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Il y a de ces femmes qui, bien que légalement mariées, n’éprouvent aucun scrupule à se livrer à l’adultère. Il y en a qui ne peuvent s’empêcher de “brouter à tous les râteliers” d’hommes que l’occasion ou les circonstances placent sur leur chemin, pour peu qu’ils soient logés à bonne enseigne financière ou sociale.

Ces femmes sont celles que les Ivoiriens ont, par humour, surnommées les “mange-mil”. Mais à la décharge des femmes, il faut reconnaître que sur le plan de l’adultère et de la versatilité conjugale, bien des hommes n’ont rien à ces femmes volages.

une-32.jpg L’histoire de notre “héroïne“ est bien réelle, mais par pudeur, nous tairons son nom en le rendant fictif. Aussi, comme dirait l’autre, dans ce récit, toute ressemblance avec des personnes réelles ne sera que pure coïncidence, même si la source de ladite histoire est de sûre confidence.


D’abord, Kader

…Pour un âne enlevé, deux voleurs se battaient. L’un voulait le garder, l’autre le voulait vendre. Arrive un troisième larron, qui saisit maître Aliboron…”. Cette fable de l’âne et les trois voleurs sied parfaitement à la rocambolesque aventure de la belle et élégante Aïché.

C’est qu’il y a de ces femmes qui, à force de s’entendre lancer des fleurs et se voir assidument courtisées par les hommes, finissent par basculer de “l’autre côté de la barrière” (la délinquance conjugale), soit en vendant leur charme, soit en monnayant leur beauté contre espèces sonnantes. Et leur aventure se termine en queue de poisson, comme ce fut le cas de Aïché.

Depuis plus de deux ans, la belle vivait le parfait ménage avec son mari Kader, un opulent homme dont les affaires tournaient à cent à l’heure. Mais au fil du temps, lesdites affaires commencèrent à tourner au ralenti, pour finir par tomber au poids mort, tant les caprices de sa douce moitié devenaient de plus en plus onéreux.

Finalement, Kader ne parvenait plus à “faire bouillir la marmite“. Alors les casseroles (histoires) conjugales commencèrent à s’accumuler au point d’empirer les relations du couple. Ce qui, du coup, mit fin à ses relations intimes. En fait, rares sont les femmes qu’on épouse dans l’aisance et qui se résignent à ne plus en vivre dès que survient le temps des vaches maigres.

C’est dire qu’elles sont nombreuses, celles qui succombent à la tentation de vider les lieux lorsque survient la dèche et que leurs maris se trouvent sur la paille sèche. Et c’est ce que fit Aïché : sans demander son reste, encore moins plier bagages, elle s’éclipsa dans la nature pour des cieux plus opulents.


Ensuite, Béchir

behir.jpgUn mois plus tard, la destination d’Aïché ne fut connue que par le plus grand des hasards. Ce jour-là, Kader (le mari délaissé) se trouvait à Nara pour affaires, en compagnie d’un de ses amis.
La nuit venue, ils se rendirent chez un nommé Béchir, un gros négociant en céréales. Pendant qu’ils discutaient tous les trois dans le salon, la femme du négociant apparut subitement, aussi richement vêtue que la reine Néfertiti.

A la vue de Kader, elle resta figée comme une statue. Ce n’était plus la honte, mais plutôt une profonde angoisse qui se lisait sur tout le visage… de Aïché. Car c’était bel et bien elle : la femme déserteuse de Kader.

En dépit de la situation aussi gênante que burlesque, Kader mettait visiblement ses nerfs à rude épreuve, en tentant de se calmer et maîtriser la rage qui l’étouffait. Tel un zombi, il se leva péniblement et sortit sans prononcer un mot, aussitôt rejoint par son ami et Béchir qui ne comprenait rien à la situation. Aussi, il s’avéra nécessaire de mettre les point sur les i.

Alors, le moment de confusion passé, Kader dut expliquer à son hôte (Béchir), et avec force détails, qu’il était le mari… de sa femme. Encore plus déboussolé que Kader, Béchir dut aussi s’expliquer. Et tous deux exhibèrent… leurs actes de mariage en bonne et due forme : les documents étaient tous authentiques, légalement certifiés par les autorités compétentes, et portant tous deux le même nom de la mariée : Aïché.

Après un long moment de silence où l’on entendait une mouche voler, c’est Kader qui, le premier, le rompit en lançant, submergé par la déception : “Je me doutais bien qu’elle ne méritait pas d’être gardée, celle-là ! “. Alors, Béchir, encore plus fou de rancœur, renchérit : “Allons, dis plutôt qu’elle mérite la pendaison ! “. Pendant qu’ils déversaient ainsi leur bile, la belle Aîché s’était déjà fait la malle,…une fois de plus.

Il a donc fallu ce malheureux concours de circonstances pour que les deux hommes trompés découvrissent la vraie face cachée de celle qu’ils considéraient pourtant comme une épouse modèle. Aussi, les remarques acerbes des deux maris marris nous ramènent à une autre : “Lorsque l’hyène n’a plus le cœur à manger de la viande, elle prétend que c’est de la charogne empoisonnée”.

Aussi, en “époux” bernés qui se respectent, les deux hommes choisirent d’en rester là, car c’était vraiment un jour de poisse qu’ils préfèrent chasser de leur mémoire, et pour de bon. C’est donc l’ami de Kader qui déclara, en guise de conclusion : “Laissez tomber cette wamba ! (NDLR : dévergondée). Elle n’est certainement pas à son premier coup d’essai. Et vous n’êtes sûrement pas ses premières victimes ; vous ne serez donc pas les dernières”. Il ne croyait pas si bien dire…

Enfin, l’étranger

De retour à Bamako, Kader entama aussitôt les procédures de divorce de la volage et volatile Aïché. Peu de temps après, il apprit que son négociant de Nara en avait fait autant. Tous deux crurent donc que l’incident était clos et l’affaire définitivement classée. Erreur, ou du moins, horreur.

En effet, un… vilain matin, Kader reçut la visite d’un inconnu. Après les salutations d’usage, l’étranger lui confia : “Voilà, je suis Malien, mais je réside en Guinée Conakry depuis des années. Il y a quatre ans, ma femme est venue à Bamako pour voir sa famille, prétendait-elle. Depuis lors, je ne l’ai plus revue. Après de longues recherches, non seulement j’apprends qu’elle n’a pas de famille à Bamako, mais qu’elle s’est mariée avec vous. Alors, je suis venu pour…”.

Au lieu de terminer sa phrase, l’homme exhiba sous le nez de Kader et la photo de la matahari, et des papiers faisant foi de leur mariage. Kader lorgna le tout avec dédain, regarda l’étranger avec pitié, et …fut saisi d’une crise de rires à s’en tordre les tripes.


Comme l’âne et les trois voleurs?

Etonné, l’étranger suspendit son geste et fusilla Kader d’un regard bizarre : il commençait à sortir hors de ses gonds. Alors, à son tour, Kader dut lui mettre ses propres “documents de mariage” sous le nez, et lui relater en détails tous les “exploits” d’Aïché, avant de conseiller : “Mon pauvre ami, excuses-moi ; mais tu feras mieux , comme nous, d’oublier cette femme et de t’en trouver une autre, une bonne, celle-là”. Et kader se mit à se marrer de plus belle.

Face au ridicule de la situation, l’étranger choisit finalement d’imiter Kader sans s’en rendre compte : il se mit à rire aux larmes, encore plus fort que Kader. Et les quelques voisins qui les regardaient furent pris de doute : ces deux -là étaient-ils fous?

Mais au fait, lequel de ces trois “maris” est le plus marri : le premier, le second ou le troisième ? La réponse importe peu, mais l’histoire ressemble, à s’y méprendre, à la fable de l’âne et des trois voleurs, une fable dans laquelle les voleurs n’étaient pas des voleurs, mais des abusés. Une fable qu’on pourrait néanmoins travestir ainsi : “Pour une bêtasse mariée, deux bêtas se faisaient du mouron. L’un voulait la chasser, l’autre la voulait pendre. Arrive un troisième marri qui ne put retrouver la marronne”.

Oumar DIAWARA

13 Juin 2008