Partager

cauris1.jpg

Hier monnaie d’échange, aujourd’hui accessoire de beauté ou élément essentiel de certains rites, le cauris (Cypraea moneta) a été célébré le week-end dernier, dans la commune rurale de Siby (50 km au sud de Bamako) à la faveur de la première édition de Fescauri, le festival du cauris, organisée dans cette localité par l’Agence de communication Cory consult, en collaboration avec l’Association Karamba Touré (AKT).

A travers cette manifestation, les organisateurs ambitionnent de promouvoir le cauris en tant que forme d’expression culturelle.

Les Mandéka ont répondu nombreux à l’appel des responsables du ministère de l’Artisanat et du Tourisme et des autorités locales.

Selon les promoteurs de la rencontre qui a regroupé une centaine de participants au cœur du Mandé, ce festival participe de l’esprit de la déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle.

Le menu mêlait une conférence sur l’histoire du cauri animée par l’historien chercheur Mamadou Fanta Simaga et le président de l’AKT, Bakary Koniba Traoré, une exposition, un défilé de mode traditionnelle et de coiffure, une visite de sites touristiques du Mandé et des concerts animés par des artistes maliens.

Parlant de l’origine des cauris Mamadou Fanta Simaga et Bakary Koniba Traoré ont expliqué que ces coquillage de forme ovoïdale, d’abord importés puis domestiqués chez nous, ont notamment servi de monnaie dans les transactions commerciales avant d’être utilisés comme parures, décorations et objets de divination par certaines ethnies africaines.

cauris.jpg Coquillage des mers chaudes, le cauris a fait son apparition, selon les conférenciers, dans le septentrion malien entre le 9è et le 10è siècle par le biais des commerçants arabes.

3000 ans avant Jésus Christ, il est déjà utilisé par les habitants des îles indo-pakistanaises. Le cauris est devenu, pour les navigateurs portugais et espagnols, une monnaie d’échange dans l’acquisition des esclaves, ont souligné les conférenciers.

Le cauris est également source du savoir que détenaient autrefois les veilles femmes et des hommes de castes. A partir d’un certain nombre (12 ou 13 ) de cauris jetés sur une natte ou une vanne en paille, ces femmes sont capables de prédire l’avenir, d’éviter une catastrophe financière ou encore de révéler à l’avance le sexe de votre enfant.

Certains, plus pointus, prescrivent des sacrifices à faire par le village afin d’éviter un malheur. De nos jours, beaucoup de personnes continuent à aller consulter les cauris, le plus souvent en cachette.

 » Le cauri, c’est notre culture et notre savoir-vivre. Il est bon de ne pas se faire des complexes« , juge à ce propos Bakary Koniba Traoré qui a félicité les initiateurs du festival.

L’événement étant aussi destiné à préserver l’héritage culturel et traditionnel, les organisateurs ont intégré un défilé de mode et une exposition de produits superbement décorés de cauris.

Le moment le plus captivant du festival a, sans doute, été la visite du site touristique de l’Arche de Kamadjan, situé à quelques kilomètres du village.

La légende raconte que Kamadjan, général de Soundiata Keita, a traversé la montagne avec son arche tandis que l’armée dirigée par Soundiata était poursuivie par celle de Soumangourou Kanté.

En réalité, c’est une arche naturelle, massive, visible à des kilomètres, en haut d’une falaise. Les festivaliers ont escaladé la montagne pour parvenir au site.

Alentours, la roche est travaillée par l’eau, en piliers géants, marmites profondes, grottes. Un paysage spectaculaire au sens propre comme au figuré.

Les jeunes alpinistes du village ont montré leur agilité en escaladant comme des margouillats la falaise de 80 m. Moussa Camara et Fousseyni Traoré ont été formés en France pour développer ce sport touristique au Mandé.

Comme beaucoup d’autres jeunes, ces professionnels de l’alpinisme (ils ont des diplômes) ambitionnaient de partir en Europe par tous les moyens.

Grâce à l’Association culturelle Karamba Touré (Akt), ils maitrisent désormais un métier prometteur qui contribue efficacement au développement du tourisme écologique.

L’Essor

25 octobre 2007.