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web-3.gifElles sont nombreuses les femmes qui préfèrent sauter le repas du soir en famille que de rater la collecte de la tontine. La gazelle noire Hawa T. est présidente d’une tontine. Pour elle, la tontine est une éminente forme d’expression de la solidarité. Elle permet aux femmes de réaliser nombre de leurs désirs d’acquisition des biens matériels.

Pour créer les tontines, les femmes se regroupent généralement par catégories d’âge et socio-professionnelles. Dans la tontine de Hawa T. qui compte vingt cinq femmes, la collecte mensuelle atteint 700 000 Fcfa. Les recettes des tontines constituent des fonds qui permettent à beaucoup de femmes de faire face aux dépenses des cérémonies. Même si elles ne sont pas fortunées, elles peuvent se permettre de dépenser sans compter. C’est pourquoi beaucoup demandent à recevoir les recettes de la tontine quand elles ont des baptêmes ou des mariages.

Les recettes des tontines

La dynamique Nana Touré, vendeuse au “Marché rose” de Bamako, n’a peut-être pas besoin des recettes de la tontine pour faire face aux dépenses des cérémonies. Elle soutient que «l’argent sert à se faire plaisir quand on le désire». Elle confie que son statut de simple vendeuse de légumes ne lui crée aucun complexe. Elle n’a rien à envier aux fonctionnaires nanties de Bamako. Elle défie toute personne qui en doute à la suivre sur le terrain de l’épreuve, les cérémonies. Pour les présents aux griottes lors des cérémonies, Nana est sure de battre toutes ses amies qui reçoivent un salaire à la fin du mois. Elle n’est pas d’accord avec ceux qui qualifient ces dépenses somptuaires de gâchis. Malgré tout «quand la situation financière est favorable, soutient Nana, les femmes pensent à leurs parents plus que les hommes». Toutes ces conditions font que les économies des femmes sont dispersées en amont et en aval. “Pour la bonne cause”, insiste la belle Nana.

Un homme qui assiste à notre causerie apporte la contradiction. «Tu peux économiser ta salive, Nana. L’extravagance féminine lors des cérémonies est avérée. Et les marabouts reçoivent une grande partie de vos gains sans oublier l’aspect coquetterie», relève-t-il.

Les cérémonies de baptême, de mariage et même les funérailles sont devenues de véritables bourses pour jauger “son poids” dans la considération de l’opinion publique. Dans le jargon de la gent féminine, le “Kunko” est une manifestation unique organisée en l’honneur d’une personne. En ce jour de gloire chaque femme se croit obligée de briller plus que de coutume. Elle fait tout pour en mettre plein la vue aux autres.

Engrenage infernal. Dans une société caractérisée par l’oralité, les paroles d’une chanson de griotte ne sauraient laisser insensible. C’est l’occasion pour les “gros bonnets”, les “muso waraba”, les “kobatigui” de vider leur portefeuille de plusieurs mois d’économie. Ces femmes sont applaudies, enviées, jalousées. Elles distribuent des billets de banque, des bijoux. Les jeudis et les dimanches sont surtout des jours consacrés aux rencontres féminines festives. Le spectacle est inoubliable : des belles jetant des brassées de billets de banque au vent dans un sourire extatique. Elles rivalisent d’imagination pour inventer les gestes, les pirouettes qui alimenteront les chroniques mondaines des “grins”. Les commentaires “valorisent” les talents de ces femmes à étaler leur puissance d’argent.
La majorité de la gent féminine met en pratique la fameuse citation bambara qui dit que “ Ko ba ke be mogo faden gnè bo i la ”. Ces cérémonies (mariages, baptêmes et tout ce qui s’en suit) plongent les femmes dans un engrenage infernal. Elles ne savent plus comment s’en sortir. L’exemple frappant des habitudes absurdes est illustré par le cas d’une mère qui accouche pendant le mois de carême. Le baptême des hommes a lieu. Mais celui des femmes est remis à une date ultérieure après le Ramadan. Celle qui vient d’accoucher compte sur le retour de la solidarité.

Les membres de la tontine font circuler une fameuse liste. Elles recensent toutes les contributions et identifient les dons et les donateurs. La spécification de la nature du don compte beaucoup dans l’esprit de nos compagnes enthousiastes. Elles donnent sans rechigner. Même si quelques heures après, elles tombent dans des difficultés financières. Le comble du bonheur lors des cérémonies sociales est d’apparaître entourée par une grappe de griots et de griottes. Ces “annonceurs et laudateurs” se font en fin de compte beaucoup d’argent. L’équipe principale, la diva et son ensemble invités d’honneur se taillent la part du lion. Le groupe quitte les lieux souvent doté de plus d’un million de Fcfa. Le gain dépend de la notoriété de l’artiste et de son charisme.

Hadeye TRAORÉ | Essor

7 septembre 2007