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Au Mali, la présence « massive » des femmes dans les médias constitue un espoir dans la promotion et la défense des droits de la femme en général, des leurs en particulier. Toutefois, leur dynamisme, baromètre de la rupture avec les stéréotypes, est jugé timide et peu profitable à la cause de la femme, selon des observateurs.

Difficile pour une femme d’exercer un métier des médias au Mali. Malgré l’évolution de la société, bon nombre de contraintes persistent et demeurent sources d’ennuis : absence prolongée hors du foyer ou du cercle familial inadmissible, prise de parole en public pas toujours tolérée…

Si certaines femmes osent s’assumer malgré les « chantages » de leurs conjoints telle cette responsable de radio qui s’est imposée en dépit des menaces de séparation brandies par son mari, d’autres optent pour des compromis les empêchant de s’éloigner du cadre familial (comme cette animatrice qui ne voudrait pas effectuer de déplacement loin de son foyer).

D’autres encore renoncent tout simplement. Les pesanteurs socioculturelles et la vie de foyer constitueraient-elles un déni de liberté individuelle féminine ? Pour un confrère, la vie affective des femmes est sacrifiée pour leur travail dans les médias ou vice-versa.

L’histoire des médias maliens reste marquée d’empreintes féminines. A l’accession du Mali à l’indépendance en 1960, elles étaient déjà présentes à la radio mais également dans la presse écrite. On peut citer les cas d’Aïssata Cissé et de Sadio Touré pour la radio et plus tard Rose Bastide à la presse écrite, en l’occurrence le quotidien national « L’Essor ». Admise à la retraite après trente années de bons et loyaux services, Sadio Touré rappelle le rôle joué par les femmes de radio à l’époque : « Aïssata Cissé faisait la fierté de toutes les femmes dans la célèbre émission radiophonique disque demandé ».

Parlant de sa propre contribution, Mme Touré explique avoir réalisé des magazines sur divers sujets liés à la femme. Elle était également présente sur les terrains du reportage et a présenté pendant plusieurs années le journal parlé à la Radiodiffusion télévision du Mali. Rappelée à la « tâche » lors des programmes spéciaux de la cérémonie anniversaire des 25 ans de la Télévision nationale en fin 2008, la doyenne des présentatrices de journal au Mali avait encore démontré sa vigueur.


Rôle des femmes dans les médias

Avec la démocratisation et l’ouverture médiatique qui a suivi, les femmes, dans leur soif de liberté, ne se contentent plus du statut professionnel d’agent d’exécution, elles accèdent désormais à des postes de décision en devenant promotrices et responsables d’organes. Il s’agit par exemple de Maïmouna Traoré du journal « Niéléni », Ramata Dia, promotrice du réseau des radios Guintan et du journal « La Cigale muselée », de Makoro Camara, fondatrice et directrice de publication du journal « Kabako », et également propriétaire d’une imprimerie.

Dans le livre blanc sur « La situation de la femme malienne », publié par l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes (APDF), un sondage de 1998 donnait 42 femmes journalistes de la presse écrite contre 289 hommes, soit 13 % contre 87 %. Au même moment, dans la presse audiovisuelle, elles étaient deux fois plus nombreuses avec 26 %.

Dix années après, en 2009, le nombre des femmes explose dans les médias avec cependant la même inégalité de chiffre avec les hommes. En effet, chacune des 200 radios privées du Mali « emploie » au moins une femme pour au moins 4 hommes. De même la cinquantaine de publications existantes s’offrent individuellement les services d’au minimum une journaliste. Aussi de plus en plus les femmes accèdent-elles aux postes de responsabilité.

Toutefois, l’écrasante majorité des femmes de média demeurent des agents d’exécution. A ce titre, elles assurent, pour la radio, l’animation d’émissions musicales pour la plupart. D’autres (très peu) s’emploient dans des genres radiophoniques bien élaborés comme les magazines, les reportages… Les thématiques abordées par les femmes touchent les problèmes de la femme ou de la société en général, l’environnement, la santé. Mais, certaines animations, jadis « chasse gardée » des hommes, sont aujourd’hui assurées par des femmes notamment les journaux parlés, les commentaires de journaux.

A la presse écrite, elles sont de plus en plus présentes sur le terrain du reportage. Moussa Bolly, journaliste de profession, souligne la contribution indéniable des médias dans l’émancipation des femmes africaines en général et des Maliennes en particulier : « Ce sont des relais importants pour dénoncer les violences faites à la femme dans tous les milieux ».

Les femmes de médias engrangent aujourd’hui une solide expérience qui pourrait être mise au service d’autres domaines de la vie du pays. Mais si elles participent activement dans la sensibilisation des autres femmes pour leur implication dans la vie politique du Mali (les élections communales par exemple), les femmes de médias ne se sentent pas concernées par le sujet. De plus, les programmes de galvanisation du département de la Promotion féminine ne s’adressent pas à cette couche de la population féminine.

Conséquence : les femmes de média s’investissent dans la promotion des droits de la femme, oubliant très souvent qu’elles en constituent un maillon. Manquent-elles confiance en elles-mêmes ? Les rencontres d’échanges lors des formations avec des communicatrices sur la « valorisation des compétences » révèlent plutôt l’absence d’une réelle prise de conscience de leurs propres capacités et des opportunités d’évolution dans d’autres secteurs socioprofessionnels.

Le journaliste Moussa Bolly pense que le rôle de la femme dans les médias « est aussi précieux que celui qu’elle joue dans la société elle-même ». Pour lui, la femme se caractérise généralement par sa finesse d’esprit et la rigueur de son analyse, deux qualités importantes dans la mission d’information et de sensibilisation que jouent les médias.

Pour Sadio Touré, le rôle de la femme de média doit aller dans le sens de la libération de la femme de la tutelle économique et culturelle. « Elles doivent s’y donner beaucoup et se faire comprendre ». Elle situe la force des femmes de médias de la nouvelle génération dans leur capacité à pouvoir toucher davantage de public féminin à travers les radios privées, les différents journaux (dont des titres spécialisés), et l’ouverture sur le monde facilité par l’Internet.

S’agissant des faiblesses, M. Bolly les lie surtout aux pesanteurs socioculturelles et au poids souvent de la vie conjugale. « Il n’est pas par exemple facile d’être journaliste et femme au foyer ». Sadio Touré témoigne que sans la compréhension de son mari, sa carrière aurait été sacrifiée sur l’autel de son foyer ou vice-versa. Elle explique : « C’était inconcevable pour certaines personnes de me voir travailler la nuit ou alors voyager hors du pays laissant mon mari et les enfants seuls ».

M. Bolly rapporte la tendance qui croit que les journalistes sont des « proies faciles ». Quant à notre patron de presse, il fustige la faiblesse du rendement des femmes de médias. Parlant du respect des collègues hommes, Moussa Bolly juge que cela dépend de la femme elle-même en tant que journaliste ou agent de média. « Plus elle prouve ses compétences et sa disponibilité, plus elle est respectée ». Il regrette que certaines femmes ne fassent pas suffisamment d’efforts pour se faire respecter.

Regard critique sur les femmes de média au Mali

Le nombre important des femmes dans les différents types de médias au Mali est-il synonyme de leur dynamisme dans ce secteur ? Des observateurs sont très critiques à ce sujet. Un patron d’organe de presse écrite employant des femmes estime que les femmes de médias n’ont pas conscience de leur rôle. Il dénonce « l’aspect folklorique engendré par les fêtes épidermiques (genre) ».

Pour ce directeur de publication, dans la presse écrite très peu de femmes se battent pour avoir le même volume de travail, pour être traitées sur le même pied que les hommes de la rédaction. Par contre, une journaliste confirmée, secrétaire de rédaction dans un journal de la place dénonce le sexisme dont elle est victime. « J’ai toute la capacité nécessaire pour assumer un poste de décision, mais on a toujours préféré le confier à un homme, et c’est moi qui fait la correction de tous les articles ».

Il est fait grief aux femmes de médias de toujours vouloir user de leur charme. « Elles sollicitent des faveurs pour travailler moins, descendre plus tôt… », ajoute notre patron de presse. Réagissant à cette remarque, Sadio Touré se demande en quoi les femmes de médias peuvent se plaire dans la complaisance dès lors qu’elles exercent le même travail que les hommes.

« Les patrons de presse qui pensent cela ont certainement leur raison, s’ils le disent ». Mme Touré les exhorte cependant à comprendre les femmes dans leur souhait de rentrer tôt à la maison puisque, défend-elle, « c’est à cause des enfants. Elles doivent fournir les mêmes efforts tant au service qu’à la maison, faire face à leur devoir de mères, d’épouses, sans compter le rôle important qu’elles doivent jouer dans les activités sociales ».

La pionnière Sadio trouve que la démocratisation des médias et l’avènement de l’Internet ne permettent pas d’excuse pour la nouvelle génération de femmes de médias. Selon elle, les technologies de l’information et de la communication ouvrent des perspectives incomparables.

A propos de perspective, pour les femmes de médias, M. Bolly les trouve peu reluisantes au Mali, ce d’autant que, soutient-il, les filles qui exercent actuellement dans les médias fournissent, dans la plupart des cas, peu d’efforts pour progresser dans la maîtrise du métier. « Elles pensent que le simple fait de se dire journaliste est suffisant pour s’imposer dans ce milieu où la concurrence est pourtant très rude avec les hommes ». Il demande aux femmes d’accepter de se battre pour s’imposer par la formation, le courage et la disponibilité. Toutes choses sur lesquelles Sadio Touré insiste.

La problématique de la formation

L’importance des médias dans l’évolution du statut de la femme n’échappe pas aux femmes de médias elles-mêmes, ceci explique certainement leur option pour ce travail contraignant. Pour la plupart, l’apprentissage s’est fait sur le tas, une expérience certes enrichissante mais incomplète qui nécessite des formations ciblées.

Du côté de la radio, les femmes reçoivent plus ou moins suffisamment de mises à niveau avec l’appui des partenaires, mais l’on constate une absence dommageable d’articulation entre les différentes activités de formation. Ainsi, les modules de formation se répètent-ils pour les mêmes publics cibles au détriment d’autres bénéficiaires. De plus, ces modules ne traduisent pas toujours les besoins des agents de radios.

Une autre difficulté concerne la mise en pratique des acquis, ceci exigeant une véritable remise en cause de la méthode habituelle de travail et des efforts, la gent féminine (pour ne parler que d’elle) n’étant pas toujours prête à les intégrer malgré leur pertinence.

Par ailleurs, ni le ministère de la Communication et des Nouvelles technologies, ni celui de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille ne démontre une réelle volonté d’accompagner les femmes de médias dans le renforcement de leurs capacités, ce malgré leur implication massive aux côtés de ces départements dans les campagnes de sensibilisation nationale. Les séances de formation réalisées sont quasi exclusivement des appuis apportés par les partenaires techniques et financiers.

Les différentes compétitions internationales en l’occurrence, le « Festival des ondes » sont des occasions pour mesurer les failles qui vont de la confusion des genres radiophoniques exhibant leur non maîtrise, la mauvaise qualité des éléments sonores, etc. Quant aux journalistes de la presse écrite, parents pauvres des programmes de renforcement des capacités, elles sont souvent concernées lorsque les thèmes portent sur la femme, l’enfant…

Face aux exigences du travail des médias (maîtrise des techniques, du code et de la déontologie, genre…), la formation des femmes de médias doit figurer dans les priorités des départements de la Communication et de la Promotion féminine, eu égard à l’importance des populations destinataires des « messages » et surtout aux enjeux « communication et promotion des droits ».

L’autocritique étant un déterminant dans le travail des médias, Sadio Touré ne manque pas d’interpeller la nouvelle génération de femmes de médias : « Formez-vous ! A tout âge, on peut se former ! »

Maïmouna Coulibaly

18 Février 2009