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De toutes les l’intolérances humaines, c’est le fanatisme en
matière ethnique et religieux qui est le plus virulent, le plus
tenace, le plus impitoyable et…le plus borné. En attestent les
différents cas les plus connus, du Moyen Age à nos jours.

La fameuse inquisition surnommée “la chasse aux sorcières”, la
folie meurtrière du nazisme d’Hitler, la “Guerre des Six Jours
qui avait mis aux prises Israéliens et Egyptiens, la décimation
systématique des Indiens d’Amérique par les aventuriers
occidentaux, les sanglantes atrocités du réseau Al Qaïda, du Front
Islamique du Salut (FIS) et du Groupe Salafiste pour la
Prédication et le Combat(GSPC)… sont autant d’actes purement
fanatiques qui démontrent la somme de cruauté par laquelle la race
humaine est capable de s’illustrer.

Sous nos cieux, les exemples abondent, dont le plus illustratif
est, entre autres, la guerre civile du Rwanda qui, des années
durant, a instauré une haine aveugle et assassine entre deux
ethnies pourtant liées par le sang: les Hutus et les Tutsis.

Voilà des décennies qu’au Nigéria, certains fanatiques tentent
mordicus d’instaurer un régime de la Charia islamique dans le Nord
du pays. Et n’eussent été la détermination et l’opposition
farouche des gouvernements nigérians successifs, il y a belle
lurette que cette ambition des “talibans “ nigérians aurait vu le
jour.

Le calvaire d’Amina Lawal

On se souvient qu’en 2002, une jeune Nigériane, Safiya Hussaïni,
avait été frappée par le verdict sans appel d’une “fatwa” (loi
pénale de la Charia), décrétée par les islamistes du Nord. Le
crime” de Safiya, c’est d’avoir été surprise “en flagrant délit
d’adultère
”. La pauvre femme n’avait du son salut qu’à la pression
insistante de la Communauté internationale.

Quelques mois plus tard, ce fut le tour d’Amina Lawal de tomber
sous le coup de l’ineptie religieuse des Nordistes nigérians. Agée
de 30 ans à l’époque, et mère d’une fillette de 8 ans, cette
autre jeune femme avait été condamnée à mort par la Cour islamique
de Bakori. Par la suite, la sentence avait été confirmée par la
Cour d’Appel islamique de Funtua, dans le Nord du Nigéria.

Au regard même des raisons ayant conduit à cette condamnation
d’Amina Lawal, on décèle une velléité manifeste de vengeance,
orchestrée par son homme, à l’encontre de la jeune femme.
En effet, Amina Lawal avait été répudiée à deux reprises. Elle
avait ensuite entamé une liaison, qui avait duré près d’un an,
avec un certain Yaya Mamoud. A la naissance de Washila, son
troisième enfant, le beau père d’Amina (le père de Yaya) la
dénonca au chef de village.

L’on suppose que cet acte du beau père, motivé par une certaine
forme de dépit empreint de fanatisme, avait conduit ce dernier à
exercer des pressions sur son fils. Aussi, lors du jugement
d’Amina, Yaya Mamoud l’avait carrément lâchée, en jurant même -et
sur le Coran- qu’il n’était pas le père de l’enfant. Pourtant, il
avait reconnu avoir entretenu des rapports intimes avec Amina
Lawal.

Des lois anti-constitutionnelles

En Mars 2002, les lois de la Charia (celles pratiquées par des
Nordistes nigérians) avaient été déclarées contraires à la
Constitution du Nigéria, dans les 12 Etats du Nord.
Selon ces lois de la “Charia”, une femme mariée, même si elle est
divorcée, est coupable d’adultère si elle entretient des relations
sexuelles avec un homme, sans s’être remariée. Ce qui, en somme,
sous-entend que tant qu’elle n’est pas mariée, elle est passible
d’une peine de mort si jamais elle est surprise en flagrant délit
de relations intimes avec un homme.

Autant dire que de l’entendement des fanatiques dits “islamistes
du Nigéria, tant qu’elle demeure célibataire, une femme se doit de
rester chaste, peut-être durant toute sa vie, s’il le faut…

Après jugement par une Cour de “notables” dits connaisseurs des
lois islamiques, le châtiment de la “fautive” consistera à être
placée au beau milieu d’une foule d’enfants et de badauds qui se
mettront à la lapider… jusqu’à ce que la mort s’ensuive.

Face à de tels actes aussi arbitraires et barbares qu’indignes
de notre époque, beaucoup d’organisations nigérianes et
internationales s’étaient insurgées et mobilisées : le Mouvement
contre le Racisme au Nigéria, la Ligue Française des Droits de
l’Homme, les Organisations américaines Human Watch Rights et
National Organization For Women… Tout en interpellant l’Union
Africaine (U.A.), pour la mise du Nigéria au ban de la Communauté
internationale, ces associations humanistes avaient appelé à
l’organisation de manifestations en vue de faire respecter les
principes des droits humains.

On ne peut prétendre devenir plus royaliste que le roi lui-même,
dit-on. Aussi, même dans les Etats des Emirats Arabes, sur
lesquels cette “mode religieuse” nord-nigériane est pourtant
calquée, la Charia ne génère pas des formes aussi drastiques et
dramatiques de fanatisme.

Sous le couvert d’une prétendue défense des préceptes réligieux,
on séquestre, torture et assassine, rien que pour satisfaire son
intolérance, mais sans jamais pouvoir garder bonne conscience.
Selon le fondateur autrichien de la psychanalyse, Sigmund Freud
(1856-1939), ce comportement cruel de l’humain n’est rien d’autre
que “la forme la plus profonde et la plus inavouable de
l’auto-culpabilisation
”. Or, aucun homme, aucune communauté,
aucune société, aucun pays, aucun continent, ne peut prétendre
detenir, encore moins se prévaloir du monopole d’une religion ou
d’une quelconque conviction humaine.

En Afrique, bien avant l’avènement des religions chrétienne et
musulmane, nos populations vivaient sous le sceau d’autres
convictions: animisme, fétichisme et autres croyances en “libres
penseurs
”. Sur ce plan, même les pays des autres continents ont
vécu ou vivent encore d’autres croyances. C’est tout dire…

Aussi, le pire malheur qui peut s’abattre sur un homme résulte
des retombées de son mignardise, c’est-à-dire l’inconscience de sa
propre ignorance. Du reste, n’est-elle pas à l’origine de tous les
fléaux sociaux de notre époque, pourtant dite moderne?

Oumar DIAWARA

21 Février 2008.