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De 2002 à nos jours, c’est le thème consacré à la Journée Internationale de le Femme du 8 Mars 2004 qui paraît le plus réfléter les peines et dificultés de la gent féminine à se “faire une place au soleil ” d’Afrique et d’ailleurs : “Femme et Entreprenariat: défis, enjeux et opportunités”.

Aussi ne peut-on se priver de s’interroger : sur le plan de ces “défis, enjeux et opportunités“, et au delà de la procréation, quels autres challenges s’offrent à la femme pour créer, innover et entreprendre lorsque, de par le monde, elle est perpétuellement battue, blessée, humiliée, séquestrée, ségréguée et réduite à sa plus simple expression?

La complainte de Nenna Nehru

Poitrine meurtrie, esprit brisé ! Cicatrices sur le corps, blessures à l’âme ! De ma gorge, aucun cri ne sort ! Ce regard fixe et indifférent des voisins ! J’appelle au secours, mais persone ne vient ! “.

A cette complainte , voire cet appel du coeur de la poétesse indienne, Nenna Nehru, répond celui de cet artiste antillais qui protestait, en exhortant les hommes à …ne pas “taper la doudou” (entendez la femme), pendant d’autres hommes la condamnent sans appel et sans le moindre état d’âme.

Les affections féminines les plus profondes sont d’ordres moral, mental, psychique et psychologique, dit-on. Mais les violences les plus atroces endurées par la femme sont celles qu’elle subit au quotidien, dans le silence et l’anonymat. De ces violences, bien des femmes souffrent toute leur vie durant.


En toute mauvaise bonne foi

En réalité, la vision de tout homme à l’égard d’une femme n’est qu’une question d’éducation. C’est dire que la phallocratie, le sexisme, la cruauté, l’inconscience, le cynisme et le fatalisme (entre autes) entretenus à l’égard de la femme n’ont ni frontière, ni de nationalité, encore moins de race.

Ce sont plutôt des idées arrêtées ou reçues qu’on rencontre à tous les coins de rue, chez la majorité des hommes, mais aussi chez une minorité…de femmes, hélas. C’est là toute la problématique, voire tout le drame de la femme, un drame dont le pion est à damer, sinon à damner pour de bon, en ce millénaire où bien des préjugés à l’égard de l’autre sexe semblent aussi ineptes que révolus.

La violence à l’égard de la femme? Voilà ce qu’en pensent -et cela, en toute bonne foi- certains dirigeants politiciens pourtant dits “justiciers et impartiaux”, mais qui sont pétris de barbarie, d’ignardise et de fanatisme.

Au cours d’un débat sur les femmes battues, un membre très influent du Parlement de Papouasie (Nouvelle Guinée) martelait, le plus sincèrement du monde : “Battre sa femme, c’est une coutume établie ! Pourquoi donc perdre son temps à en débattre ? ”.

Au cours d’un débat sur la reforme de la législation relative au viol, un membre du parti national de Malaisie, de surcroît majoritaire à l’Assemblée nationale, faisait remarquer de façon aussi virulente qu’inconsciente : “Les hommes et les garçons ne veulent aucun mal aux femmes et aux filles. Tout ce qu’ils veulent, c’est violer ”. Comme pour dire que le viol est tout sauf un mal…

En réponse à une étudiante infirmière qui se plaignait d’avoir été violentée par des policiers pendant sa détention, l’assistant du Procureur lui jetait à la face : “Etes-vous vierge? Si vous ne l’êtes pas, de quoi vous plaignez-vous alors? c’est normal ! “. “Normal ” qu’on la viole, est-on obligé de constater, à la charge dudit assistant.

Encore plus cynique, cette déclaration d’un juge de Colombie Britannique (Canada) qui, pour justifier la condamnation avec sursis d’un homme de 33 ans coupable d’avoir violé…une enfant de 3 ans, retorquait : “La petite était sexuellement agressive ! “.

Et que raconte, de la manière la plus “innocente“, un trait d’esprit de mauvais goût, mais devenu près populaire en Chine? Il prétend “qu’une femme mariée, c’est comme un baudet : une fois acheté, on peut s’en servir et le battre comme on veut “.

Il est à remarquer qu’autant les auteurs de telles absurdités sont généralement issus des plus hautes franges de la société, autant lesdites absurdités sont l’apanage de toutes les sociétés. C’est dire qu’aucun pays n’a le monopole de ces sévices infligés aux femmes, puisqu’ils sont le fait d’hommes et une question d’immaturité psychique et mentale.

Qu’en est-il sous nos cieux?

Ne croyons pas que sous nos cieux, les hommes sont des anges, et que sous leur protection, les femmes sont mieux loties, parce qu’en la matière, les tarés et les détraqués se rencontrent aussi bien chez les intellectuels que chez les urbains et les ruraux. Bref, la misogynie et l’anti-féminisme n’ont guère de patrie…

Une étude entreprise entre 1989 et 1990 a démontré que 21,3% des femmes maliennes de 20 à 24 ans se sont mariées avant l’âge de 15 ans, pas de leur plein gré, mais contraintes et forcées. En y pensant, nous n’avons, dès lors, cessé de méditer, ce 8 Mars 2004, sur un tableau en toile bogolan suspendu dans la salle de conférence du département de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

Et que représentait ce tableau? La femme malienne (la rurale, en particulier) dans les différentes étapes de sa contribution au développement économique et social du pays : la femme transportant du bois, puisant de l’eau, balayant et pilant;

la femme faisant la cuisine, la lessive et la vaisselle; la femme emmenant la nourriture des travailleurs au champ; la femme courbée sur sa daba et rivalisant d’ardeur et de dextérité avec son mari et ses enfants…Mais les hommes ont-ils conscience de tous ces efforts?…


Et pourtant

Pourtant, bien des hommes reconnus parmi les plus érudits ont planché, sous toutes les coutures, sur la violence faite à la femme. Les uns affirment : “La violence affective, due aux sentiments d’amour ou d’amitié, et celle mentale peuvent faire autant, sinon plus de ravages que la violence physique . Pour les femmes, le risque de violence vient surtout des hommes qu’elles connaissent ”.

Et les autres soutiennent : “La violence au sein de la famille est aussi préjudiciable que les agressions commises par des étrangers. Et contrairement à ce qu’on pense, la plupart des violences avec blessures sont commises par des hommes, avec tout ce que cela veut dire“.

Il y a des hommes qui trouvent une autre explication plus voilée à l’anti-féminisme : “L’alcool exacerbe la violence à l’égard des femmes, mais il n’en est pas la source. Il y a des sociétés dans lesquelles la violence à l’égard des femmes n’existe pas“. Dieu merci, pourrait-on dire.

Quant à ce passage d’un Article de la Déclaration des Nations Unies sur le sujet, il définit, avec une précision qui ne souffre d’aucune confusion : “...Sont condamnables et punis par la Loi tout acte de violence dirigé contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer, aux femmes,

un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée…”.

Malgré tout, ces gardes-fous de protection de la femme et ses droits n’ont guère contribué – en tout cas, pas encore- à loger la femme à meilleure enseigne, sur bien des plans : sécuritaire, familial, marital, professionnel…


Oumar DIAWARA

22 Mai 2008