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La « bonne » rend visite à ses parents à la périphérie de Bamako. Sur le chemin du retour, elle connaîtra la peur de sa vie, après avoir échappé à une tentative de viol

La jeune fille que nous désignons par son initiale J. a frôlé le pire. Au cours de la semaine dernière, elle a échappé à une tentative de viol à Kabala, quartier situé à la sortie sud de la capitale. Mais après avoir connu la peur de sa vie, en l’espace de quelques minutes, son honneur est sauf.

L’élégante J. est une fille Bwa bon teint. Elle était employée comme aide ménagère dans une famille domiciliée à Kalabancoro. Ceux qui ont connue cette jeune fille âgée d’un peu plus de la vingtaine, ne tarissent pas d’éloges sur ses qualités humaines et professionnelles. Toujours joviale, elle entretenait de bons rapports avec la majorité des habitants du quartier où elle travaillait. Mieux, ses employeurs n’ont pas hésité à lui coller le sobriquet de « bourreau de travail ». La patronne et les autres membres de la famille ne tarissent pas d’éloges non plus sur elle.

D’après nos sources, elle avait déjà fait un premier séjour dans la capitale. Comme nombre de nos sœurs des villages, J. était venue trimer à Bamako pour faire des économies et se constituer un trousseau de mariage. Le premier passage de la villageoise dans la capitale, avait duré près de deux ans chez R. sa patronne à Bamako. Lors du deuxième séjour à Bamako, elle avait le même objectif. J. a toujours exercé le même travail et chez la même patronne. A l’approche de l’hivernage, la jeune fille a été obligée de retourner dans son village, près de San, dans la région de Ségou. Avant de partir, elle aurait promis à la maîtresse de maison de revenir travailler chez elle dès que possible. La jeune fille « Bwa » n’a pas trahi sa parole donnée. Après avoir passé l’hivernage auprès des siens, elle est revenue pour la deuxième fois dans la capitale.

Comme promis, elle a repris son travail chez ses anciens employeurs. Les bons rapports d’avant avaient repris entre la bonne et la famille de sa patronne. Plusieurs semaines passèrent. Aucun nuage n’a assombri la vie de la jeune fille Bwa chez R. Contrairement à certaines aide-ménagères qui rencontrent des difficultés pendant leur séjour bamakois, J. n’avait jamais eu de mésaventure, du genre agression sexuelle, depuis qu’elle vivait dans la capitale.

La poisse l’a guettait-elle ? Une série d’événements malheureux vont lui tomber dessus par la suite. C’était à la suite d’un déplacement à la périphérie de Bamako. Avant la nuit où les faits se sont passés J. aurait passé une journée ordinaire. Elle s’était réveillée, très tôt le matin, pour attaquer ses travaux domestiques. Toujours avec la même ferveur et la même bonne foi. Du matin jusqu’à l’après-midi, elle a travaillé à son rythme. Le soleil commençant à décliner, elle se hâtera pour finir ses tâches du jour. En réalité, J. devait rendre visite à des concitoyens originaires du même village qu’elle, à Kabala, à la périphérie de Kalabancoro. En fille bien élevée, elle avait prévenu sa patronne avant de partir. La jeune ressortissante de San emprunta un minibus Sotrama pour rallier sa destination. Elle arriva chez ses parents à Kabala après dix huit heures.

Pour des raisons que nos interlocuteurs ne nous ont pas expliqué, J. n’était pas de retour à la maison à l’heure convenue avec sa patronne. La nuit était avancée. Aux environs de 23 heures du soir, elle quitta le domicile de ses parents de Kabala pour rejoindre son lieu de travail, où elle doit normalement passer la nuit. Plusieurs parents du village l’auraient accompagnée à l’arrêt où les Sotrama, dans leur quête de clients, prennent un moment de pause.

La peur au ventre. Juste après le départ des accompagnateurs, les choses commencèrent à se compliquer pour J. Pendant qu’elle attendait, un motocycliste se gara près d’elle. Ce dernier lui aurait proposé de l’accompagner à moto à sa destination finale. La jeune fille aurait rejeté cette proposition, expliquant qu’elle préférait attendre un minibus. Le jeune homme aurait insisté durant plusieurs minutes. En vain ! Face à la résistance de la jeune fille, le coureur de jupons se découragea. Il redémarra son engin, laissant sur place la jeune fille.

La nuit avançait inexorablement. J. n’a pas voulu retourner chez ses parents du village venus l’accompagner quelques minutes plus tôt. Heureusement pour elle, un minibus est finalement arrivé à la « plaque » (l’arrêt) où elle attendait. La bonne s’engouffra rapidement dans le Sotrama avec l’espoir d’arriver vite chez sa patronne. Ses craintes commencèrent à se dissiper. Mais elle ignorait que cette chance d’avoir eu un minibus serait de courte durée.

Le véhicule de transport en commun a repris la route. Quelques minutes après, le chauffeur annoncera la « mauvaise nouvelle » aux occupants du véhicule. Il avait décidé de ne plus continuer la course. Il avait stoppé en cours de trajet sans exiger aux passagers de lui payer la course. Le conducteur argua qu’il était l’heure de garer son véhicule. Les clients durent évacuer le véhicule et le conducteur bifurqua dans la prochaine rue pour disparaitre dans le noir.

Les clients obligés de descendre du minibus avaient tous continué à pied, sauf la fille Bwa. Elle s’est retrouvée seule au bord de la route, à attendre, en vain, un autre Sotrama. Elle se décidera à faire le chemin à pied. Elle marchera durant des minutes, la peur au ventre. Pour deux raisons. D’abord, elle ne voulait pas vexer sa patronne car elle n’avait pas pu l’informer de tous ses désagréments sur le chemin du retour. Ensuite, elle se trouvait dans un secteur qui n’avait pas bonne presse au plan sécuritaire. Les agressions sont régulièrement signalées dans cette zone. Malheureusement pour elle, cette hantise se confirmera à son grand désespoir.

La nuit avançait et J. ne croisait que quelques passants. Elle se trouvait entre Kalabancoro et Kabala à un endroit où il n’y a que des maisons en chantier. Elle avançait à grands pas, lorsqu’une voix se fit entendre dans son dos. C’était une voix d’homme. La personne demanda à la jeune fille de s’arrêter. J. fit la sourde oreille continuant à marcher, comme si de rien n’était. L’inconnu est revenu à la charge. Il se fit rassurant à l’égard de la jeune fille en adoptant un ton rassurant. Il aurait conseillé à J. de se cacher si elle n’avait pas de pièce d’identité car elle courait le risque de se faire prendre par les policiers en patrouille dans les parages.

A l’annonce de cette information, la fille a perdu son sang-froid. Elle s’arrêta tout d’un coup, comme tétanisée. Elle n’avait pas de pièce d’identité sur elle. Mais en réalité, il n’y a avait pas de policiers dans les environs, comme l’inconnu le prétendait. Le quidam était parvenu à semer le doute dans l’esprit de J. Il avait nourri un projet lugubre lorsqu’il avait aperçu la jeune fille seule, marchant au bord de la route. L’homme comprit que cette dernière avait pris peur. Il lui suggérera de quitter le bord de la route pour le rejoindre derrière le pan du mur d’un bâtiment en chantier.

L’aide ménagère garda le silence. Le jeune homme insista et réitéra sa proposition, en priant J. de venir se mettre à l’abri, le temps que les policiers en patrouille passent. Face au refus de la fille, l’inconnu quitta brusquement l’obscurité pour la rejoindre au bord de la route. Au lieu de fuir, J. pressa le pas, tentant de devancer son poursuivant. Le harceleur parvint à la saisir par un bras. Elle n’attendait que cela pour alerter les passants en criant de toutes ses forces. Malgré ses cris de désespoir, le jeune homme n’a pas lâché prise. Au contraire, il la tirait pour l’entraîner dans le bâtiment en chantier. La jeune fille se débattit de toute son énergie. En vain. Le rapport de force finit par tourner en faveur de l’agresseur. Pendant qu’il traînait J. vers le bâtiment, il constata des silhouettes qui se dirigeaient vers eux. Le violeur comprit qu’il était difficile pour lui de gagner la partie. Il abandonna J. et se mit courir entre les maisons en chantier. A ses « sauveurs » la jeune fille expliqua les raisons de sa présence à cet endroit, à cette heure de la nuit. Tremblante de peur, la bonne prit conscience qu’elle l’avait échappé belle.

Nous avons appris par la suite que cet endroit est dangereux à cause de nombreuses agressions qui y sont régulièrement signalées. Et ce, malgré les patrouilles régulières des policiers. Les soupçons des habitants riverains portent sur un certain M. dit « Van ». Il appartiendrait à une bande dont plusieurs membres sont actuellement derrière les barreaux pour les mêmes motifs d’agression. Jusque là, il est le seul qui a réussi à passer à travers les mailles du filet de la police. Selon nos sources, le suspect dont il est question disparait dès qu’il commet une agression. Mais il ne tarde pas à reparaître au même endroit, dès que l’ « orage » passe. Et toujours pour le même but.

La jeune bwa J. a pu regagner son domicile après avoir été mise en confiance par les pandores de Kalabancoro à qui elle a expliqué son histoire. Elle oubliera difficilement cette mésaventure et sera désormais prudente durant le reste de son séjour dans la capitale.

Mh. TRAORE

L’ Essor du 21 Juin 2016