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La participation des femmes à la vie publique et à la prise de décisions ne date pas d’aujourd’hui. Pour mieux appréhender ce fait qui est à la fois un phénomène politique et socio-économique, il convient d’interroger le passé pour bâtir le présent et transformer le futur en un futur souhaité comme aime à le dire le Dr. Sall, président de CRI 2002.

Au Mali, il y a une volonté politique affirmée au plus haut niveau de l’Etat et soutenue par les partenaires techniques et financiers pour la promotion des femmes à toutes les sphères de décisions politiques. La présidente de la Cour Suprême (l’une des institutions de la République) est une femme. Au gouvernement, sur 26 ministres, 6 sont des femmes. Le Médiateur de la République (une autorité indépendante) est une femme.

A l’Assemblée Nationale, sur 147 députés, 15 sont des femmes. A l’orée des élections communales de 2009, les femmes maliennes doivent redoubler d’efforts pour améliorer leur niveau de représentation tant qualitativement que quantitativement dans les instances de prises de décisions.


Dans la dynamique de la charte de Kuruganfuga

Dans la charte de Kurukanfuga adoptée en 1236 sous l’empire du Mandé, Soudjata Keïta consacre les articles 14, 15, 16 et 21 aux femmes.

Article 14 : n’offensez jamais les femmes, nos mères.

Article 15 : ne portez la main sur une femme mariée avant d’avoir fait intervenir sans succès son mari.

Article 16 : les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes, doivent être associées à tous nos gouvernements.

Article 21 : ne poursuivez pas de vos assiduités les épouses : du chef, du voisin, du marabout, du féticheur, de l’ami et de l’associé.

De façon explicite et engagée, de la charte de Kurukanfuga (1236) adoptée pour régir la vie du grand ensemble mandingue à l’indépendance, et de l’indépendance le 22 septembre 1960 à ce jour, l’Etat du Mali a consenti d’importants efforts pour l’exercice effectif de la participation des femmes à la vie publique et à la prise de décisions, l’égalité des sexes.

Sur la question, l’adoption d’une approche historique projetée dans le présent pour construire le futur “permet d’observer que dans les systèmes précoloniaux, le statut politique féminin était nettement plus élevé et que la mise à l’écart actuelle des femmes de la chose publique procède d’un certain nombre de facteurs dont le fait colonial.

Et la compréhension des rôles féminins contemporains passe nécessairement par la connaissance de ce qu’était réellement la situation faite à la femme dans les formations sociales anciennes.

Des révoltes de femmes

Les historiens, anthropologues et les sociologues citent volontiers les multiples révoltes féminines que l’Afrique précoloniale et coloniale a connues : la guerre des femmes Ibo dans les années 1920-1930, les soulèvements des femmes Diola de 1940 à 1942, le rôle décisif joué par les femmes sénégalaises et maliennes lors de la grève des cheminots du Dakar-Niger de 1947,

la longue marche des femmes ivoiriennes sur Grand-Bassan le 24 décembre 1947, le leadership de la Grande Royale dans l’aventure ambiguë dans le pays des Diallobés qui demandait à son frère le prince Samba Diallo, “d’envoyer nos enfants à l’école des blancs pour aller apprendre l’art de vaincre sans avoir raison”.

Le combat mené, non seulement par la première femme syndicaliste du Mali, première femme députée du Mali en 1950, première femme du Mali détentrice du grand prix littéraire d’Afrique noire en 1975, Madame Aoua Keïta, mais aussi, par toutes ces femmes combattantes du Mali indépendant.

Amener la vie des hommes et des femmes dominés à la dignité, c’est-à-dire à la liberté et au travail, constitue la ligne de force qui donne un sens si ferme et si fort à la vie de ces femmes”, avait écrit Aoua Keïta en 1975.


Les femmes et les élections de 2007 au Mali

Les femmes ont massivement participé aux élections générales 2007. En effet, pour la première fois, dans l’histoire politique du Mali indépendant, 1 femme est candidate sur 8 candidats à l’élection présidentielle, et 215 femmes candidates aux élections législatives contre 150 en 2002.

Dans la même lancée, il convient de noter le niveau de représentation des femmes dans le nouveau gouvernement issu des élections générales de 2007, 6 femmes ministres sur 26, et à des postes hautement stratégiques tels le ministère de l’Education de Base,

de l’Alphabétisation et des Langues Nationales, le ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, le ministère de l’Information et des Nouvelles Technologies, le ministère de l’Elevage et de la Pêche, le ministère des Relations avec les Institutions et Porte-Parole du gouvernement, le ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, le ministère de l’Habitat et des Domaines de l’Etat.

Dans cette dynamique de consolidation des acquis, les femmes du Mali doivent impérativement savoir et comprendre les notions liées au genre pour mieux combattre les inégalités dont elles sont les premières victimes.


Sur les taux de participation aux élections

De 1992 à 2007, les taux de participation aux élections ont évolué en dents de scie au Mali. Pour l’élection présidentielle de 1992, le taux de participation a été de 31,04% et 22,07% aux élections législatives de la même année. Pour les élections communales de mai 1999, le taux de participation a atteint 38,04% au 1er tour et 43,02% au second tour en juin 1999.

Pour les élections législatives de 2002, après le fiasco électoral de 1997, le taux de participation a atteint 30% et 29,09% pour l’élection présidentielle de 2002. Lors des élections communales de mai 2004, le taux de participation était de 43,07%. Pour les législatives partielles de Mopti en 2006, le taux de participation a atteint 37,06% et 16,32% pour les partielles de Sikasso de la même année.

En Commune V du District de Bamako, le taux de participation aux législatives partielles de 2006 était de 9,48%. Pour les élections législatives de juillet 2007, le taux de participation a été de 32,19%. Le président de la République Amadou Toumani Touré a été réélu le 29 avril 2007 avec un taux de participation de 35,38%.

Des obstacles et des contraintes

Plusieurs raisons d’ordre sociologique, des raisons liées à l’incivisme, des raisons qualifiées de déviances démocratiques et républicaines manifestes, expliquent la faible représentation des femmes dans les instances de prises de décisions.

En ce qui concerne les raisons sociologiques, il y a l’auto stigmatisation, l’éternel complexe des femmes face aux hommes, le poids de certaines traditions qui assugétissent la femme à un rôle classique au foyer.

Il est admis au Mali que les femmes constituent plus de 51% de la population, mais lorsqu’il s’agit d’élections, il y a l’absence totale de visibilité et de lisibilité de taux de participation des femmes aux différentes élections. Cet état de fait est dû au fait que le sexe des électeurs et des candidats ne figure pas dans les informations contenues dans les domaines électoraux.

Au moment de l’élaboration des listes électorales au sein des états-majors des partis politiques, les femmes éprouvent d’énormes difficultés à y figurer. Si elles sont sur les listes, généralement elles occupent les dernières positions.


Daba Balla KEITA

26 Juin 2008