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S’il y a une valeur culturelle à laquelle les Maliens croient fermement, c’est certainement celle du cousinage à plaisanterie. Chaque groupe ethnique a, en effet, un autre avec lequel il est cousin. Entre les deux, tous les mots sont permis sans animosité. Quelle que soit l’ampleur d’un problème, il trouve sa solution à travers le « sinankounya ».
Les anecdotes ne manquent pas pour illustrer combien de fois ce lien qui plonge ses racines dans un passé millénaire, sert de régulateur entre les différents groupes ethniques de notre pays. Dans la vie courante, chaque jour, on entend, on voit, deux hommes ou deux femmes s’engager dans un échange, voire dans une altercation. Mais il suffit qu’au cours de cette dispute, une autre personne prononce le nom de famille de l’un des protagonistes pour voir le malentendu se dissiper comme un mirage.

Cependant, la force de cette valeur culturelle qui contribue à l’équilibre social est utilisée par des individus sans foi ni loi à des fins d’escroquerie et d’abus de confiance.

L’histoire qui suit en donne une regrettable illustration.

Deux hommes d’origine sénégalaise sont passés par là pour plumer un honnête citoyen. Les deux individus sont en état d’arrestation à Diéma. L’un s’est fait passer pour un Dogon et le second pour un forgeron, deux ethnies cousines des Peuls. Ils sont arrivés à soutirer le 20 septembre dernier la somme de 9.340.000 Fcfa à Sékou Ba, un marchand de bétail, originaire de Dinguira, dans la commune rurale de Dioumara. Les deux bandits ont fait ingurgiter au marchand un puissant somnifère pour l’endormir avant de lui vider les poches.

Sékou Ba rentrait du Sénégal. Il était dans le même autobus que les deux bandits et faisait route pour le Mali. Comme la victime et les deux hommes étaient voisins, ils sympathisèrent et bavardèrent pendant une grande partie du trajet.

SOMNIFERE

Quand le véhicule s’arrêta au poste de contrôle de Sandaré pour y passer la nuit, le marchand de bétail acheta du riz et de la viande pour ses compagnons. A travers ce geste de générosité, et partant des propos qu’il tenait, les bandits comprirent que Sékou Ba transportait une importante somme d’argent. Après le dîner, les trois hommes dormirent sur la même natte. Lorsqu’ils se réveillèrent, Falou N’Diaye qui avait mûri son plan alla acheter du café pour le groupe. Chemin faisant, il mit un somnifère très puissant dans un des verres pour l’offrir au marchand de bétail. Après avoir siroté la boisson chaude, l’homme regagna sa place dans le car et plongea quelques instants après dans un sommeil profond sous l’effet de la drogue.

Quand le véhicule reprit la route, Falou N’Diaye et son acolyte Ibrahim Sy, profitèrent de l’état d’inconscience du Peul pour voler tout ce qu’il avait dans les poches. Huit millions étaient attachés dans un tissu en forme de ceinture et le reste, 1.340.000 Fcfa reposaient dans les poches du pantalon. La liasse piochée dans les poches du pantalon a été remise par les voleurs à un autre Sénégalais qui a profité d’un arrêt du bus pour disparaître dans la nature.

A Diabé, village situé à une trentaine de kilomètres de Sandaré, entre Kayes et Diéma, le car est tombé en panne. Falou N’Diaye et Ibrahim Sy et deux autres Sénégalais se sont précipités pour emprunter une Toyota 4×4 en partance pour Bamako.

Ayant cru à un cas de crime à cause de la profonde somnolence du marchand de bétail et du départ précipité des 4 Sénégalais, le convoyeur du véhicule téléphona aussitôt à la gendarmerie de Diéma. C’est ainsi que les éléments du major Gaoussou Keïta, commandant de la Brigade territoriale de gendarmerie de Diéma, ont mis aux arrêts les deux malfrats qui étaient sur le point de disparaître à leur tour. A l’heure actuelle, ils méditent sur leur sort à la prison de la ville.

Quant au marchand de bétail, il a été évacué sur le centre de santé de référence de Diéma pour y recevoir des soins.

O. BA – AMAP-Diéma | Essor

08 octobre 2007