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Le Reflet : Madame, pouvez-vous nous retracer les grandes lignes de votre parcours politique ?

Konté Fatoumata Doumbia
: Mon parcours politique est relativement long. J’ai, d’abord, milité au sein de l’US RDA à Kati où je suis née. Ensuite dans le temps de l’UDPM, j’ai milité dans ce parti à tous les niveaux. Avec l’avènement de la démocratie, j’ai milité dans l’Adema association dans la création du parti. Actuellement, je suis le 6è vice-président du Comité exécutif de l’Adema et j’ai été élue maire de la commune I sous les couleurs de ce parti.

Vous êtes la première femme à diriger cette commune après l’avènement de la démocratie dans notre pays. Comment vous vous sentez à ce poste ?

Honnêtement au début de ma prise de fonction, j’avais quelques appréhensions dues au fait que cette commune, où je vis depuis près de 25 ans, était confrontée à beaucoup de difficultés. Lorsque j’ai été élue, j’ai vite compris que j’aurais beaucoup de défis à relever. La seule solution pour moi, c’est de m’armer de courage. Pratiquement chaque jour que Dieu fait, je fais des bénédictions pour moi-même en demandant au Tout Puissant de m’aider dans tous les actes que je vais poser dans la gestion de ma commune. J’ai compris que les gens attendent beaucoup de notre équipe, surtout que dans un passé récent, les choses n’ont pas bien marché dans cette commune. Donc, les gens s’attendent rapidement à un changement positif des choses. Pour le moment il n’y a pas eu un véritable changement, c’est pourquoi ils sont plus ou moins impatients. Mais je dis en toute honnêteté que nous avons déjà posé des actes intéressants dont les avantages se feront sentir dans les jours à venir.

Dès votre arrivée à la tête de la mairie, vous avez ordonné le déguerpissement des occupants des abords de la route de Koulikoro. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En réalité, je n’ai pas ordonné le déguerpissement de ces gens-là. Bien au contraire, c’est un ordre de déguerpissement qu’on aurait dû leur donner. Et je ne suis pas le seul maire à qui cette instruction a été donnée par le gouvernement. L’objectif du déguerpissement était de libérer les voies publiques et d’assainir la ville de Bamako. Les abords de la route de Koulikoro dont vous parlez sont occupés par des citoyens qui payaient leurs taxes. Donc nous nous sommes dits que comme nous avons besoin de l’argent, nous avons décidé de ne pas les faire partir immédiatement. L’objectif était de mettre de l’ordre dans cette occupation. Dans un premier temps, nous avons procédé à leur recensement, et ensuite nous avons dégagé cette voie publique sans autant déguerpir qui que ce soit. Mais je tiens à dire que ces occupants ne sont autorisés à rester sur place que de façon temporaire. La durée de leur autorisation est d’un an renouvelable. Et nous sommes en train de nous préparer à les faire déménager définitivement ailleurs.

La mairie de la commune I a été tout le temps critiquée par rapport à la gestion du foncier. Quelles sont les mesures que vous avez prises pour freiner les spéculations foncières dans votre commune ?
KFD : Nous sommes venus trouver qu’il y avait déjà une première mesure contre les spéculations foncières. C’est que depuis octobre 2004, le gouvernement a pris une décision de suspendre toutes les activités relatives au domaine foncier. Comme vous le savez les gens essayent de contourner toujours les décisions administratives. Nous sommes au courant qu’il y a des individus qui continuent à poser des actes contre la décision du gouvernement. Néanmoins, nous restons vigilants. La mesure que nous avons prise par rapport au foncier est de préserver tous les sites publics et de faire un audit foncier. Un service a été commis pour faire ce travail. Nous attendons les résultats de cette enquête.

Vos prédécesseurs se sont illustrés comme des champions de la spéculation foncière. Vous, vous serez championne de quoi ?

Je serais championne dans l’assainissement (elle éclate de rire pendant une bonne minute, ndlr). En réalité pour développer une commune, il y a bien d’autres activités qui ne sont pas le foncier. Dès notre arrivée à la tête de la mairie, nous avons compris que les potentialités économiques de la commune étaient mal exploitées. Par exemple les taxes étaient mal perçues. Si nous arrivons à exploiter correctement ces atouts économiques, nous n’aurons pas besoin de spéculation dans cette commune.

Quelle est la politique de l’assainissement que vous avez mise en place pour rendre la commune I beaucoup plus propre ?

L’assainissement est une affaire de toute la commune. Mais quand on parle de l’assainissement, les gens attendent beaucoup de la mairie. Dans notre commune, nous travaillons avec dix huit GIE qui sont chargés de l’assainissement. Mais, leur travail n’est pas du tout facile dû au fait qu’il n’y a qu’un seul dépôt de transit en commune I. Ce dernier étant éloigné de la ville, les GIE se débarrassent de leurs ordures n’importe où. Pratiquement, il y a en commune I plus de 90 dépôts anarchiques. Nous allons nous organiser avec ces GIE pour qu’ils abandonnent ces dépôts anarchiques. Aujourd’hui, l’assainissement de la commune I est notre première priorité. J’espère que la population ne sera pas déçue.

Quel appel avez-vous à l’endroit de la population de votre commune ?

Je demande à la population de s’impliquer beaucoup dans l’assainissement de notre commune. Il y a quelques mois une Fédération des « Femmes propres » est née à Bamako. Nous travaillons déjà avec sa cellule qui se trouve dans notre commune. Je demande à la population de jouer sa partition dans le développement socio-économique et culturel de la commune. Quant à nous, nous sommes conscients de notre responsabilité.

Madiba Kéita

13 avril 2005