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En Juillet 2005, un groupe de sociologues européens avait entrepris un songage : à des femmes de tous âges, races, origines et conditions confondus, ils avaient posé la même question : “Pourquoi tenez-vous à ce que votre mari, fiancé ou ami vous donne de l’argent ?“. Une question simple à première vue, mais qui dénote une certaine importance que la femme accorde peut-être à celui qui donne.

Toujours est-il que chez plus de 55% des personnes interrogées, la réponse a fusé de manière ponctuelle, sinon automatique. Aucune d’elle n’a hésité une seconde à dire : “Mais c’est pour me prouver qu’il m’aime !“. C’est aussi simple que cela, pourrait-on constater. Pourtant…

Pourtant, ce n’est pas aussi simple, car cette réponse des femmes entraîne une autre question : les femmes n’ont-elles d’autres moyens de se faire aimer que par l’argent ? Autrement dit, l’homme ne peut-il pas prouver autrement son amour à sa femme ou à son amie ?

Cette réplique féminine instantanée, que d’aucuns (hommes aussi bien que femmes) ont considérée comme naïve ou puérile, serait-elle dans l’ère du temps, ce temps où tout se conjugue avec l’argent ?


Amour égale argent?

En effet, il faut bien constater et convenir que de nos jours, l’amour et l’argent vont le plus souvent de paire. Et l’on est obligé, sinon contraint d’opter pour et de compter sur les deux, au risque de renoncer derechef à la vie conjugale ou en couple. Il faut reconnaître aussi que ce temps est bien “mort et enterré“ où l’amour se nourrissait seulement de romances et de sérénades, où il se contentait seulement “d’air pur et d’eau fraîche“.

De nos jours, en matière d’amour, plus la sincérité et la fidélité persistent, plus le doute et la suspicion s’installent : l’aimée a alors tendance à prendre l’aimant pour un vulgaire escroc, un méchant loup aux gros crocs. Bref, aux yeux de maintes femmes, l’amour “bon enfant”, c’est-à-dire sans renfort d’argent, c’est plutôt bon et fait pour les gamins innocents ou les ringards d’un autre âge.

Aujourd’hui, le constat est quasi général : en amour, celui qui aboule l’argent devient le roi des Roméo ; et du coup, sa capricieuse Juliette se plie, et sous toutes coutures, à ses moindres désirs…e t plaisirs. C’est dire que la plupart des amours n’obéissent plus qu’aux seuls ordres de l’argent.

Aujourd’hui, qu’elle soit mariée ou célibataire, socialement bien ou mal lotie, la femme actuelle court surtout plus après l’argent qu’après l’amour. Comme pour dire : l’amour, d’accord, mais l’argent d’abord. Et pour cette catégorie de femmes dites “affamées de fric“, il est inconcevable que la “vache“ (l’homme) manque de “lait à traire“ : ce serait une aberration.

Et si le Roméo s’avisait de demander : “Mais pourquoi veux-tu que je te donnes de l’argent?”, la Juliette répondra immanquablement : “Mais c’est pour me démonter que tu m’aimes !“.

Amour égale caprices?

On a beau lui dire du bien, lorsqu’elle “attrape” sa crise de caprice, la plus sérieuse et intelligente des femmes devient, en maréchale, pardon, en général pire qu’un galopin de cinq ans. Quand survient ladite crise, les problèmes de l’homme sont renvoyés à l’insignifiance, sinon considérés comme nuls et non avenus. Et bien des femmes s’assoivent dessus, et sans coussin. Pour elles, seule la gestion de leurs caprices est importante.

Récemment, un “marri“ nous confiait, visiblement tourmenté, voire dépassé par ce qui lui était arrivé : “Ma belle-mère devait voyager pour le Togo ; et j’avais déboursé plus de 45 000 FCFA pour ses frais de transport et autres. Mais j’ai peiné pour réunir encore 50 000FCFA que je devais lui envoyer pour ses soins et son retour. Ma femme n’ignorait rien de tout cela“.

La déception se lisait encore sur son visage, en racontant la suite : “Mais le lendemain matin, ma femme me demanda de l’argent. Et quand j’ai demandé pourquoi, elle m’a répondu que c’est pour… renouveller sa garde-robe. Sur le champ, j’ai cru qu’elle blaguait. Alors j’ai demandé combien, pour voir. Et elle me répond : 125 000 francs ! Alors, je n’ai pas pu contenir ma colère“.

Et le mari, de poursuivre : “Ce qui m’a atterré le plus, c’est quand elle m’a dit que tous ses habits sont démodés, et qu’elle avait honte de les porter pour sortir, ou devant ses copines. Et que même avec 100 000 francs, elle pourrait se débrouiller. Mais quand elle a vu ma mine mécontente, elle s’est tout de suite fâchée et m’a lancé : Ne me dis pas que tu ne peux pas, parce que tu viens de dépenser plus de 100 000 francs pour le voyage de maman. Comme si sa mère était sa coépouse !”.

Pourtant, à la décharge de ces femmes dites capricieuses, il faut reconnaître que le plus souvent, leurs hommes sont partants, voire complices, dans leurs exigences effrénées et irréalistes. Par contre, pour ne pas donner libre cours ou encourager lesdites exigences, certains hommes ont tôt fait d’appliquer ce conseil qu’un homme marié donnait à qui voulait l’écouter : “Il ne faut jamais exhiber ses possibilités ou ses capacités financières devant sa femme : elle te ruinerait et sans aucun regret“.

Mais ce conseil constitue-t-il le remède ou la panacée, s’il est vrai que bien d’autres hommes pensent que c’est plutôt en donnant de l’argent (et cela, à tout va) à sa femme qu’on lui prouve le plus son amour? Quoi qu’il en soit, dans ces tiraillements et tergiversations entre hommes et femmes à propos d’argent, c’est l’amour qui est le plus à plaindre.


Oumar DIAWARA

18 Juillet 2008