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solo.jpgL’Indépendant : Quelles sont vos impressions, quelques jours après l’ouverture du Fespaco ?

Souleymane Cissé :
Vous savez, je ne suis pas content du traitement que les organisateurs du Festival ont réservé au Mali. Je dis, haut et fort, que ce n’est pas une fable. Je pense qu’il y a eu un manquement à l’histoire même de la création du Fespaco et de ceux qui ont fait de ce festival, un grand festival. Le Mali en tant qu’invité d’honneur de ce rendez-vous du cinéma africain a été carrément oublié.

Je pense que les organisateurs auraient dû présenter leurs excuses au peuple malien. Cela dit, je pense quand même qu’il y a une nouvelle génération de jeunes cinéastes qui sont en train d’émerger. J’ai vu « Faro, la reine des eaux » de Salif Traoré et  » Il va pleuvoir sur Conakry » de Cheick Fantamady Camara de la Guinée.

J’avoue que ces films montrent que les jeunes ont du talent et il faut leur donner les moyens pour mieux s’exprimer. Je pense qu’il est temps de mettre en place une politique de l’industrie des images dans les pays africains plus particulièrement au Mali. Je l’ai toujours dit et je pense que ça devient important. Quand je regarde l’histoire du film « Faro », je crois qu’elle se raconte dans le monde entier, mais le handicap aujourd’hui, c’est que les conditions techniques ne sont pas réunies pour la promotion du film à l’extérieur. Ce qui est un peu dommage

wat.jpgEn tant que doyen du cinéma africain, pensez-vous que le Mali peut compter cette année sur l’étalon de Yennenga avec  » Faro » ?

J’espère bien que le Mali puisse avoir un meilleur prix que ce soit le Yennenga ou d’autres prix. Mais pour le moment, personne ne peut dire que tel ou tel film sera primé. Je le dis en tenant compte de mon expérience. Je souhaite de tout mon cœur que notre compatriote Salif Traoré puisse enlever ce premier prix dans la mesure où c’est son premier long métrage en compétition. Si le film de Salif est meilleur par rapport aux autres, il peut gagner ce premier prix. Cela serait un grand honneur pour nous autres cinéastes maliens.

Vous avez regardé ce film, quelle appréciation en faites-vous ?

Vous savez que le réalisateur du film, Salif Traoré, a été mon assistant pendant dix ans. Je pense qu’il a beaucoup maîtrisé le métier et je suis convaincu qu’il a beaucoup d’avenir devant lui. J’ai apprécié son film « Faro » et je pense que c’est un bon travail qu’il a fait.

Peut-on savoir le travail que l’UCECAO mène au Fespaco ?

Nous essayons de faire un lobbying communicationnel au niveau du festival afin que les gens sachent qu’il y a une nouvelle race de cinéastes et qu’il faut les aider à mûrir. Nous avons trop de problèmes au niveau des professionnels du cinéma. Ce qui est dommage. Je pense qu’avec l’UCECAO, nous sommes en train de créer ce lobby afin que le public vienne vers nos créations. Notre politique, c’est de favoriser le développement de l’industrie de l’image dans nos pays.

Quels sont les projets de Souleymane Cissé ?

J’ai un projet de long métrage que je veux mettre en route très bientôt. J’espère bien qu’avec la bénédiction de tout le monde, j’arriverai à le faire.

Avez-vous déjà un partenaire ?

Les partenaires ne font pas défaut. L’essentiel est qu’avec le Mali, nous parvenions à mettre la machine en route.

Aujourd’hui, quelles sont les difficultés que rencontre le cinéma malien ?

Je regrette tout simplement que le cinéma malien n’ait pas pu décoller. C’est tout. C’est mon regret total.

Cela est dû à quoi ?

Un manque de volonté politique.

Interview réalisée par Alou B HAIDARA envoyé spécial à Ouagadougou / Indépendant 01 Mars 07