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Pour paraître « uniques », certaines de nos sœurs succombent aux folies les plus insupçonnées

La tendance semble malheureusement irréversible. Les cérémonies sociales sont devenues aujourd’hui des occasions d’étaler ostensiblement les symboles de fortune ou de réussite. C’est un engrenage infernal qui fait perdre la tête aux esprits. Même les plus rationnels en apparence y succombent.

jpg_f4-2.jpgDe plus en plus souvent des gens étiquetés

comme raisonnables s’abandonnent aux attitudes les plus insensées. Elles sont donc nombreuses à succomber dans la mégalomanie et les folies de grandeur. En effet, les cérémonies sociales donnent lieu à des grandes fêtes et à des réjouissances démesurées. Les femmes balancent des billets de banque. Les bijoux et autres objets de valeurs sont distribués comme desu petits pains aux flagorneurs.

Tout d’abord, évitons d’associer « mégalomanie » et « plaisanterie« . Loin de jouer, le mégalomane se croit réellement supérieur aux autres, a une estime démesurée de lui-même, et est persuadé d’avoir un don dans tel ou tel domaine, de grandes capacités intellectuelles ou, beaucoup de succès auprès des autres.

Voyager sans se déplacer

Les femmes soutiennent que certains hommes, sont à la base de cette gabegie où les illusions du bonheur coûtent de l’or. Nous ne nieront pas totalement cette accusation, vu l’ampleur du phénomène dans la ville de Bamako. Même la difficile conjoncture économique du pays ne décourage pas ces rêveuses. Chaque jour apporte sa dose de nouveauté dans la gamme des excentricités.

jpg_f2-2.jpgAujourd’hui, les élégantes s’endettent pour paraître « uniques » les jours de mariage ou de baptême ou autres cérémonies de réjouissances sociales. Comme si cela ne suffisait pas. Elles sont nombreuses, nos mamans et sœurs, qui à l’approche de ces cérémonies empruntent les habits de fête et même les bijoux.

À Bamako, aujourd’hui tout se loue à l’heure et tout se partage. Les costumes, les robes, les grands boubous brodés, les chaussures, toutes sortes de parures, les sacs à main sont proposés par des officines spécialisées. Mêmes les lingeries fines ne sont pas épargnées.

Mme Diarra Alimata Cissé en sait long sur ces pratiques des abonnées au bonheur fugace. Une fois, j’ai été choisie marraine du mariage d’un neveu, je me devrais d’être « céleste” raconte t-elle.

Comme je n’avais pas la tenue convenable dans ma garde-robe, je suis allée emprunter un tissu « Princesse d’Arabie » d’une valeur de plus 500.000 Fcfa chez une cousine commerçante”, explique la mère de famille. Cet acte n’a rien de repoussant dans son esprit, l’essentiel, c’est de paraître belle.

jpg_f3-3.jpg« Ma grande sœur est atteinte de folie de grandeur. Quand elle s’habille, elle veut que tout le monde dit qu’elle est étincelante. Quand, elle vous parle, elle parle comme un toubab bon teint pour épater ses interlocuteurs. Elle a tendance à s’exhiber dans tous ce qu’elle fait », explique Kadidia Soumaré, étudiante.

Ce cas de Aïcha est épatant. Effet, cette jeune femme travaille dans un service de la place. Mégalomane, mythomane, laquelle de ces qualificatifs lui sied à Aïcha pensez vous ?. Quand, elle disparaît deux jours du bureau pour un voyage à l’intérieur du pays. À son retour, elle raconte qu’elle était aux États-Unis.

« Il y a un mois, Aïcha nous informa tous, qu’elle voyage sur l’Amérique du Nord. Nous avons même passé des commandes auprès d’elle. À son retour, Madame informa qu’elle était plutôt en Europe. A d’autres collègues, elle raconta, elle était en Asie. Mais, une de ses copines téléphona un jour au bureau pour savoir si elle était venue de Dakar explique Cheick, son collègue de bureau.

C’est ainsi que nous avons découvert la supercherie
Pire, quand, Aicha porte un habit, il vous suffit de l’admirer, pour qu’elle lâche : « J’ai acheté cet habit à Doubaï. Quand, je partais en Suisse, j’ai fait une escale là-bas pour m’acheter cet habit qui m’a coûté plus 500 000 Fcfa ». Selon, Cheick, Aïcha est une incorrigible mythomane.

Malheureusement, des femmes comme Aïcha, on en rencontre des milliers à Bamako. Ces belles d’un jour louent des habits, des chaussures et des sacs à main chez les couturiers pour le temps que durent les cérémonies. Les bijoux en or ou en argent sont loués en fonction de la valeur du bijou.

Une dérive pathologique

jpg_f1-6.jpgCes mythomanes ou « gros bonnets » comme on les appellent sarcastiquement chez nous se caractérisent par leur grande capacité de persuasion dans des domaines insoupçonnés, grandioses, en particulier au plan financier le tout joint au sens pratique bien préservé. Elles attirent autour d’elles les admirateurs. Bref une petite cour d’autant plus insidieuse que le sens pratique du mégalomane est susceptible d’organiser une véritable chasse aux notabilités toujours avides de flatteries.

L’encensement mutuel consolide le groupe

Dans son acception la plus commune, la mégalomanie est un trait de caractère d’une grande banalité, écrit Mme N’Diaye Samira Diallo. « C’est se croire plus beau, plus intelligent, plus important, plus fort qu’on ne l’est réellement. Qui n’a jamais succombé à cette illusion à un moment de son existence ?« , interroge t-elle.

Selon elle, ces tendances sont issues des ambitions, que nous nourrissons pour nous-mêmes et de notre narcissisme qui nous pousse à nous surestimer. « La folie de grandeur révèle d’un fantasme universellement repérable. Être unique, ce qui au départ n’est pas vilain. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? » Mais il ne faut cependant pas exagérer » conseille notre interlocuteur.

Selon, Kassim Camara, psychosociologue, la mégalomanie ou la folie consiste en la surestimation de ses capacités, elle se traduit par un désir immodéré de puissance et un amour exclusif de soi. Elle peut être le signe d’un manque affectif. « En psychiatrie, la mégalomanie est classée dans la famille des psychoses délirantes chroniques. On la nomme couramment folie des grandeurs », explique le spécialiste.

Chez les femmes, la folie des grandeurs se traduit, par les désirs de vivre au-dessus de ces moyens, le goût effréné pour le luxe. Ces femmes se voient plus grand que dans la réalité qu’elles vivent. Elles surestiment constamment leurs capacités intellectuelles, physiques, sociales ou amoureuses et falsifient les faits pour assouvir leurs pulsions. « Une femme atteinte de cette manie, monopolise des débats. Elle connaît tous, elle a fait le tour du monde« .


Face à cette situation, nos aînés restent perplexe. La vieille Diaminatou Samaké ne comprend rien à ces extravagances.

jpg_f5-3.jpgAutrefois, les femmes rivalisaient dans l’excellence, l’enthousiasme, au lieu de l’étalage de leurs biens. Selon la sagesse, ce phénomène s’explique par la société actuelle qui favorise la tendance à se surestimer. Autrefois les cérémonies sociales réunissaient un cercle relativement restreint de parents, de voisins et d’amis pour honorer les mariés (ou le nouveau-né).

Le but était de resserrer les liens affectifs noués de longue date avec les organisateurs de l’événement. Aujourd’hui dès l’annonce d’une cérémonie ou même d’un décès, des personnes inconnues envahissent les lieux. Elles sont attirées par la notoriété ou la richesse de la famille concernée.

Il existe dans notre capitale un véritable univers de toutes les démesures. L’incendie de la munificence et de la folie des grandeurs est attisé par les louanges des griottes. Ces maîtresses de la parole dopent la rivalité entre les donatrices. L’instant est magique. Mais le lendemain sera morose.


Doussou Djiré

Essor du 03 Avril 2009