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Les habitants des régions nord de notre pays vivent dans une crainte indescriptible liée à une augmentation possible du prix des céréales.
Quatre faits majeurs ont marqué la campagne pastorale sahélienne 2009-2010.

L’hivernage a accusé un retard significatif provoquant une prolongation de la soudure pastorale de début juillet à début août. De même, l’hivernage a été de mauvaise qualité tant sur le plan quantitatif que sur le plan de répartition dans le temps et dans l’espace. Ces événements ont frappé une zone géographique sahélienne importante, structurellement vulnérable et au sein de laquelle les stratégies pastorales interagissent.

A cela se greffe l’augmentation des prix des produits alimentaires de base initiée en fin 2007 et qui se traduit par des niveaux toujours élevés en 2010 et supérieur à ceux de l’année dernière à la même période.

Elle induit depuis plus de deux ans une érosion progressive des capacités d’adaptation des populations pastorales fortement dépendantes des marchés pour leur accès alimentaire. Ces événements ont entraîné une mauvaise production agropastorale dans les zones touchées, une pression accrue sur les ressources, une dégradation des stratégies d’adaptation des populations.

Toutefois, il y a peu d’informations en provenance de Kidal compte tenu des contraintes sécuritaires limitant l’accès. Mais il semble que certains animaux soient déjà très faibles. Par contre, dans la région de Gao, l’état des animaux est encore correct. Le terme de l’échange entre une chèvre et un sac de 100 kg de mil varie aujourd’hui entre une et quatre chèvres pour un sac.

Les céréales sont actuellement disponibles et se payent selon les endroits entre 16 500 F CFA et 20 000 F CFA les 100 kg alors que le sac d’aliment bétail est à 8000 F CFA. Les pâturages sont extrêmement dégradés du fait de la pression subie. Il ne reste plus que les résidus de paille broutée, les pâturages aériens et les pérennes tel que « l’afaso » asséchée.

 » Deux années de sécheresse »

Le Gourma de Gao peut être aujourd’hui qualifié de zone de concentration inhabituelle à cause de l’ampleur du phénomène et de l’arrivée précoce des animaux. Mais c’est aussi une zone de transit, car l’état de dégradation généralisé des pâturages et l’assèchement de certaines mares provoque déjà des départs vers d’autres destinations.
Il existe une différence majeure entre les mouvements enregistrés en 2005 et 2010. Au mois de mars 2010, les troupeaux ont déjà déserté le Haoussa de Gao. Idem pour la région de Kidal.

Le fait que la saison chaude de la campagne 2008-2009 se soit prolongée au point d’entraîner la mort d’animaux en juillet/août 2009, et que l’hivernage de 2009 ait été de mauvaise qualité, font dire aux éleveurs qu’ils ont été victimes de deux années de sécheresses consécutives.

La principale inquiétude aujourd’hui est liée à l’augmentation du prix des céréales. Le terme de l’échange résultant de deux indicateurs se dégradera en cas d’augmentation du prix des céréales. L’autre indicateur, le prix des animaux, est difficilement contrôlable. Néanmoins, l’état de santé des animaux proposés à la vente aura un impact sur le terme de l’échange.

Des réponses de moyen et long terme doivent être élaborés. L’environnement évolue mais pas toujours le mode de vie des populations. La vulnérabilité des communautés sahéliennes risque de s’aggraver si rien n’est fait en amont des crises.

Mohamed Daou

08 Avril 2010.