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Suite à la déconnexion des industrielles de tannerie de la station d’épuration de Sotuba, ayant entrainé la fermeture des quatre unités de production depuis le lundi dernier, l’association des négociants et les collecteurs de peaux qui assurent l’approvisionnement des usines ont décidé de traduire l’Etat en justice. Ils estiment que la décision de la Direction nationale de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances (Dnacpn) est irrégulière et constitue un abus de pouvoir avec la main invisible du Ministre de l’énergie et de l’hydraulique, Mamadou Frankaly Kéita.

Au mépris de l’apport économique de ce secteur d’activité avec plus de 20 milliards de nos francs et la création des milliers d’emplois directs et indirects, l’Agence nationale de gestion des stations d’épuration du Mali (Agessem), a notifié le lundi dernier aux quatre unités de tannerie (West africa, Imat, Tamak et Nouvelle tannerie du Mali) leur déconnexion de la station d’épuration de Sotuba avec effet immédiat. Cette décision est intervenue sans préavis, ni autres mesures pour la régularisation des unités sans l’arrêt de la production pour éviter la perte économique et la mise en chômage des milliers de personnes.

Cette décision de la Dnacpn fait suite à la visite de terrain des ministres Ousmane Ag Rhissa de l’Environnement et de l’Assainissement et Mamadou Frankaly Kéita de l’Energie et de l’Hydraulique, le samedi 2 novembre 2013, sur les installations de traitement des eaux usées à Sotuba.

Selon le président des négociants et exportateurs de peaux, Amidou Traoré, cette décision de déconnexion des unités industrielles est la suite logique d’un vieux différend entre eux et l’actuel ministre de l’énergie, Mamadou Frankaly Kéita alors Directeur adjoint de la centrale thermique de Balingué. En son temps, M. Kéita avait remué ciel et terre pour obtenir la déconnexion des unités des bassins de l’Agessem, estimant que les eaux usées des usines menacent les installations de la centrale, mais sans succès. Avec sa nomination à la tête du département de l’Energie, le tout-puissant ministre est revenu à la charge, mettant la pression sur son collègue de l’Environnement, Ousmane Ag Rhissa, pour satisfaire sa demande et régler ainsi de façon définitive leur compte aux acteurs de ce secteur.
Face à cette situation, qu’ils qualifient d’abus de pouvoir, les négociants et collecteurs de peau ont décidé de porter plainte contre l’Etat. Ils s’insurgent contre cette décision unilatérale sans préavis qui oblige les unités d’arrêter la production étant dans l’impossibilité de déverser leurs eaux usées dans la station d’épuration de Sotuba.

Pour le président de l’Association des négociations, Amidou Traoré, il est inacceptable que l’Etat se comporte de la sorte vis à vis d’un secteur qui apporte plus de 20 milliards de FCFA à l’économie nationale, avec à la clé des milliers d’emplois directs et indirects.

Au niveau de l’association des négociants et les collecteurs de peaux, le souci majeur porte essentiellement sur la perte de peaux issues de la fête de Tabaski.

Ce qui correspond à 45 jours de production sinon plus. Selon eux, cette décision s’apparente plutôt à un règlement de compte qu’à une volonté de faire respecter les principes de protection de l’environnement.
En tout cas, depuis la déconnexion des unités de production, l’inquiétude est de taille dans les magasins de stockage chez les négociants qui n’arrivent plus à écouler leurs produits. «Aujourd’hui, j’ai onze mille peaux dans mon magasin à raison de 1600 FCFA l’unité.

Si rien n’est fait d’ici deux jours, ce sera la catastrophe. Nous essayons de sauver le maximum en les exposant au soleil pour minimiser les dégâts. Cette décision est paradoxale par rapport à la reconnaissance du comportement exemplaire de certaines unités par l’Agessem. En tout état de cause, le ministère et ses services techniques doivent travailler en synergie pour éviter une telle situation, mettant un accent particulier sur le respect des normes», a martelé Amidou Traoré. Avant d’ajouter que la plus grande conséquence est la mise en chômage des milliers de jeunes.

Du côté de la Dnacpn, on explique que les quatre tanneries déconnectées déversent directement leurs eaux usées dans la station d’épuration de Sotuba sans procéder au préalable à leur traitement, comme l’exigent les textes. Or, le non-respect des normes de rejet peut être source de dysfonctionnement pour la station d’épuration. Face à cette situation, il a été décidé de déconnecter les quatre tanneries de la station d’épuration.

Affaire à suivre…

Nouhoum DICKO

11 Novembre2013