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Du 29 février au 2 mars, la cité de Djaradjan a vibré au rythme de la 12e édition du Festival des marionnettes et de masques de Markala (Fesmamas). La cérémonie d’ouverture était placée sous la présidence du Sous-préfet, Zanga Diarra en présence de M. Boncana Maïga président de ce 12e fesmamas, des autorités politiques et administratives de Markala.

L’ambiance était maintenue par la trentaine de troupes qui ont tenu en haleine une foule enthousiaste. Nombre de festivaliers ont été émerveillés par les danseurs acrobates, les chants épiques et surtout par les masques et marionnettes.

Au-delà de cette ambiance festive, les intervenants ont tour à tour souligné l’importance du Fesmamas dans la cité ouvrière de Markala et même dans le rayonnement culturel du Mali. M. Bakary Kariba Traoré, représentant du maire de la Commune rurale de Markala a vivement salué l’engagement des initiateurs de l’événement culturel et remercié tous les participants pour leur disponibilité. « Après mousso Danbé en 2007, le thème de cette année, le n’domo et l’intégration sociale de l’enfant a fait rapprocher beaucoup les gens, car c’est cette classe initiatique des enfants qui prenait en charge leur éducation et leur assurait un avenir promoteur », a indiqué le 1er adjoint au maire de Markala.

Fodé Moussa Sidibé, coordinateur du Fesmamas, s’est réjoui de la célébration, cette année, de la douzième édition. « Que de chemins parcourus ! Depuis 1993, notre idéal, notre vision de la promotion de nos cultures authentiques ainsi que nos ambitions n’ont pas varié. Nous sommes convaincus de notre combat culturel et restons toujours attachés à notre cher Markala. D’année en année, le Fesmamas se perfectionne en dépit des difficultés de financement. Nous croyons à l’art et à la culture des masques et marionnettes », a-t il dit avant de rappeler que « notre pari est de susciter une large participation à l’animation et à l’attraction culturelle et touristique de Markala ».

Après l’examen de la problématique de l’excision, la douzième édition, également consacrée à l’enfance, a pris pour thème, les enfants de la rue sous le signe du Ndomo. En effet, selon lui, le Ndomo est une institution traditionnelle bamanan destinée à l’éducation et à la formation intellectuelle des enfants avant la circoncision.

Il a regretté que cette année encore, la grande Commission d’organisation, n’ait pu bénéficier de budget programmé. « Cette situation déplorable peut avoir une incidence sur la qualité des prestations », a indiqué le coordinateur du Fesmas.

Ouvrant officiellement le 12e Fesmamas, M. Zanga Diarra, Sous-préfet de Markala, a magnifié la qualité du travail des organisateurs qui, à ses dires, ont brillé par leur sens d’innovation. Manifestant sa grande satisfaction, M. Diarra pense que le Fesmamas se pérennise de plus en plus et valorise davantage notre culture. « Ce grand regroupement du donner et du recevoir est à l’actif du Club de Markala sous la conduite de l’éminent professeur, Abdou Traoré dit Diop », a-t il dit avant de remercier les différents partenaires pour leur apport financier.

Les enfants de la rue en symbole

Les masques ont émerveillé et séduit plus d’un. C’est l’impression se dégage des opinions exprimées par les spectateurs lors de la prestation des troupes folkloriques le vendredi et samedi au Karanga officiel (site de la manifestation) sur la place de l’indépendance.

Du début à la fin, les spectateurs ont été entraînés dans l’univers Bamanan par la qualité des prestations offertes par les différentes troupes. Le ton a été donné par la troupe du Conservatoire des arts, métiers et multimédia Bala Fasseké Kouyaté (CAM) qui a émerveillé le public en alliant l’humour à la danse sur le thème de cette 12e édition à savoir « les enfants de la rue sous le signe du ndomo ».

Dans un style qui leur est propre, les étudiants ont dénoncé les affres de la vie et les violences physiques auxquelles sont confrontés les enfants de la rue dans les centres urbains et ruraux.

Après, ce fut la série de prestations des troupes de Bambougou, Sokoura, Tiogoni, Kirango Thiérola et Kirango Konéla. Ces groupes composés d’hommes et de femmes attachés à leur culture ont rivalisé en pas de danses, chants et autres sketches. Ces artistes marionnettistes et détenteurs de masques ont, de par leur engagement et leur talent, séduit les spectateurs.

Tout au long des 3 jours de fête, les spectateurs venus de tous les coins du monde bamanan ont eu droit à des manifestations grandioses ponctuées d’enseignements et de conseils utiles. Les Dogons avec leurs masques décorés à la perfection ont tenu en haleine le public avec les masques kanaga, les échassiers et d’autres pans de leur patrimoine culturel. Ils ont été suivis par la troupe Sogolon de Yaya Coulibaly, maître incontesté des marionnettes, qui a mis en mouvement le public avec des marionnettes aussi expressives qu’acrobates et des pas de danses de l’aire culturelle bamanan.

Les acrobates de Faladjè (un village situé à 80 km de Bamako) ne sont pas restés en marge de l’évènement. En effet, les « tieblentié » du Bélédougou ont offert un spectacle exceptionnel. Les troupes de Kirango Bamanan I et II ont mis fin à la partie. Mahawa et sa troupe, le groupe du Point G, Fanafo daga, Kirango-djaka et le groupe Milo africain ont tour à tour saisi les spectateurs par des chants, des chorégraphies rythmées et cadencées.

Comme aux précédentes éditions, les artistes du quartier Bozo de Markala ont mis le feu aux poudres au Karanga fluvial, avec une variété infinie de poisson et autres animaux aquatiques. Tout cela sous l’œil vigilent du jury qui a certainement eu du pain sur la planche pour départager les artistes car, chacun dans son domaine a donné le meilleur de lui-même. Comme dirait un observateur, les uns et les autres ont été à bonne école des détenteurs de savoirs locaux.

Le Pr. Diop, président du Club de Markala, a tenu à préciser que le Fesmamas n’est pas un show-biz ni une world music. A ses dires, il doit être pérennisé pour entretenir l’espoir d’une génération nouvelle capable d’assumer le passé.

A l’issue des trois nuits de compétition entre les différentes troupes, le grand prix (prix Adame Bah Konaré) a été enlevé par la troupe Sogolon de Yaya Coulibaly, le prix de la meilleure danse a été enlevé par les troupes Milo africain et les Tiéblintié de Faladjè. Le prix du meilleur habillage des masques est revenu à la troupe de Kirango Konéla, le prix de la meilleure chorégraphie a été enlevé par les Dogons. Kirango bamanan I et la troupe Sogolon ont eu le prix du meilleur chant au moment où Kirango Thiérola enlevait le prix de la meilleure percussion.

En sa qualité de président d’honneur de la 12e édition du Fesmamas, le maestro Boncana Maïga a insisté sur la tenue régulière du Festival. « Le Fesmamas ne doit pas disparaître pour cause de financement. Chacun doit œuvrer pour sa pérennité. C’est très important, car les masques et les marionnettes ont toujours joué un rôle important dans notre culture ».

Répondant à un vœu exprimé par le club de Markala, c’est-à-dire l’organisation d’un concert dont les revenus serviront à la réhabilitation de l’hôpital de Markala, le maestro s’est dit disponible. « Nous allons voir ensemble comment l’organiser et cerner tous les aspects de la mise en œuvre de ce projet qui me semble personnellement noble ».

L’un des temps forts du Fesmamas aura été le passage du roi du Festival. Saluant la commission d’organisation et le club de Markala, il a remercié tous les festivaliers et les spectateurs. Il a insisté sur le choix du thème de cette année, « le ndomo et l’intégration sociale des enfants de la rue ». « C’est un thème qui nous interpelle tous, car, voir des enfants abandonnés à eux-mêmes dans les rues, justifie tout simplement la démission des parents que nous sommes, c’est pourquoi, j’ai décidé de le reconduire pour l’année prochaine », a dit le roi.

Le sentiment général est que la 12e édition du Fesmamas a surpris plus d’un par la qualité de l’organisation, la prestation des troupes et la mobilisation de la population. « Cela fait plus de 5 ans que je n’avais pas vu autant d’engouement pour le Fesmamas, ça veut dire que l’espoir est permis », a affirmé un festivalier visiblement heureux.

Encadré
_ La première classe initiatique des enfants

Le « Ndomo » est une institution traditionnelle bambara destinée à l’éducation et à la formation intellectuelle des enfants avant la circoncision. Il a un rite initiatique reparti entre 5 classes et se déroule sur 5 ans.

Le « Ndomo » est en voie de disparition. Ce qui a amené ce clin d’œil du 12e Fesmamas qui vise à revisiter ce pan de la culture bamanan pour relever les défis des temps modernes.

Les 5 classes du « ndomo » :

1. Les Lions, « Jaraw »

Cette classe symbolise la force, l’autorité. Elle vise à inculquer à l’enfant les principes de la discipline, du respect de l’autorité et des contraintes sociales de la vie en groupe. Les lions, c’est la connaissance, c’est le corpus des Maîtres qui apportent la connaissance.

2. Les crapauds « N’toriw »

Le crapaud est un être amphibie appartenant à la fois au monde terrestre et au monde aquatique. Après sa mort, son corps se dessèche et ne pourrit jamais. Il symbolise l’interpénétration de la vie et de la mort.

3. Les oiseaux « Konow »

C’est la classe de la maîtrise de soi, de la domestication de la liberté individuelle. Autant on peut maîtriser un oiseau en cage, autant on a le contrôle de sa parole et de son comportement tant qu’ils ne sont pas lâchés dans la nature.

4. Les Pintades « Kamiw »

Ils symbolisent le côté intérieur de l’homme et sa supériorité sur le côté physique.

5. Les chiens « Woulouw »

Le chien est l’animal domestique par excellence. Il est très proche de son maître à qui il reste très fidèle. Le chien c’est le symbole de l’amitié.

Idrissa Sako
(Envoyé spécial)

04 Février 2008.