, tombées dans les mains des islamistes radicaux, qui ignorent même les principes de l’Islam. Il est vrai que notre armée a été trahie, régulièrement désarmée par des dirigeants véreux, en l’occurrence l’ancienne classe politique. Mais je crois qu’elle doit servir de fer de lance pour la reconquête.

Ceux qui s’agitent pour que les forces de la CEDEAO viennent au Mali, j’aimerais leur faire comprendre que toute solution de cette crise qui viendrait du Burkina Faso ou de la Côte d’Ivoire ne sera pas une solution durable, car Blaise n’a jamais aimé le Mali et tout laisse croire qu’il est de mèche avec les bandits. Faites un tour à Bobo Dioulasso ou à Ouagadougou, pour ceux qui connaissent les dirigeants du MNLA, vous vous rendrez compte de l’évidence.

Issaka Diarra, enseignant : «Le 22 septembre doit être l’occasion pour l’armée de passer à l’offensive»

Je suis pour le principe que le 22 septembre soit réécrit dans les annales de l’histoire malienne. Je pense que la date du 22 septembre doit être l’occasion pour notre armée de lancer une offensive généralisée pour libérer les régions du Nord, qui ont tant souffert et qui n’ont rien fait pour mériter cette situation. J’en appelle aux autorités maliennes. Il est grand temps de défendre notre devise, Un peuple, Un but, Une foi.

Le peuple malien a écouté les déclarations venant de divers horizons. Une fois de plus, je le dis, le peuple a besoin de cette victoire, tant attendue. Le Mali n’a pas besoin de l’intervention des forces de la CEDEAO pour reconquérir ses régions du Nord. Je compte beaucoup sur notre armée. On a toujours dit que c’est l’union qui fait la force. J’en veux pour preuve la récente victoire de l’Union Sportive de Bougouni en finale de la Coupe du Mali de football.

Propos recueillis par Yaya Samaké

25 Septembre 2012