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Aujourd’hui, ce serait une lapalissade que de dire que la vie est chère, et même trop chère. Certes, la crise n’est certes pas spécifiquement malienne, elle est mondiale. Si ses causes sont connues, c’est-à-dire les envolées du prix des hydrocarbures et des produits alimentaires, ses conséquences, personne ne peut les mesurer avec exactitude sur la vie des populations des pays pauvres.

Pour le Mali, pays sahélien enclavé et non producteur de pétrole, la situation est encore pire. Et quand la vie devient ainsi chère, les premières victimes qu’elle frappe de plein fouet sont les femmes. A travers le panier de la ménagère. Et aussi son entretien, c’est-à-dire son habillement et les produits cosmétiques qu’elles utilisent.

A Bamako, comme partout ailleurs au Mali, l’inquiétude monte de plus en plus face à cette flambée des prix. Elle se manifeste tant chez les consommateurs que chez les vendeurs des produits cosmétiques. Plus de parfum, de rouge à lèvres, de fond de teint à profusion, l’heure est à l’austérité budgétaire.

Ibrahim Kéita, vendeur de produits de beauté au Grand marché de Bamako : « Je suis inquiet. Avant, les clientes se bousculaient dans ma boutique. Nous pouvions faire des commandes chaque mois en provenance de la Côte d’Ivoire et des Etats-Unis, mais présentement, les commandes ne se font qu’une seule fois en deux mois et ça s’achète rarement.

Certes, les femmes qui utilisaient les produits de dépigmentation les laissaient pour des raisons médicales, mais c’était pour acheter d’autres de qualité supérieure. Mais maintenant, ce sont les mêmes qui viennent nous voir pour des produits moins chers ».

Mohamed vendeur d’habits féminins, ne vend presque plus rien. Pourtant, il doit nourrir sa famille, payer ses impôts, l’électricité et tout le reste. Mohamed et ses collaborateurs ne viennent dans la boutique que parce qu’ils ne peuvent pas rester à la maison. Même le peu qu’ils arrivent à vendre ne leur rapporte pas de bénéfice.

Résistance

Bijoutier grossiste, Sidi Dembélé, qui vend ses bijoux aux détaillants, est quant à lui relativement satisfait de son commerce. Le prix de l’or qui était de 5000 F CFA le gramme est monté à 12 000 F CFA en une année et l’argent, qui était de 150 F CFA le gramme, est vendu à plus de 600 F CFA dans les bijouteries.
Au Grand marché de Bamako, l’inquiétude des consommateurs est encore plus grande. C’est ainsi que Mme Diarra que nous avons rencontrée affirme être très mal à l’aise.

Car, « avant cette crise, on pouvait se coiffer plus de trois fois dans le mois. Maintenant, même aller chez la tresseuse (coiffeuse traditionnelle) » lui cause des soucis.

« Je sais que mon mari veut me faire plaisir, mais il n’a rien sur lui, dit-elle résignée. Cela m’attriste profondément ». L’inquiétude n’est pas pour le prix car il n’a pas changé pour les coiffeuses (tresseuses et dans les salons de coiffures), mais les salaires ne suffisent plus pour l’alimentation et l’entretien.
Au marché Dossolo Traoré, communément appelé marché de Médine, les coiffeuses traditionnelles et les tatoueuses sont préoccupées par l’ampleur de la crise.

Pour elles, c’était les mariages qui faisaient leur affaire. Elles y gagnaient beaucoup. Mais la cherté de la vie semble être passée par là aussi. Cependant, comme elles tressent et tatouent un peu tous les jours, elles arrivent quand même à tirer leur épingle du jeu.


Sètè Traoré

(stagiaire)

08 Juillet 2008