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Si certaines histoires paraissent drôles, farfelues, insensées ou invraisemblables, il n’en demeure pas moins qu’elles ont l’avantage de nous faire réfléchir, sinon de remettre en cause nos jugements, préjugés ou à priori. C’est dans ce sens qu’en dépit de leur drôlerie et de la pointe d’humour qu’elles renferment, ces histoires sont utiles, du fait même des conseils qu’elles nous prodiguent.

Telle l’histoire de ce coureur de jupons invétéré, pour qui la maison de sa maîtresse -une femme mariée, de surcroît- était devenue plus qu’un “deuxième bureau”, mais un domicile presque fixe, tant il était habitué à y passer tout son temps, et… du bon temps, s’il vous plaît.

Sitôt dedans, sitôt dehors

Le mari de la dame étant transporteur de son état, donc toujours absent et presqu’invisible, sa maison était considérée comme un habitat sûr pour son remplaçant auprès de sa femme. A tel point que bien des voisins, qui ignorent de quoi retournait l’affaire, pensaient tout simplement que le coureur, ou du moins le cavalier de la dame, et le mari ne font qu’un. Bref, c’est dire que le voleur de femme était comme chez lui, c’est-à-dire… en terrain conquis.

Mais un adage bien de chez nous dit que tous les jours sont pour le voleur ; mais viendra bien un jour qui sera pour le propriétaire. Il arriva donc que ce jour-là, le mari légitime se trouvait à la maison : exceptionnellement, il n’était pas parti en voyage, à cause d’un empêchement de dernière minute. Durant toute cette journée, sa femme n’avait donc eu ni le temps, ni l’occasion de prévenir son amant.

Or ce jour-là (heureusement ou malheureusement, c’est selon), il pleuvait tellement dru qu’on aurait pensé au déluge. Aussi, notre voleur de jupons courait à perdre haleine sous la pluie, vers la maison de “sa femme” (plutôt celle de l’autre), tout content à la seule idée de passer du bon temps, comme d’habitude. D’ailleurs, ne dit-on pas qu’après la pluie, c’est le beau temps?…

Une fois arrivé dans la maison, il se rua en trombe dans la chambre à coucher et, sans réfléchir une seule seconde, il lanca à haute voix, en haletant : “Ah, Dieu soit loué ! Maintenant que je suis bien à l’abri, il peut pleuvoir même des cordes !”.

Il était tellement sûr de lui qu’il n’avait même pas pris le soin de vérifier la présence d’une tierce personne : il était si habitué à ne pas être inquiété. Et ce n’est certes pas la dame qui allait lui mettre la puce à l’oreille, surtout à ce moment précis. C’est alors qu’il entendit une grosse voix, provenant du fond de l’anti-chambre lui répondre, plutôt lui demander, comme sortie d’outre-tombe : “Qu’il pleuve des cordes ou pas, où comptais-tu aller comme çà ?“.

Alors, les cheveux du “voleur“ se dressèrent subitement sur sa tête ; et son sang n’eut même pas le temps de faire un tour dans ses veines : il s’y glaça tout simplement. Automatiquement, il revint à la dure réalité ; et sans réfléchir (en avait-il seulement eu le temps ?), il s’entendit répondre à la question, tel un zombie : “Où je comptais aller? Mais dehors, bien sûr !”.

Joignant le geste à la parole, il effectua un bond prodigieux qui le propulsa au dehors, sous cette pluie… de cordes. Et tel un fantôme, il s’évanouit dans la nature, aussi vite qu’il était. Pour lui, ce sear plutôt : après la pluie, le …mauvais temps.

L’ânon de Nantoumé

Depuis quelques temps, Nantoumé, un dogon gardien de boutique, a remarqué un changement très bizarre dans le comportement de son petit âne, un animal qu’il entretenait et auquel il tenait comme à la prunelle de ses yeux.

Nantoumé venait d’acheter un gros magnétophone. Et dès la tombée du jour, c’est-à-dire aux premières heures de la nuit, il mettait à fond de la musique pour pomper ses moments de veille. Aussi, il arrive très souvent que jusqu’à des heures tardives, la courette affectée à Nantoumé soit fréquentée par de petits enfants et des badauds sautillant à qui mieux mieux au son des décibels.

Mais le fait qui finit par sidérer notre gardien (il n’y avait pas prêté attention jusque-là), c’est ledit changement bizarre de l’ânon : car, dès qu’il mettait une cassette, la petite bête ne tenait plus en place. Réagissait-il par mimétisme ou par automatisme? Autrement dit, tentait-il de reproduire machinalement les gestes et mouvements des petits danseurs (les enfants)?

Toujours est-il qu’au son de la musique, l’ânon e mettait à sautiller d’un bout à l’autre de la cour, à effectuer des ruades et des cabrioles, à remuer la queue et les oreilles dans tous les sens : une vraie danse d’ânon. Mais dès que la musique s’arrêtait, le petit animal cessait ses pitreries. Et même la musique de la radio ne pouvait plus l’inciter à rééditer ses “exploits“.

Mais comment, diable, l’ânon parvenait-il à faire la différence entre une musique de cassette et un son de radio? C’est la question-mystère qui déroutait et fascinait non seulement les passants témoins des “scènes“ de l’animal, mais surtout son propriétaire. Pourtant, ce dernier aurait du y être habitué depuis…

Aussi, certaines connaissances de Nantoumé, de tenter d’élucider, vaille que vaille, la ou les raisons de cette “intelligence animalière”. Et chacune d’elles, d’avancer des justifications plus ou moins fantaisistes, pour étayer leurs hypothèses.

Mais en fait, depuis son sevrage, le petit animal n’était nourri que d’herbe tendre et de son de mil. Et le plus souvent, Nantoumé poussait la tendresse jusqu’à… mélanger du lait en poudre dans le son de mil destiné à son ânon chéri. Mieux, le petit “chéri” le suivait dans ses moindres déplacements, comme son ombre ! Et Nantoumé le gâtait avec toutes les petites délices qui lui tombaient sous la main : lait en poudre, gâteaux, biscuits, bonbons…

Si bien que tous ceux qui connaissaient les liens intimes qui unissaient le petit âne à son maître n’étaient guère surpris de ses performances “chorégraphiques“ qui n’interloquaient finalement que ceux qui les voyaient pour la première fois.

Pourtant, Nantoumé ne comprenait toujours pas pourquoi son ânon était aussi dégourdi qu’intelligent. Aussi expliqua-t-il un jour le phénomène à un de ses amis instituteur qui était venu lui rendre visite. Alors, le plus sérieusement du monde, ce dernier lui dit : “Ton ânon ne fait que joindre l’utile à l’agréable. Il faut reconnaître aussi que tu l’as tellement gâté ! ”.

Nantoumé, qui ne comprenait toujours pas qu’il est peut-être la source de l’étrange attitude de son petit protégé (l’ânon), lui demanda, encore plus étonné : ”Je l’ai gâté, tu dis? Mais comment çà?”. Et son ami, de lui expliquer, en l’accusant presque : “Allons, tu le sait très bien ! Tu n’ignores quand même pas que lorsqu’un âne est trop rempli de son de mil au lait en poudre, il est tout à fait normal qu’il danse au son de la musique“.

Oumar DIAWARA

26 Septembre 2008