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Fête de la musique: En sons, couleurs et lumières

Le samedi 21 Juin 2008, la Cité des trois caïmans (Bamako) a fêté sous toutes ses couleurs. L’icône du reggae, Seydou Koné, alias Alpha Blondy, est venu fêter ses 25 ans de carrière avec la population malienne.

Bamako a vibré au son de la musique reggae, avec une palette d’artistes locaux, avant l’arrivée de “Jagger”, comme l’appelle communément les fans de Alpha Blondy. Ainsi, Koko Dembélé, Aziz Wonder, et de nombreux artistes en herbe ont aussi ébloui par leurs prestations.

Aux environs de 23h30mn, c’est la montée sur scène du dieu de reggae africain et désormais mondial, Alpha Blondy qui a interprété quelques anciens titres, avant de terminer avec son tout dernier album : “Jah victory“. Les Bamakois n’auraient jamais rêvé, car la 25e édition de la musique correspond aux 25 ans de carrière de l’artiste.


La carrière d’Alpha Blondy

Premier fils d’une famille de neuf enfants, Seydou Koné naît à Dimbokro en 1953. Elevé par sa grand-mère, le petit garçon connaît des années heureuses : il porte le même prénom que le grand-père décédé; il est le “petit mari“ de l’aïeule qui le cajole. Elevé parmi des femmes âgées, il en apprend notamment de nombreuses expressions dioulas recherchées.

Une règle importe et marquera l’enfant pour toute sa vie : il faut “parler droit”, ne pas mentir, quelles que puissent en être les conséquences.

Alpha Blondy se met à répéter avec des musiciens ghanéens, au ghetto d’Adjamé, au Bracody-Bar. Désormais, il se fait appeler Alpha , un nom qu’il a ajouté à Blondy, en signe d’espoir d’une nouvelle vie, d’un commencement.

En 1981, Roger Fulgence Kassy lui propose de passer dans l’émission qu’il présente à la télévision ivoirienne : “Première chance“. Les deux hommes se connaissent de longue date. Adolescents, ils se retrouvaient en effet à Abidjan, pendant les grandes vacances, au quartier Ebrié, chacun chez son oncle (les deux oncles travaillaient à la Présidence). Ils ont passé le BEPC la même année.

Avant le départ de Alpha Blondy pour le Libéria, en 1973, c’est d’ailleurs ensemble qu’ils se présentent au concours d’entrée à la RTI. Roger Fulgence Kassy (dit RFK) réussit, et entre au studio-école de la télévision ivoirienne. Quand Blondy revient des Etats-Unis, Fulgence fait partie de l’équipe du Studio 302, dirigée par Georges Benson.

En 1981, Full (comme l’appelle Alpha) lui propose “Première chance“. Pour le chanteur qui a bientôt trente ans, c’est plutôt la dernière chance… Il interprète quatre chansons : “Christopher Colombus” de Burning Spear, et trois de ses compositions : “Bintou wèrè wèrè“, “Dounougna“ et “The end“. “Tu verras, demain, ta vie va changer”, avait prévenu Fulgence.

Effectivement, devant l’engouement suscité par le passage à la télévision, Georges Benson propose au chanteur de produire son premier album. Ce sera “Jah Glory”, qui sort fin 1982 début 1983. C’est un grand regret pour Seydou Koné de ne pouvoir partager sa joie avec sa grand-mère chérie.

Sur l’album figure un titre que Benson hésite à éditer : “Brigadier sabari“. La chanson, dont l’intitulé peut se traduire par la supplication “Pitié, Brigadier !“, dénonce les violences dont la police est coutumière. Le titre fait un tabac en Côte d’Ivoire et dans toute la région. Il accompagne, jusqu’aujourd’hui, la riche carrière d’Alpha Blondy, qui compte plus de quinze albums et un nombre incalculable de concerts.

Avec son groupe, le Solar System, l’artiste se produit en effet aux quatre coins de la planète, portant haut les couleurs de l’Afrique et de son pays, la Côte d’Ivoire. De “Jah Glory“ (sorti en Afrique en 1982) à “Merci“ (2002), la carrière d’Alpha compte quinze albums, dont deux “live” , sans compter les best of (ses meilleurs titres)… Son dernier album sorti en 2008 est intitulé “Jah victory“.

Amkoullel, un rappeur malien en auto-production

Grâce au son “Farafina“, AMKOULLEL a reçu le trophée du festival international des musiques du MALI (LE TAMANI) comme étant le meilleur rappeur malien de l’année 2007. Cet album “Waati séra“ est un mélange de hip hop et de ragga, enrobé d’une coloration mandingue, avec des instruments traditionnels tels que le ngoni et le tama de Yacouba Sissoko (petit-fils de l’illustre Banzoumana Sissoko).

Avec cet album “Waati séra“, Amkoullel parle d’une Afrique qui avance, qui lutte, qui se construit. Il est l’heure de travailler, de s’en sortir, dit-il, car nous en avons les moyens.

Il parle de l’aventure, de la vie d’immigré, et de l’amour, bien entendu. Son expérience des scènes européennes, aux côtés d’artistes de renommée internationale, lui ont permis de perfectionner son style, tout en gardant la touche malienne qu’il tient à conserver : ”La musique malienne est trop riche pour être négligée ou remplacée, et elle ne fait que s’enrichir au contact des autres tendances”, dit-il.

Cet album a déjà fait ses preuves en France, puisque Amkoullel a eu l’occasion de l’utiliser, lors de ses derniers concerts à Paris, avant son retour au pays. “Waati séra“ a conquis un public de tous âges et d’horizons très variés. Mais pour la sortie de l’album, il a tenu à venir le faire chez lui, au Mali.

En 1999, il forme, avec Alien D., le groupe Kuma Guerya (qui signifie guérilla verbale); et depuis 2004, Amkoullel fait partie du groupe de jazz de Cheik Tidiane Seck et a partagé la scène avec des artistes comme Keziah Jones, Manu Dibango, Habib Koité… Il a travaillé avec la quasi-totalité des rappeurs maliens…

Rappelons que l’année dernière, la fête de la musique s’est déroulée au CCF, avec la présence du jeune rappeur Amkoullel qui a eu le Tamani du meilleur rappeur de l’année 2007. Il fut aussi le premier à se lancer dans une carrière solo, au moment où personne n’y croyait, excepté lui même.

Le 1er groupe de rap malien fût les Sofas, avec King et feu Mister T. Notons enfin que le rap malien commence à se positionner positivement dans le milieu sous régional.


Hawa SEMEGA

Fête de la musique: Pourquoi l’édition de 2008 a été un fiasco


Tout le monde est unanime à reconnaître que. C’est pourquoi on fait toujours recours à eux lors des manifestations exceptionnelles ou d’envergure. Mais tel n’a pas été le cas pour la célébration de la Fête de la Musique, édition 2008, au Mali. Car, le samedi 21 Juin 2008, les artistes, et même la Presse, ont boudé l’évènement, et pour cause : déficit de sensibilisation des organisateurs sur l’évènement.


Cela fait quatre ou cinq années que la société BRAMALI organise la Fête de la Musique au Mali, le 21 Juin de chaque année, dans le souci de faire plaisir à la jeunesse et aux artistes maliens.

Pour la cause, ladite société a toujours associé la Presse pour la couverture médiatique de l’évènement, en informant et sensibilisant les populations avant le jour « J« . Mais tel n’a pas été le cas, cette année. C’est pourquoi, la Presse s’étant rétirée cette année, l’évènement est passé inaperçu : il a échappé à l’attention de bien des Maliens, puisqu’aucun journal ni aucune radio de la place n’ont parlé de l’évènement.

Pourtant, dans l’après-midi et la soirée du samedi dernier, partout dans le monde, la Fête de la Musique a eu lieu en sons, couleurs et lumières. Et des miliers de concerts ont été organisés. Mais sous nos cieux, côté artistique, bon nombre d’artistes ont boudé cette édition de 2008 parce qu’elle aurait été mal gérée.

Et pourquoi a-t-elle été mal gérée? “Parce que la société BRAMALI a donné le marché à Seydoni-Mali. Et si je ne me trompes pas, chaque année, pour l’organisation de la Fête de la Musique, Seydoni-Mali reçoit la somme de 20 millions de FCFA. Vous savez, les artistes ne reçoivent que des mièvres cachets; et le reste de l’argent, c’est pour eux mêmes. D’où la colère de bon nombre d’artistes et leur refus de prendre part à cette fête”, a déclaré un artiste de la place, très remonté.

Aussi, l’édition 2008 de la Fête de la Musique n’a connu aucun succès,d’où une affluence très morose, comparée à celles des années précédentes : l’organisation de cette fête avait drainé des foules autour de l’évènement.

Pour une bonne organisation de l’évènement, la société BRAMALI qui a l’habitude d’organiser cette fête au Mali- doit donc désormais prendre en compte cette question de mauvaise gestion de l’évènement par Seydoni-Mali. Peut-être qu’il lui faudrait chercher d’autres partenaires sérieux et engagés pour la cause? En tout cas, les Maliens espèrent que l’édition 2009 ne sera pas comme celle de 2008.


Mariétou KONATE

25 Juin 2008