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Alassane Dramane Ouattara, leader politique ivoirien et ancien Premier ministre de ce pays, a été gouverneur de la BCEAO. Son successeur, Charles Konan Banny est actuellement Premier ministre de la Côte d’Ivoire, et l’homme ne fait pas mystère de ses ambitions présidentielles.

Yayi Boni, ci-devant président de la Banque ouest-africaine de développement, est aujourd’hui élu à la présidence de la République du Bénin.

Au Mali, au lendemain de l’insurrection populaire qui a fait partir le général Moussa Traoré, les populations réclamèrent Soumana Sako, cadre malien, ancien ministre des Finances, à l’époque conseiller technique principal au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) à Bangui (Centrafrique).

Celui-ci, au temps où il était ministre des Finances avait laissé bonne impression. Il a été nommé Premier ministre pendant la Transition. Aujourd’hui, en poste à l’ACBF (African Capacity Building Foundation de la Banque mondiale) à Harare, il ne nourrit pas moins des ambitions politiques. Il a d’ailleurs été candidat à la présidentielle de 1997.

Enfin, Soumaïla Cissé, le président de la Commission de l’Uémoa, sauf faits de dernière minute, sera candidat à la prochaine présidentielle au Mali, ou à défaut, le sera en tout cas dans les années à venir. Déjà, en 2002, il était arrivé 2e à ce scrutin.

Avant 1992, personne ne le connaissait au Mali. Ingénieur informaticien de profession, il a étudié à l’Université et à l’Institut des sciences de l’ingénieur de Montpellier (France). Soumaïla Cissé a travaillé au sein de grandes entreprises françaises (IBM-France, le Groupe Pechiney, le Groupe Thomson et la compagnie aérienne Air Inter) avant de rentrer au Mali en 1984 se mettre au service de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT).

En 1992, il a été secrétaire général de la présidence de la République. En 1993, il est nommé ministre des Finances et reste au gouvernement jusqu’en 2002. Très apprécié et contre toute attente, il démissionne du gouvernement pour se consacrer à sa campagne présidentielle.

C’est certainement Alassane Dramane Ouattara qui a ouvert la voie dans ce sens. Brillant technocrate, il a été, entre 1988 et 1998, gouverneur de la Banque centrale, appelé en Côte d’Ivoire pour sauver le pays du chaos et gérer en qualité de Premier ministre, le redressement de la Côte d’Ivoire ce qui, naturellement, lui donnera des idées.

Entre les postes de fonctionnaire de l’institution ouest-africaine et la politique, n’y aurait-il pas de cloisons étanches ? En tout cas, il n’y a, finalement, qu’un pas que les uns et les autres franchissent allègrement.

Le nerf de la guerre

« Ce qui se passe, c’est que, les présidents de ces institutions sont à un niveau de responsabilité qui fait qu’ils côtoient tous les jours les chefs d’Etat, qu’ils leur rendent au quotidien de menus services. Finalement, ils comprennent qu’il n’y a rien d’extraordinaire à ce niveau. Ayant déjà fait leur preuve sur le terrain de la pratique et de la gestion, et surtout étant pour la plupart, vierges politiquement, ils présentent aux yeux des électeurs, une assurance qui ne peut que leur être bénéfique », analyse un conseiller de l’Uémoa.

Pour M. Berthé, politologue, « par nature, chaque homme a des ambitions, cachées ou affichées. Le fait d’être à un tel niveau de responsabilité vous donne plus d’assurance, plus de visibilité qui vous permettent, pour peu que vous planifiiez votre carrière, d’obtenir après tout ce que vous voulez. Mais, à l’inverse, certains arrivent à ce niveau avec des ambitions politiques déjà connues, comme le cas de Soumaïla Cissé. ATT qui pensait l’éloigner en l’envoyant loin, à Ouagadougou, ne fait que lui donner l’envergure sous-régionale qui lui manquait ».

« Désormais, plus rien ne sera comme avant, affirme un autre. Le cas Yayi Boni fera jurisprudence, et je pense que plus jamais les chefs d’Etat ne laisseront un technicien s’affirmer, se construire une carrure politique ou d’homme d’Etat. C’est sûr que désormais, après un seul mandat, on fera tout pour les changer. Pis, c’est certain que maintenant, les chefs d’Etat liront des ambitions politiques derrière chaque initiative des banquiers et des techniciens de l’Uémoa », ajoute un ancien conseiller de Konan Bany à la BCEAO.

« Le financier est l’épine dorsale de tout système. Qui détient les cordons de la bourse a à sa merci même ses chefs, surtout si ceux-ci ne sont pas animés de volonté de transparence », affirme le directeur administratif et financier (DAF), d’un département ministériel malien. « Si je prends déjà un niveau moindre comme celui d’un département ministériel, le fait que le ministre vous demande ou vous laisse lui faire des faveurs en contradiction avec l’orthodoxie du métier fait que, bien que ce soit lui le supérieur, vous laisse prendre le dessus sur lui ou marque une certaine complaisance à votre égard ».

Pour notre interlocuteur, « cela est en soit un avantage. Sachant que les responsables des institutions disposent de budgets leur permettant, soit d’avoir des alliés auprès des chefs d’Etat, à travers de menus services, soit de faire du populisme à la base en tentant de prendre la paternité des activités financées par leur structure, nos chefs d’Etat ne fermeront plus les yeux sur ce qu’ils entreprendront ou feront tout pour les empêcher de passer au premier plan ».

Cependant, les uns et les autres épiloguent déjà sur « le cas Yayi Boni ». Celui-ci a su judicieusement utiliser les actions entreprises à la base dans son pays par la BOAD. « L’air détaché, comme un technocrate qui ne s’occupe que de son manuel de procédure », comme l’a affirmé un de ses proches à la banque, il s’est forgé petit à petit une image. I

l ne serait pas surprenant de le voir faire des émules, à moins que, désormais avisés, les chefs d’Etat ne tuent dans l’œuf les ambitions naissantes.

Alexis Kalambry

10 mai 2006.