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Le terrain des sports de Faladié-Séma est au centre d’une polémique qui risque de tourner au vinaigre en raison de possibles affrontements entre les jeunes du quartier et des forces de sécurité. Ces dernières ont pris d’assaut les lieux depuis quelques jours pour sécuriser les travaux de construction d’un immeuble à l’origine des contestations.

Situé au bord de la « Rue du gouverneur » à Faladié-Séma, le terrain des sports a été clôturé à la veille de l’élection présidentielle de 2007 à l’initiative de l’actuel Premier ministre, Modibo Sidibé, un résident.

A la surprise des populations, l’espace, qui sépare le terrain et la chaussée et qui fait 35 m de large et 150 m de longueur et destiné à être érigé en parking, a été vendu aux particuliers. Cette spéculation foncière a suscité la colère des habitants. Par deux fois, les jeunes ont démoli les fondations du bâtiment, dont les travaux ont finalement repris sous bonne garde des éléments de la police du 10e arrondissement.

Fatogoma Coulibaly, l’entraîneur de l’équipe de football de 2e division qui occupait le terrain, explique que les bornes du terrain étaient situées juste au niveau des caniveaux qui sont à un peu plus d’un mètre de la chaussée.

« Lors de la clôture, l’ingénieur avait pris tout cet espace, mais après on a vu qu’il a réduit le périmètre du terrain en cassant une bonne partie, 35 m de long et 150 m de large. Quand on lui a demandé les raisons de cette casse, il a affirmé qu’il avait oublié de prévoir un espace pour le parking.

Ce qu’il a jugé nécessaire à l’occasion des grandes manifestations que le terrain est susceptible d’abriter », révèle M. Traoré, qui ajoute qu’il avait été informé la veille par les habitants à proximité du terrain et qui auraient vu nuitamment des gens à bord de deux véhicules mesurer et tracer l’espace du parking cédé aux particuliers.

Face à la gravité des faits, un comité de crise constitué de notabilités et des jeunes a été mis en place. Membre de ce comité, Seydou Doumbia, un des premiers habitants de la localité confirme avoir en compagnie des jeunes approchées certaines personnalités et responsables du pays qui résident dans le quartier dont le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, le général Kafougouna Koné. Selon M. Doumbia, ce dernier avait promis de tirer l’affaire au clair.


Géomètres de nuit

En attendant, le comité exige le déguerpissement des policiers et l’arrêt immédiat des travaux, des doléances qu’il voulait faire au cours d’une rencontre qui n’a finalement pas eu lieu avec le gouverneur du district.

Mais d’ores et déjà, les jeunes ont profité, il y a quelques jours d’une visite sur leur terrain du ministre de la Jeunesse et des Sports, Hamane Niang, pour faire part de leur préoccupation. « Le ministre a dit qu’on ne peut pas résoudre ces genres de problèmes à la légère.

Il a suggéré de lui adresser un projet qu’il va étudier », raconte un des jeunes du quartier qui ajoute que la maire de la Commune VI est, quant à elle, intransigeant sur la question. « Moi je n’habite pas ici, mais la zone est une zone commerciale. Ce n’est pas un terrain de football », aurait-il dit.

Pour le moment la tension est vive au alentour du terrain. Les informations dans le quartier indiquent que les policiers qui veillent 20 heures/24 sur les travaux de construction de l’immeuble contesté sont rémunérés par le propriétaire à 3000 F CFA le jour et à 4000 F CFA la nuit.

Ce qui témoigne de la détermination du propriétaire à tout mettre en œuvre pour la réalisation de son immeuble qui pourrait, dans un futur proche, constituer une entrave aux nombreuses manifestations devant avoir lieu sur le terrain qui sert actuellement de cadre épanouissement pour des jeunes de Faladié-Séma, Faladié-Solola, Faladié-Sokoro et Niamakoro.

Au Mali, les spéculations autour du foncier n’épargnent aucun espace. L’on rapporte d’ailleurs que les citoyens qui ont la calvitie doivent prendre des précautions pour ne pas voir la spéculation sur leurs têtes dégarnies.


Amadou Waïgalo

08 Aout 2008