Partager

Fatoumata Siré Diakité, présidente nationale de l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes (APDF), nous a accordé un entretien pour situer la participation des femmes dans le processus électoral. Elle pense qu’il y a lieu d’encourager les deux femmes déjà candidates à la présidentielle du 29 avril 2012. Interview

Les Échos : Quel rôle, selon vous, les femmes doivent jouer dans les élections ?

Fatoumata Siré Diakité : Les femmes doivent se mobiliser fortement aux élections, puisqu’elles constituent plus de 51 % de la population du Mali. En premier lieu, nous devrons nous mobiliser pour voter et faire voter nos enfants qui en ont l’âge. Ensuite, les femmes doivent se mobiliser pour voter surtout aux élections législatives. La mobilisation doit se faire autour des candidatures féminines, des listes sur lesquelles figurent les femmes. Donc, nous devons voter pour ces listes. Une liste qui ne comporte pas de femme du tout, les femmes doivent la boycotter. Que ce soit une liste de parti politique ou une liste indépendante.

Il est temps que les femmes comprennent que la politique ne peut pas se faire sans elles, et que nous devrons y être. Il n’y a pas une école où l’on apprend à être député ou maire. Les hommes se lancent dedans, ils pensent qu’ils sont hommes qu’ils peuvent. Les femmes se mettent toujours de côté parce qu’elles se sous-estiment. Et celles qui ont le courage de se présenter ne bénéficient pas de la solidarité des autres femmes. Cela doit cesser maintenant après 50 ans de l’indépendance. Il faut que les femmes se mettent ensemble pour la protection de leurs droits. Pour les années à venir, les femmes doivent ouvrir leurs yeux, à se soutenir.

Les Echos : Certains pensent que les femmes constituent pourtant un bétail électoral. Êtes-vous de cet avis ?

F. S. D. : Les femmes ont montré qu’elles constituent un bétail électoral malheureusement parce que c’est nous qui portons les uniformes, des t-shirts et des pagnes avec les jeunes. Je pense que les femmes doivent savoir que nous ne sommes plus des bétails électoraux ; que nous sommes des citoyens au même titre que les hommes. Nous refusons d’être utilisées par les hommes pour qu’ils arrivent à leur fin. Ils peuvent, pourquoi pas nous ?

Parce qu’il n’y a pas de solidarité entre les femmes. Nous sommes 51 % de la population. Ce sont les femmes qui sortent pour aller voter, on nous donne de l’argent pour remplir les Sotrama, on rentre dans chaque famille pour faire sortir des femmes et des filles pour voter pour les hommes. S’il y a querelle entre les partis politiques ou au sein des partis politiques, ce sont les femmes qui sont à la base de cela. Les femmes ne s’entendront jamais sur leurs positions dans les listes électorales et par finir on prend leur place et on la donne aux jeunes.

Tout ce que nous savons faire c’est organiser les tam-tams, bara et djandjigi pour faire la mobilisation pour les hommes. Je pense que cela doit cesser. Actuellement, une génération de femmes est allée à l’école et souvent a fait de longues études. Ces femmes doivent s’impliquer dans la politique. Il est important que nous nous s’intéressions à la chose publique, à la chose politique pour pouvoir changer le cours des choses et pouvoir améliorer la situation politique, sociale et économique des femmes.

Les femmes se battent pour que les hommes soient élus, il faut que cela cesse. Elles ne doivent plus laisser le champ libre aux hommes. Je n’ai pas dis que les hommes ne doivent pas être élus, il faut que ça soit sous forme de parité. Quand il y a 100 hommes, il faudrait 75 femmes. Je pense que cela doit être fait maintenant et que les dispositions législatives soit prises pour que chaque parti donne au moins 30 % de femmes sur ses listes électorales. Dans les communes où il y a 7 députés, obligatoirement que 3 soient des femmes par exemple. Nous devons avancer. Les femmes ne sont pas les ennemis aux hommes. Nous nous ne prenons pas la place des hommes. Nous prenons nos places. Nous assumons nos responsabilités en tant que citoyennes de ce pays. Il faut que cela soit compris par tout le monde.

Les Échos : Les associations féminines réclament justement un quota aux élections. Où en est-on avec cette quête ?

F. S. D. : Je suis d’accord pour un quota. Certains se disent non il faut que les femmes se battent, les femmes se battent et le quota c’est un moyen de faire la promotion politique de la femme. On commence avec le quota et les femmes seront au moins représentées. Nous nous battons mais pas à armes égales avec les hommes. Tant que nous ne serons pas à armes égales avec les hommes dans la lutte politique pour les postes de responsabilité, le quota serait un moyen de réduire cette discrimination, cette injustice faite aux femmes.

Les Échos : Cette année, deux femmes se présentent à l’élection présidentielle. Que pensez-vous de ces deux candidatures ?

F. S. D. : Je félicite et j’encourage les femmes qui se sont présentées à l’élection présidentielle. Il est important que les femmes ne se présentent pas uniquement pour la forme. C’est important pour moi que les femmes n’aient pas des scores de 0 % ou de 1 %. Il faut qu’elles soient bien préparées sur tous les plans. Je ne parle pas du plan financier parce qu’elles n’ont pas les moyens financiers, nous sommes là et nous appartenons aux femmes, si les candidates se rapprochent de nous, on va les soutenir, on va mobiliser les autres femmes pour elles.

Pour moi, l’essentiel n’est pas d’être candidate. L’essentiel est de faire honneur aux femmes. Si une femme a 0 %, c’est pour toutes les femmes. Donc il faut qu’elles soient bien préparées, elles n’ont certainement pas des moyens financiers, mais elles ont des ressources humaines qui sont nous les femmes. Elles peuvent venir vers nous et nous échangerons et puis nous les orienterons, les soutiendrons et les conseillerons même en dehors des partis politiques.

Propos recueillis par

Hawa K. Berthé

(stagiaire)

14 Mars 2012